Les médias, les fausses nouvelles et l'huile sur le feu

Je suis comme un joueur de hockey blessé, qui regarde la game du haut de la passerelle au Centre Bell.

On voit la game différement dans ces moments-là. Comme une perspective différente quoi.

C’est ce que je me suis dit en lisant la chronique de Patrick Lagacé ce matin.

>> Les blocus, ça marche

La chronique est nuancée. Lagacé aurait pu fesser sur les autochtones. Il aurait pu dénoncer les compagnies, qui ne pensent qu’à faire du cash. Bref, il aurait pu se choquer, comme plein de gens le sont en ce moment.

La perspective, les nuances. Ce sont les mots qui me sont venus en tête en lisant Lagacé.

Les autres mots auxquels j’ai pensé sont : sujet explosif, minorité, potentiel de dérapage, religion, le vivre ensemble.

Quand ces conditions sont en cause, la responsabilité des médias est d’autant plus grande, selon moi.

Pourquoi ?

Il y a deux raisons. Je n’invente rien en signalant que nous vivons à une époque hyper polarisée. Les nuances sont moins fréquentes. Les camps sont clairement établis et gare à celui qui essaie de se tenir entre les deux.

L’autre raison, ce sont les fausses nouvelles. Elle pleuvent comme des sauterelles en Égypte, les fausses nouvelles. Et elles vont vite, même Usain Bolt n’arriverait pas à les rattraper.

Une étude du New Scientist a indiqué que les fausses nouvelles rejoignent 12 fois plus de gens que les textes qui corrigent ces fausses nouvelles.

Lundi, l’Agence Science-Presse signalait que, malgré les textes qui corrigeaient nombre de fausses nouvelles dans l’affaire du coronavirus, ces mêmes fausses nouvelles continuaient d’être populaires.

>> Coronavirus : la lutte aux faux remèdes

Conclusion ? Malgré le travail des médias, elles s’accrochent ces fausses nouvelles, comme la misère sur le pauvre monde.

Ça me fait penser à cet agent immobilier qui avait déclaré à mon collègue Maxime Bergeron : « Le problème des pauvres, c’est qu’il n’ont pas d’argent. »

Mais revenons à nos moutons. Les fausses nouvelles pleuvent et malgré le travail des médias, elles continuent de circuler abondamment.

La première chose, donc, pour les médias, ça serait de ne pas créer de fausse nouvelle. Dans ce cas, la fausse nouvelle a un vernis supplémentaire de crédibilité.

Les fausses nouvelles même les plus absurdes rejoignent des centaines de milliers voire des millions de personnes.

Imaginez : une fausse nouvelle circulait à l’effet que boire de l’eau de javel pourrait nous guérir du coronavirus. Je sais, c’est grotesque.

Un premier texte de PolitiFact est venu corriger cette abusdité. Sauf que deux semaines plus tard, la nouvelle était encore si populaire que FactCheck.org a publié un long texte pour corriger à nouveau cette fausse nouvelle.

Si vous ne le saviez pas déjà, je vous annonce que la fausse nouvelle est un serpent avec plusieurs têtes. Tu en coupes une, mais ça n’y change pas grand-chose. Le défi est titanesque pour les médias.

Les fake news, c’est LE sujet dans les salles de presse. Tout le monde les dénoncent. Tout le monde veut les combattre.

Sauf qu’on n’a pas pris complètement la mesure du problème.

On croit tous, moi le premier, que publier un texte qui corrige une fausse nouvelle est une contribution importante aux débats sains dans notre société.

On se trompe. La fausse nouvelle est comme un virus dans The Matrix.

Ou comme Le petit castor, une fois qu’elle est lancée, rien ne peut l’arrêter.

Vous allez dire que je suis pessimiste. Que mon propos revient à dire de ne rien faire. Ce n’est pas le cas.

Ce que je dis, c’est qu’il faut d’abord prendre la vraie mesure du problème.

Il faut aussi admettre que présentement, nous allons à la guerre avec des tire-pois.

Mais ça ne veut pas dire de baisser les bras.

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La chronique de Richard Martineau sur Daniel Weinstock était une fausse nouvelle. Point.

Je ne ferai pas le procès de Richard Martineau. J’aurais juste envie de lui dire de lire l’étude du New Scientist. De lire les textes de l’Agence Science-Presse. De lire sur cette histoire d’eau de javel qui démontre que même une fausse nouvelle, qui est ridicule à sa face même, continue de circuler abondamment.

Au Québec, nous sommes quelque centaines (de journalistes) face à l’armée monstrueuse des fausses nouvelles. On ne gagnera pas cette guerre – si on peut la gagner – dans un affrontement direct sur le champ de bataille.

Ça va prendre une stratégie. Ça va prendre des alliances. Il va falloir garder jalousement nos munitions pour le bon moment. Don’t waste a bullet, comme ils disent dans The Walking Dead…

Surtout, n’inventons pas de fausse nouvelle. C’est comme quelqu’un qui a le coronavirus qui va boire de l’eau de javel. Tout ce qu’il fait, c’est empirer son état.

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Il y a toujours eu une guerre entre La Presse et le Journal de Montréal. Entre Power Corporation et Quebecor.

Je ne me prononcerai pas, je suis dans l’un des camps. Je suis en conflit d’intérêts.

En ce moment, c’est la bataille Martineau-Lagacé qui tient le haut du pavé. Même les humoristes en parlent ! C’est drôle, enfin le sketch de Louis T. est drôle.

