Des vieux, des dépressifs, des anxieux, de la condition humaine, des « influenceurs » et de l’espérance de vie

Ça annonce un programme lourd, direz-vous. Mais tout se tient, faut juste lire jusqu’à la fin…

L’espérance de vie, d’abord.

80,8 ans.

84,5 ans.

C’est l’espérance de vie au Québec pour les hommes et les femmes.

Quand on y pense, c’est court une vie, quand on la regarde d’une perspective plus large.

Homo sapiens existe depuis 200 000 ans.

La Terre, elle, a 4,5 milliards d’années.

L’Homme n’est qu’un clin d’oeil dans l’histoire de notre planète. Et nos 80 ans sur Terre un procaryote à l’échelle moléculaire.

Pour ceux qui ne savent pas ce que c’est un procaryote, c’est le plus simple des organismes cellulaires qui existe. Un pet dans l’univers.

Je vais y un revenir, mais passons à la condition humaine.

J’ai cherché une définition. Voici la meilleure que j’ai trouvée, selon Wikipédia.

La condition humaine est définie comme « les caractéristiques, événements majeurs et situations qui composent l’essentiel de l’existence humaine, tels que la naissance, la croissance, l’aptitude à ressentir des émotions ou à former des aspirations, le conflit, la mortalité ».

Je me suis demandé où en était la condition humaine quand j’ai lu cette nouvelle.

> Québec investit 1,3 million pour lutter contre l’isolement des aînés

Cet argent servira à un projet pilote dans trois régions du Québec.

Un projet pilote ?

La solitude des aînés est pourtant un sujet largement documenté.

Quelqu’un m’a raconté aujourd’hui sa dernière rencontre avec sa grand-mère, qui vivait dans une résidence pour personnes âgées.

« C’est long ici. » Ce sont les derniers mots qu’il a entendus de sa grand-mère, qui est décédée peu de temps après.

Cet événement s’est produit il y a plusieurs années.

En 2019, on a un projet-pilote pour contrer la solitude des aînés, qui sont de plus en plus nombreux en passant.

La condition humaine, dans tout ça ? Je cherche…

Parlons santé mentale maintenant.

J’ai envie de vous parler de William Deresiewicz, professeur d’anglais à la prestigieuse Université Yale, qui conseille de ne pas envoyer ses enfants dans une université de la Ivy League, la crème de la crème aux États-Unis.

C’est d’ailleurs le titre de l’un de ses essais :

Don’t Send Your Kids to the Ivy League

Je suis tombé par hasard sur l’histoire de ce prof pas banal en lisant une entrevue fascinante qu’il a accordée à The Atlantic en 2014.

The Ivy League, Mental Illness and the Meaning of Life

William Deresiewicz y explique comment une éducation parmi l’élite peut mener à un cycle d’idées de grandeur et de dépression.

En gros, explique le prof, la pression est énorme. On répète à ces jeunes qu’ils représentent l’élite de demain et qu’on n’attend d’eux que l’excellence et la perfection.

Un poids énorme à porter, qui mène inévitablement à des déceptions, beaucoup d’anxiété et même des dépressions.

Et la condition humaine dans tout ça ?

Je suis évidemment en train de parler de souffrance, qui est une certitude dans la vie, comme la mort et les impôts. Mais ce n’est pas très populaire, la souffrance.

On préfère se tenir loin de la souffrance.

Homo sapiens a fait tant de progrès, mais tout ça est bien relatif sur l’échelle d’une vie.

La mortalité infantile a reculé, l’espérance de vie a augmenté. Mais qu’en est-il de la condition humaine ?

La souffrance n’est pas très populaire, mais ce n’est pas le cas des « influenceurs ».

Dire qu’il y a aujourd’hui des gens qui gagnent très bien leur vie comme « influenceurs », dans le but de vendre des bébelles à leurs confrères humains.

Ils sont suivi par des centaines voire des millions de personnes sur les réseaux sociaux.

Le bonheur, cette quête du 21e siècle, est devenue une marchandise.

Des tutoriels de maquillage sur YouTube sont suivis par des milliers de personnes pendant qu’on tient un projet-pilote sur la solitude des aînés.

Des « influenceurs » sont suivis par des centaines de milliers de personnes pour leur vendre les bébelles du temple au moment où la dépression va devenir la deuxième cause d’invalidité dans le monde entier.

Alors, vous avez compris qu’un blogue sur la dépression ne fait pas le poids.

Ce n’est pas le but, remarquez. Je veux juste illustrer le problème en me servant de mon expérience personnelle.

Mon texte le plus lu a obtenu 715 vues.

Salut mon grand

Au deuxième rang, loin derrière avec 301 vues…

Merci, juge Gascon

Je ne m’en plains pas. Le but de ce blogue n’est pas d’être populaire.

Ça serait si facile d’être populaire.

Comme tous ces livres sur la croissance personnelle et comment être heureux en 12 semaines.

Saviez-vous que l’industrie de la croissance personnelle totalise des recettes de 10 milliards de dollars par année aux États-Unis ? Les nouveaux vendeurs du Temple.

Je pourrais donc essayer d’être populaire.

Je ne connais rien au maquillage, mais je pourrais très bien partir un blogue de fausses nouvelles. Je pense que je serais plutôt bon à cet exercice.

Tout ça dans le fond pour dire qu’on est en train de perdre de vue la condition humaine, notre condition humaine. Une condition humaine qui dure 80 ans en moyenne. C’est si peu. Comme un procaryote.

///

J’écris encore parce que je traverse l’épreuve la plus difficile de ma courte existence.

Pas encore, disent sûrement certains.

Ou encore : « C’est donc ben long son affaire… »

Dans les derniers jours, j’ai pogné un serpent alors que je croyais être à la case 84 de mon jeu de Serpents et échelles. Un serpent qui m’a fait reculer jusqu’à la case 28, si l’on se fie au jeu.

J’ai déjà commencé ma enième remontée, mais je suis le premier à trouver ça long, rassurez-vous.

Ce matin, je suis tombé sur ce texte, qui m’a fait du bien…

Le corps n’oublie rien, surtout pas un traumatisme.

Ça m’a rappelé que j’étais trop sévère avec moi-même et que je devais plutôt voir le temps comme mon allié.

C’est plus facile à dire qu’à faire, mais j’y travaille. Très fort.

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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