Mais peu importe qui a raison dans cette affaire, ce sont autant de munitions gaspillées alors qu’une vraie bataille fait rage dans la société.

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Des clichés gros comme le bras ont circulé au sujet de La Presse et de ses journalistes, chroniqueurs et éditorialistes. La même chose pour le Journal de Montréal, les éditorialistes en moins.

C’est souvent tout le monde dans le même bateau.

Mais vous savez quoi, il se fait du très bon journalisme au Journal de Montréal.

Souvent, une seule chronique fait parfois en sorte que plein de gens jettent le bébé avec l’eau du bain. Même chose avec La Presse.

On passe alors à côté de l’essentiel.

My five cents ? Si l’information est maintenant un « bien public », ça veut dire qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes les chevaliers qui défendent l’information. Avec une armée de quelques centaines de chevaliers face à un adversaire tel que les fausses nouvelles, ça serait bien de ne pas trop gaspiller nos munitions.

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Je reviens sur le Journal de Montréal. Je disais qu’ils font de l’excellent journalisme. En voici un exemple.

>> CNESST : des centaines d’expertises réalisées par seulement cinq doc

Un excellent sujet. Pour une chronique ? Un no-brainer, comme on dit. Tu veux fesser dans le tas, dénoncer, crier ton indignation ? Go ! Ça fait des années que le Collège des médecins se dit préoccupé par la médecine d’expertise. Mais ? Y a encore des médecins qui font des centaines de miliers de dollars juste en expertise. Tout ça alors que leur code de déontologie stipule qu’ils doivent être neutres et indépendants en tout temps.

J’en rajoute ? Si, si, j’insiste.

Cette situation fait en sorte que des centaines voire des milliers de personnes perdent temporairement ou définitivement leurs prestations d’invalidité. Parfois avec raison, malheureusement.

Une situation qui a des conséquences financières, psychologiques et parfois même physiques. Une situation qui un impact sur la famille immédiate. C’est quand même légitime de douter de l’indépendance et de la neutralité du médecin en train de t’évaluer s’il fait des centaines de milliers de dollars avec la compagnie ou l’organisation qui lui a confié le mandat de t’évaluer.

Tu rêves de défendre la veuve et l’orphelin ? Tu veux fesser fort ? Tu veux des clics ? Ce sujet est pour toi, ami chroniqueur.

Je constate qu’il n’y a eu aucune chronique sur ce sujet dans le Journal de Montréal. Je peux me tromper, mais il n’y a rien eu de récent en tout cas.

Richard Martineau a bien écrit sur les expertises médicales, mais c’était dans le cadre du procès de Guy Turcotte. Il dénonçait ces experts qui venaient dire ce que la défense voulait entendre.

>> Un sentiment de justice, enfin !

Ce n’est pas un mauvais sujet, remarquez. Mais le vrai problème, ce n’est pas qu’un médecin expert ait témoigné pour la défense de Guy Turcotte. Il a d’ailleurs été condamné, comme le signalait Martineau dans sa chronique.

Pour être honnête, je constate qu’il n’y a pas eu de chronique sur ce sujet dans La Presse non plus. Du moins, pas dans les dernières années.

Yves Boisvert en a parlé un peu dans une récente chronique.

>> Pour un no-fault médical

Je ne fais pas la morale. Je ne jette pas les blâmes, comme un arbitre distribue les deux minutes dans un match Canadiens-Nordiques.

L’exemple que j’ai pris en est un parmi plusieurs.

Je ne suis pas chroniqueur et je sais combien ce n’est pas facile. Avoir quelque chose à dire de moindrement intelligent trois fois par semaine dans une chronique, ce n’est pas aussi simple que bien des gens peuvent le penser.

Ça n’existe pas un chroniqueur qui frappe pour une moyenne de ,1000, comme au baseball. Même au baseball, ça n’existe pas. Le record appartient à Ted Williams qui a frappé pour ,407 avec les Red Sox de Boston, en 1953.

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Sauf que…

La société est de plus en plus hyper polarisée. Les fausses nouvelles pleuvent comme des sauterelles en Égypte.

Et l’une des missions des médias (et des journalistes/chroniqueurs/éditorialistes), c’est entre autres de dénoncer les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts. Surtout ceux qui sont d’intérêt public. Ceux qui influencent le cours des affaires dans la société.

L’affaire Weinsteck, on peut voir ça comme une affaire de conflit d’intérêts. À cause de ses positions, le gars ne peut pas participer à un comité du gouvernement du Québec.

Mais il s’avère que rien de ça n’est vrai. Shit !

Pourtant, les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts, en veux-tu, en v’là. Eux aussi pleuvent, presque autant que les sauterelles en Égypte.

Bref, ce ne sont pas les sujets qui manquent.

Quatre géants pharmaceutiques et une petite note de bas de page

État de stress post-traumatique ou pas, mon cerveau continue de fonctionner.

Il fonctionne tout croche, il voit des dangers partout. Mais ma capacité à garder un esprit critique n’est pas trop écorchée.

Je continue de m’informer. J’essaie de comprendre certaines choses. Dont l’effet de certaines molécules chimiques sur mon cerveau.

Je m’informe donc, particulièrement au sujet des benzodiazépines, une catégorie d’anxyolitiques particulièrement populaire.

Ce matin, je tombe sur une étude publiée en 2005 dans The Journal of Clinical Psychiatry. Les auteurs concluent, en gros, que les benzos, c’est ben bon finalement.

Le potentiel des benzodiazépines à provoquer une dépendance et un sevrage après une utilisation chronique a conduit à un contrôle de leur utilisation dans de nombreux pays. Cependant, ce contrôle a eu pour résultat qu’un nombre important de patients se sont vu refuser une option thérapeutique qui pourrait être appropriée et efficace.

Et il y a une toute petite note de bas de page qui vient remettre ces conclusions en perspective.

Le Dr Susman a été consultant, a reçu des honoraires ou a mené des recherches cliniques soutenues par Pfizer, Wyeth-Ayerst, Organon et Forest.

Je dis ça, je dis rien…

En journalisme, ça serait l’équivalent de publier une enquête sur l’industrie pharmaceutique et de mentionner dans une note, à la fin du texte :

Les auteurs de ce dossier ont déjà été consultants et ont reçu des honoraires pour préparer les stratégies de communication de Pfizer, Wyeth-Ayesrst, Organon et Forest.

Bref…

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Pourtant, la science est claire depuis longtemps au sujet des benzodiazépines.

Ces médicaments ne doivent pas être pris sur une base régulière pendant plus de 12 semaines. Je ne compte plus le nombre d’études que j’ai lues qui tirent les mêmes conclusions.

La période de 12 semaines est la plus longue que j’ai pu répertorier. Plusieurs recommandent plutôt 8 semaines.

Pfizer, le fabricant de l’Ativan, précise même qu’il ne faut pas dépasser 4 semaines.

Visiblement, les auteurs de l’étude n’ont pas lu également les travaux d’un autre médecin, le Dr Heather Ashton, qui a consacré sa carrière à étudier les effets des benzodiazépines.

En 2002, elle a publié ce que plusieurs considèrent comme la bible en matière de benzodiazépines. On appelle même ce document Le manuel Ashton, en l’honneur de son auteure.

Toute sa vie, elle a scrupuleusement tenu à garder intacte sa crédibilité.

Dans un portrait que lui a consacré le New York Times, le 3 janvier dernier, la journaliste signale ceci :

She took great pains to avoid any conflict of interest that might undermine people’s trust in her work or profession. She scrupulously declined support of any kind from the pharmaceutical industry.

Comme ça, pas besoin de note de bas de page pour décliner ses conflits d’intérêts.

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Parlant de conflit d’intérêts…

Ma compagnie d’assurance veut me faire évaluer par un autre psychiatre, pour une contre-expertise.

Pas de problème avec ça. Je n’ai rien à cacher.

Mais je suis curieux, que voulez-vous. J’ai donc fait une recherche sur ce psychiatre.

Premier constat : il a sa propre entreprise, spécialisée dans les expertises pour les compagnies d’assurance.

Deuxième constat : au cours des huit dernières années, il s’est retrouvé à 17 reprises devant un tribunal à titre d’expert. Dans plusieurs cas, c’est son évaluation qui était contestée. Dans presque tous les cas, il avait été embauché par une compagnie d’assurance.

Je ne peux pas tirer de conclusions sur ce médecin, je ne l’ai jamais vu.

Mais je sais que le Collège des médecins se dit préoccupé par la médecine d’expertise.

C’est ce qu’a affirmé sa porte-parole Caroline Langis au Journal de Montréal, le 20 mai 2019. Le Journal venait de dévoiler que cinq médecins experts avait réalisé 40 % des expertises médicales demandées par la CNESST en 2017.

> Pour lire le texte, c’est ici…

À lui seul, le chirurgien orthopédique Mario Giroux a fait 686 expertises en 2017. Il a donc fait 535 000$ seulement en 2017, juste avec la CNESST.

Je suis malade, mais je sais encore compter.

Ça fait deux expertises par jour. Plus précisément, c’est 1,9 expertise par jour.

Est-ce que j’ose poser la question qui me passe par la tête ?

Allons-y…

Mais où trouvait-il le temps pour opérer des patients ?

Son collègue, le chirurgien Jules Boivin a réalisé 876 évaluations en 2015, 769 en 2016, avant de « diminuer » à 664 en 2017.

Je vous laisse vous amuser avec les chiffres et vous poser toutes les questions qui pourraient vous passer par la tête…

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Ca existe, donc, des médecins qui ont leur propre entreprise spécialisée dans les expertises médicales et qui ne font que ça ou presque.

Le code de déontologie du Collège des médecins prévoit qu’un médecin doit être neutre et indépendant en tout temps.

C’est sensiblement les mêmes règles ici comme aux États-Unis.

Mais il semble qu’on peut publier des études et y ajouter une note de bas de page, ou encore faire des expertises à plein temps pour le compte d’un tiers. Et faire beaucoup d’argent.

Ces médecins ont eux aussi prêté serment, sur Hippocrate, c’est juste qu’il y avait une petite note de bas de page dans leur cas.

L'aveuglement (volontaire) et l'écoute (sélective) d'un spécialiste (de la santé mentale)

On a tous connu quelqu’un un jour qui fait de l’aveuglement (volontaire) et de l’écoute (sélective).

Moi, ça été mon psychiatre.

Un médecin spécialiste que j’ai flushé la semaine dernière pour cause d’aveuglement volontaire, d’écoute sélective et d’incompétence.

Je l’ai flushé après qu’il ait malheureusement causé des dégâts importants. Dans ma tête.

Ça fait des mois que j’affirme que je souffre d’un état de stress post-traumatique.

Lui continait de soutenir que j’avais une dépression majeure. Point.

Je lui ai parlé de mes crises d’angoisse quotidiennes. Je lui ai dit que j’en faisais plusieurs fois par jour. Je lui ai répété que je me levais chaque matin avec une intense douleur à la poitrine. Je lui ai raconté mes douches froides.

Je lui ai dit que j’étais rendu incapable de faire mon jogging. Dès les premières foulées, des flashs dans ma tête. Moi qui sort du taxi à 10 coins de rues de l’appartement de mon ex-conjointe. Je commence à courir le plus long sprint de ma vie, parce que mon ex voulait mettre fin à ses jours. J’ai vécu 25 ans avec cette femme qui est la mère de mes deux enfants.

Je lui ai raconté ma ride en taxi. Le chauffeur qui riait de moi parce que je lui ai dit de se grouiller, que mon ex voulait se suicider. Il riait et il avançait pépère, de La Presse jusqu’à Verdun. Moi, je pleurais à l’arrière et je m’imaginais téléphoner à mes enfants pour leur dire que leur mère était morte, que je n’étais pas arrivé à temps à cause d’un connard de chauffeur de taxi.

Je lui ai parlé de mon meilleur ami qui s’est suicidé en 2003, marquant à jamais ses trois filles. Je lui ai dit qu’en courant, je me répétais que je voulais éviter cette souffrance à mes enfants.

Je lui ai mentionné que deux semaines plus tard, mon ex a fait une vraie tentative. J’ai pris ma voiture pour me rendre à l’hôpital de Verdun sans savoir si elle était morte ou vivante.

Je lui ai précisé que mon ex-belle-mère a crissé son camp pour retourner chez elle, à peine une heure après que je sois arrivé à l’hôpital.

Je lui ai signalé que j’ai dû téléphoner à mes enfants deux fois en deux semaines pour leur dire que maman était à l’hôpital et que ce n’était pas parce qu’elle s’était coupée en cuisinant.

Je lui ai raconté que mes enfants voyaient l’état de leur mère décliner lentement mais sûrement alors qu’elle était hospitalisée à Douglas, que Noémie et David avait surnommé Shutter Island. Avec raison.

Je lui ai dit que j’ai alors pris la décision d’héberger mon ex, parce que nous étions la seule famille qu’elle avait. Que ni sa mère ni son père n’ont levé le petit doigt. Je lui ai précisé que ces 8 mois avaient été très difficiles pour moi. Qu’il m’arrivait souvent de ne pas vouloir rentrer à la maison après une journée de travail. Que j’arrivais chez moi et que je voyais alors mes deux enfants consoler leur mère. Et je me disais que c’était bien vrai que nous étions sa seule famille.

Je lui ai raconté la frousse que nous avons eu trois semaines avant que je ne me rende à l’hôpital en novembre 2018. Personne n’avait de nouvelles de Nathalie et j’ai pris ma voiture pour me rendre chez elle, la peur au ventre.

Je lui ai mentionné mon épisode du « cubicule », à l’observation Z des urgences de l’hôpital Charles-LeMoyne. Une salle d’observation barrée et vitrée où l’on m’a placé sur une civière avec comme seuls vêtements mes bobettes et ma jaquette. Je lui ai relaté ma crise de panique dans ce cubicule alors que je m’étais rendu de mon plein gré à l’hôpital pour avoir de l’aide.

Mon diagnostic ? Dépression majeure.

Je l’ai cru au début. C’est un psychiatre. Il a fait de longues études. Moi, je ne suis qu’un journaliste dont le dernier cours de science remonte au secondaire 5.

En plus, je le trouvais sympathique, chaleureux et empathique. Que demander de mieux ?

J’ai pris un premier antidépresseur. Échec. J’ai pris un deuxième antidépresseur. Deuxième échec. Un troisième. Ça ne fonctionne toujours pas. Un quatrième. Encore un échec.

J’ai pris de l’Ativan pendant un an. Pour calmer mes crises de panique. Mon psychiatre répétait qu’on s’occuperait du sevrage une fois qu’on aurait trouvé le bon antidépresseur.

Il doit savoir ce qu’il fait, que je me disais.

Un moment donné, j’ai commencé à me poser des questions. Un moment donné, j’ai commencé à m’informer de mon côté.

J’ai lu des centaines de textes. J’ai lu des dizaines d’études scientifiques.

Un moment donné, j’ai commencé à lui dire qu’il faudrait peut-être revoir mon diagnostic. Une idée, comme ça…

D’autant plus que c’est une banale recommandation de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Penser à revoir le diagnostic après l’échec de deux antidépresseurs. Les autres diagnostics possibles ? Notamment un état de stress post-traumatique. Je dis ça, je dis rien…

Sauf que ma psychologue m’avait prévenu que c’était pas de la tarte, amener un psychiatre à revoir son diagnostic. « Ça prenait de la preuve, de la preuve et encore de la preuve. »

Je me suis dit que si raconter mes symptômes n’était pas suffisant, j’allais engager la bataille sur son terrain.

J’ai lu encore plus de textes, encore plus d’études scientifiques. Je me présentais à mes rendez-vous avec mes études sous le bras.

Je lui ai parlé de l’hippocampe, du système limbique, du système nerveux, du cortisol, du poids allostatique…

Vous allez dire que je suis un peu con. D’abord, quand t’as un choc post-traumatique, tu ne le sais pas au début que ça s’appelle comme ça. Et puis, t’es en face d’un spécialiste. Et ça ne va pas si bien dans ta tête. T’es un peu malade, quoi. Et la personne devant toi est justement là pour te soigner…

Quand je suis à nouveau tombé en arrêt de travail, au début du mois de janvier, il a changé son diagnostic. Je n’avais plus une dépression majeure, je souffrais d’un trouble dépressif majeur résistant.

Ça veut dire que les antidépresseurs ne fonctionnaient pas sur moi. J’avais remarqué, en effet…

Sauf que je ne le croyais plus. Tout ce qu’il me disait, je le contre-vérifiais.

J’ai trouvé un test pour évaluer si une personne souffre d’un état post-traumatique. Je ne l’ai pas trouvé sur le site de Madame Minou. C’est le test recommandé par le DSM-5, la bible des psychiatres. Mon score : 4,1 sur 5, soit un état de stress post-traumatique grave.

Mon psychiatre ne m’a fait passer aucun test en un an.

Je lui ai même dit que si j’affirmais que j’avais un ESPT, ce n’était pas pour me rendre intéressant. Une simple dépression, même majeure, ferait très bien mon affaire…

Mais ce n’est pas le pire. Rien de ce qui précède n’est aussi pire que ce qui s’est produit dans son bureau à la mi-janvier 2020.

Je lui parle à nouveau de mes difficultés à faire du jogging.

Et là, il me demande : « Quel est le problème avec le jogging ? »

Dans ma tête, ça explose. J’ai parlé plus d’une fois de mes flashs en essayant de faire du jogging. Ça fait des mois que j’en parle.

J’essaie de rester calme. (Oui, oui, je suis capable, même malade.) Je lui répète à nouveau le « problème avec le jogging ».

Et il répond : « Mais c’est un symptôme d’un état de stress post-traumatique, ça. »

Une autre explosion dans ma tête.

Rendu là, aussi bien lui parler à nouveau de mes difficultés à conduire ma voiture. Comment je serre mon volant, comment je panique au moindre son…

Et il répond à nouveau : « Ça aussi, c’est un symptôme d’un ESPT. »

Une troisième explosion dans mon cerveau. Mais ce n’est pas comme un texte d’Alexandre Pratt, qui s’amuse à dévoiler des statistiques sportives décapantes et qui intitule sa chronique : Une année folle à faire exploser votre cerveau.

Mon psychiatre me dit alors qu’on va finir par trouver la bonne molécule. Il me parle du Prozac et d’autres molécules dont je ne me rappelle pas. Mon cerveau est ailleurs. Ça se bouscule dans ma tête. Et je me vois, moi le rat de laboratoire, essayer des anditépresseurs à l’infini…

Je quitte son bureau en état de choc.

Mais quand je répète que je suis fort en tabarnak, que je suis un criss de fucking warrior, que je peux être têtu comme une mûle…

De retour chez moi, je recommence mes recherches. Ma psychologue m’avait notamment parlé du propalonol pour le traitement de l’ESPT.

Je trouve plusieurs études qui montrent l’efficacité de ce médicament. C’est quoi du propalonol ? C’est un bêta-bloquant. Ça diminue le rythme cardiaque, la pression artérielle et ça réduit le niveau de cortisol sécrété par le cerveau.

Je réussis à parler au psychologue québécois qui a mis sur pied un protocole de traitement avec le propalonol pour l’ESPT. Je découvre en même temps que ce médicament est utilisé depuis le début des années… 70 ! Pour traiter l’état de stress post-traumatique.

Je suis en tabarnak. Je demande un nouveau rendez-vous avec mon psychiatre. Je demande à ma fille et à mon ex de m’accompagner avec mon intervenante du CLSC.

La rencontre dure 1h30! Il ne veut rien savoir de me prescrire du propalonol. Il affirme que les études montrent que ça ne marche pas. Moi, j’en ai lu plusieurs qui disent le contraire. Je ne les ai pas trouvées sur le site de Madame Minou.

Il dit aussi s’inquiéter des effets secondaires sur moi. Je lui demande de choisir n’importe quel des antidépresseurs qu’il m’a prescrit et de me lire la liste des effets secondaires possibles de ce médicament.

Mais toujours rien à faire. C’est mon ex qui finit par dire : quels sont les risques s’il prend ce médicament ?

Quelques minutes plus tôt, elle a dit à mon psychiatre que ça faisait 28 ans qu’elle me connaissait et qu’elle ne reconnaissait plus l’homme qu’elle avait connu…

Mon psychiatre dit alors s’inquiéter pour mon coeur. Je lui réponds que mon coeur bat d’habitude à 60 pulsations par minute au repos quand je suis capable de faire mon jogging régulièrement. J’ajoute qu’il peut me faire passer un électrocardiogramme n’importe quand pour vérifier la santé de mon coeur physique.

Il est toujours convaincu que ça ne marchera pas, mais de guerre lasse, il remplit ma prescription.

Vous savez quoi ? Ça fonctionne.

Désolé, ce n’est pas fini. Je continue de vous raconter mon année folle, qui va faire exploser votre cerveau.

Les études montrent que la relation avec un médecin, un psychiatre, un psychologue représente jusqu’à 40% dans le succès d’un traitement. Sauf que le contraire est aussi vrai.

Quand j’ai entendu mon psychiatre demander quel était le problème avec le jogging, l’explosion dans mon cerveau n’était pas qu’au sens figuré. S’il restait du cortisol, mon cerveau a alors vidé ses réserves.

Je laisse le Dr Sonia Lupien, spécialiste du stress, expliquer ce qui se passe alors.

« Nos résultats ont permis de démontrer que lorsqu’une mémoire négative est réactivée et qu’une personne est ensuite exposée à un stresseur, les hormones de stress produites mènent à une hyper-reconsolidation de la mémoire négative. »

Ça veut dire quoi en bon français ?

État de stress post-traumatique = hypervigilance. Stress qui s’ajoute = état de stress post-traumatique encore plus important.

Ça veut dire quoi concrètement ?

Depuis que mon psychiatre m’a demandé quel était le problème avec le jogging, je fais maintenant des crises de panique chaque fois que je vais à l’épicerie, quand mon téléphone sonne, quand mon chien jappe, alouette…

Une chance que le propalonol m’aide un peu. Chanceux que je suis.

Vous trouvez que votre cerveau a assez explosé comme ça ?

Malheureusement, ce n’est pas terminé.

Entre deux crises de panique, ça continue de grouiller dans ma tête. Dimanche dernier, en faisant ma vaisselle, un flash me vient : est-ce que l’Ativan peut empirer un ESPT ?

En même temps je me dis qu’il y a toujours bien des limites au boutte de la marde

Je google les mots suivants : Ativan et état de stress post-traumatique.

Plein des résultats. Des pages de résultats. Un des premiers est un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pas exactement une obscure organisation qui prône le réalignement des chakras.

Le communiqué, qui date de 2013, recommande ne pas prescrire des benzodiazépines dans le cas d’un état de stress post-traumatique. L’Ativan est un anxyolitique qui fait partie de la catégorie des benzodiazépines.

Pire encore, une méta-analyse publiée en juillet 2015 dans The Journal of Psychiatric Practice conclut que « l’utilisation de benzodiazépines chez les patients qui ont vécu un trauma pourrait accroître le risque de développer un état de stress post-traumatique Ce risque est de 2 à 5 fois plus élevé lorsque des benzodiazépines sont prescrits.

Et mon psychiatre qui s’inquiétait de mon rythme cardiaque…

p.s. : Il paraît que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Je vais être fort en ta quand je serai guéri 😉

Le monsieur du Mcdo

Hier soir, j’ai assisté à la victoire des Canadiens contre les « infâmes » Maple Leafs de Toronto. J’étais avec ma fille. Ça s’est décidé en prolongation. Que demander de mieux !

Scandelle excité comme un gamin de marquer son premier but dans l’uniforme des Canadiens. Kovalchuk, 37 ans, déjà excité comme un gamin en permanence, qui marque en prolongation sur une passe de Suzuki.

Puis, l’entrevue d’après-match, menée par Renaud Lavoie (TVA sports) avec Marco Scandella, deuxième étoile du match. Ma fille et mon crions en riant : « On veut Marc Denis ! »

On aime beaucoup « détester » Renaud Lavoie, voyez-vous. Car il sait tout, ce Renaud. C’est du moins l’impression qu’il donne. À l’écouter, on a l’impression qu’il parle tous les jours à Gary Betteman (le commissaire de la LNH), à Marc Bergevin (DG des Canadiens) et aux DG des 30 autres équipes. On croirait presque que c’est lui qui dicte les plans de match des 31 équipes, que c’est lui qui décide des échanges.

Noémie et moi disons souvent à la blague que Renaud Lavoie est l’homme le plus influent du sport professionnel en Amérique du Nord. Pendant le dernier Super Bowl, c’était lui qui décidait des stratégies des deux équipes.  C’était lui qui dictait les jeux au quart Patrick Mahomes des Chiefs de Kansas City.

Bref, Renaud Lavoie, c’est notre plaisir coupable. Et on criait à tue-tête dans le Centre Bell : « On veut Marc Denis ! », qui est l’analyste qui fait le même travail au réseau concurrent RDS.

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C’est un ami qui donnait des billets pour assister au match au Centre Bell. J’ai « sauté dessus ». Et j’ai appelé Noémie pour lui dire que j’avais des billets pour la game en soirée.

Elle était excitée comme Kovalchuk et Scandella en apprenant la nouvelle.

Ma fille, qui est gardienne de but, joue plus de matchs que les joueurs de la LNH dans une année. Elle joue en moyenne trois fois par semaine, parfois quatre. Elle a ses tournois où elle joue jusqu’à six matchs dans un week-end. Elle joue dans une ligue d’été au moins une fois par semaine.

Ça doit bien faire 150 matchs par année. Ça fait des matchs en ta, dirait le Moose Dupont.

J’ai vu Kovalchuk marquer en prolongation. J’ai vu des étoiles dans les yeux de ma fille Noémie. J’ai vu une famille s’amuser à encourager en même temps le CH et les Leafs. J’ai vu le monsieur du Mcdo. J’ai vu la bêtise humaine. J’ai vu que même malade, j’étais encore vivant. J’ai vu Renaud Lavoie. J’ai vu le tunnel (Ville-Marie), qui a provoqué une crise de panique, parce que la dernière fois que je l’ai emprunté, j’étais dans un taxi et j’avais la peur de ma vie. J’ai vu qu’il y avait une sortie au bout du tunnel. J’ai vu de la neige, plein de neige, pis ça m’a rappelé que j’avais encore un coeur d’enfant. Bref, merci pour cette belle soirée Ève Tessier-Bouchard et Marius Marin !

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Noémie jouait justement deux matchs en après-midi, Elle devait en jouer un troisième, mais elle a préféré aller au Centre Bell 😉

On s’est donc retrouvés au centre-ville. Moi, j’étais un peu anxieux. Prendre le métro, la foule. Ben oui, niaiseux de même. Ça serait trop long à raconter, mais disons qu’à cause de mon psychiatre, je suis devenu hyper-réactif, alors que je faisais déjà de l’hypervigilance. Bref, mon téléphone qui sonne, mon chien qui jappe, un objet qui tombe et c’est la crise de panique.

Mais l’amour parfois, ça fait faire bien des affaires. Après avoir vu sa mère vouloir mettre fin à ses jours, son père a craqué un an plus tard. Depuis, je me bats comme un diable dans l’eau bénite et ma fille, elle, me soutient de manière indéfectible, avec la sagesse de The Ancient One, dans Docteur Strange.

Noémie joue plus souvent au hockey que Connor McDavid et moi, je suis le premier compteur dans la Ligue professionnelle des crises de panique (LPCP). Plus de 1000 points en une saison et demie. Chaque point égale une attaque de panique. J’ai toujours été très déterminé, je sais !

Quand j’ai vu sur Facebook que la blonde d’un ami donnait deux billets pour la partie d’hier soir, je n’ai pas hésité. J’ai pensé à Noémie.

Ma fille était au restaurant avec sa mère quand je l’ai appelée. Nathalie m’a écrit un peu plus tard pour me dire combien Noémie était excitée en apprenant la nouvelle.

Quand tout ce que tu offres à ta fille depuis trop longtemps, ce sont des crises de panique et des larmes, pouvoir mettre un sourire sur son visage et des étoiles dans ses yeux, ça vaut de l’or. Parce ton enfant reste toujours ton enfant, même à 26 ans.

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J’ai gardé le meilleur pour la fin.

Avant le match, Noémie et moi nous nous sommes retrouvés au McDo, situé à l’angle de la Montagne et de l’avenue des Canadiens.

Noémie arrivait de ses deux matchs de hockey et moi, je venais de « survivre » au métro et à la foule. En sortant du métro, station Lucien-L’allier, y avait du monde en ta. La panique me gagnait lentement, puis j’ai vu un monsieur qui vendait des t-shits des Maple Leafs : « Loosers since 1967 ». J’ai souri. C’était alors Leafs 1; panique 0 !

Après avoir commandé au McDo, Noémie m’indique qu’elle doit aller à la toilette et qu’elle va m’attendre au troisième étage pour manger.

J’attends notre commande quand j’aperçois un monsieur avec son coupon de caisse dans les mains. Il a l’air un peu perdu. Les cheveux en broussaille, une barbe de plusieurs semaines. Ses vêtements sont sales.

Puis, la gérante du Mcdo qui s’approche de lui accompagnée de deux employés assez baraqués. Elle lui dit qu’il « dérange » les clients. Il marmonne qu’il attend son café.

Son café est prêt. Il le prend et les trois employés du McDo « l’accompagnent » pour qu’il sorte du restaurant.

Il fait -20 dehors et l’humidité nous transperce.

Nous sommes au Mcdo, pas Chez Toqué. Nous sommes dans le temple du fast-food et du consumérisme. Il y a plein de clients qui sont là pour casser la croûte avant d’aller au match. Le Mcdo est situé juste en face du Centre Bell. Il y des gens avec un chandail des Canadiens ou un chandail des Leafs. Des chandails qui se vendent plus de 100$ chacun. Il y a des clients en complet-cravate.

Je m’approche de la gérante et je lui demande si elle sait quelle température il fait dehors. J’ajoute qu’elle pourrait faire preuve d’un peu d’humanité. Je parle fort pour être certain d’être bien entendu par tout le monde.

Elle me répond que si monsieur fait des problèmes, c’est elle qui sera prise pour s’en occuper. Elle ajoute que c’est son travail de s’occuper des clients qui font des problèmes, comme moi d’ailleurs.

Estomaqué, je lui tends ma facture et je lui dit de me rembourser alors. Tout le monde nous regarde. Elle s’en va. Je lui dit très fort qu’elle est en train de faire de l’excellente publicité pour son employeur.

Pendant ce temps, monsieur s’est assis et a bu son café tranquille.

J’arrive au troisième avec nos burgers et je raconte l’incident à Noémie.

« Je suis fier de toi papa ! »

C’est alors papa 1; dépression / choc post-traumatique / crise de panique 0 !

Des nouvelles de Suzanne T.

J’ai eu des nouvelles de Suzanne T. aujourd’hui.

Suzanne T. travaille pour la Great-West, qui s’appelle maintenant Canada Vie.

Suzanne T. n’est pas le vrai nom de cette personne. Elle s’appelle : prénom et première lettre du nom de famille.

J’ai écrit un billet sur Suzanne T. le 29 octobre 2018. J’ai même composé une chanson inspirée par Suzanne T. que j’ai intitulée Samuel Archibald. Poursuivre la lecture de « Des nouvelles de Suzanne T. »

Kate, Meghan et la grosse misère

« La vie est difficile », disait Scott Peck, dans son livre Le chemin le moins fréquenté.

C’est en plein ce que je me suis dit hier soir alors que je faisais la queue à l’épicerie.

J’attendais pour payer mes achats tout en gérant une crise de panique – ben oui, j’en fais à l’épicerie maintenant. Comme toujours, il y avait les magazines à potins, bien en vue à côté de la caisse. J’ai d’abord eu un flash : c’est peut-être pour ça qu’on place les revues à potins à côté de la caisse. Pour aider les gens à gérer leurs angoisses. Finalement, y a pas que Bell qui fait sa part pour la santé mentale, les épiceries aussi ! Poursuivre la lecture de « Kate, Meghan et la grosse misère »

Quand une Lamborghini peut te conduire en psychiatrie…

Ça pourrait être pire, que je me suis dit. Je suis chanceux dans le fond, ma vie pourrait être un cauchemar.

Mon père aurait pu m’offrir une Lamborghini blanche. Et ma vie aurait pu devenir un « cauchemar total », comme c’est le cas pour le pauvre (sic) Gasparino Caruso.

C’est ce que je me suis dit en lisant ce texte (délicieux) du Journal de Montréal.

> Dévasté parce que sa Lamborghini virait au jaune

Le papa de Gaparino, Calegoro, a offert à son fils une Lamborghini Huracan Spyder blanc métallique pour la modique somme de 365 000 $. Le rêve de petit garçon de Gasparino, probablement. C’est important les rêves des petits garçons.

Sauf que le rêve a tourné au cauchemar quand Gasparino a constaté que son char virait parfois au jaune sous l’effet du soleil.

Le criss de soleil… C’est vrai qu’il ne brille pas toujours pour tout le monde. Et là, on apprend qu’en plus, quand il brille, il ne brille pas toujours de la bonne façon ou à la bonne place. La vie peut tellement être injuste parfois.

C’est ce qui est arrivé aux Caruso. Une de ces injustices qui peut briser une vie. La couleur aussi, ça peut briser une vie. Une vie sans couleur, tsé, c’est pas drôle.

Ce n’est pas moi que le dit. C’est écrit dans le journal. Un « vrai » journal, en plus, comme dit la publicité.

« Ç’a toujours été un rêve de posséder un tel véhicule de luxe et à la place, c’est devenu un cauchemar total », avancent Calogero Caruso et son fils Gasparino, dans une poursuite civile rendue publique cette semaine au palais de justice de Montréal.

Dévastés en plus, les Caruso, ça aussi, c’est écrit dans le journal. C’est pas drôle ça, être dévastés. La dévastatation est partout, de nos jours, pas juste en Australie.

Tsé, tu as travaillé fort toute ta vie, contrairement à la majorité du monde qui sait pas c’est quoi travailler pour gagner son argent. Tu l’as pas volé, ton argent. Le monde chiale, mais si les gens travaillaient pour vrai au lieu de chialer, eux aussi pourraient se payer des petites gâteries à l’occasion.

Pis c’est tellement important, les petits gâteries. C’est un peu ça qui donne du sens. Pis ça aide à ta santé mentale, ça, les petites gâteries. Regarde qui chiale, qui se pogne le beigne, qui travaille pas pour son argent… Qu’est-ce qui se passe ?

Ils ont des problèmes de santé mentale, eux autres. Pas de petites gâteries, ça mène parfois à l’urgence psychiatrique de l’hôpital Douglas. Comme cette femme qui a passé trois jours à l’urgence sans voir un psychiatre.

> Les urgences psychiatriques de Montréal débordées

C’est ça le problème avec le monde. C’est pour ça que les urgences psychiatriques sont débordées. À cause des petites gâteries.

C’est essstraordinaire, les petites gâteries, dirait Sol.

Les gens qui ont pas de petites gâteries, ils veulent en avoir pareil. lls cherchent et ils cherchent, les pauvres. Ils savent pas qu’il faut des sous pour avoir des petites gâteries. Pis les sous, ils savent pas qu’il faut travailler la sueur pour en avoir. lls ont chaud, les gens, mais sans sueur.

Les gens veulent suer, mais ils ne savent pas comment. Alors, ils vont à l’hôpital. On va parfois à l’hôpital pour faire ablationner un plâtre, sans son bras le plus possible, mais l’hôpital, c’est pas juste pour les ablations.

On va là aussi pour voir du monde qui sue vraiment. Tout le monde sue dans un hôpital. C’est sûr, tout le monde court à l’hôpital. Les docteurs, ils vont vite vite. Les préposés aussi. Mais celles qui vont encore plus vite, c’est les infirmières. Ça va vite une infirmière.  Y a beaucoup de sue dans un hôpital.

Et les bénéficiaires ? Ah ! les bénéficiaires. Ils bénéficient eux. Mais c’est pas comme dans un testament ou les assurances, les pauvres. Y a un préposé (aux bénéficiaires) qui est là pour les faire bénéficier. Ils peuvent pas bénéficier tout seul, ils ont besoin d’aide.

Ça court pas vite un bénéficiaire, à cause de la civière, mais ça sue aussi un bénéficiaire. Surtout en psychiatrie. Les bénéficiaires en psychiatrie, ils suent beaucoup, parce qu’ils pensent trop. Ils sont trop occupés à penser, ils en oublient même de se laver parfois, trop occupés dans leur tête.

C’est pour ça que le monde va en psychiatrie. C’est là qu’on trouve le plussse d’experts en sue. Une infirmière qui court vite vite vite pis des bénéficiaires qui pensent trop, ça fait beaucoup de sue. Pis quand tu sais pas comment suer pour gagner des sous pour avoir des petites gâteries, ça te prend de l’aide. Parce que c’est pas drôle une vie pas de petites gâteries…

Bref, merci aux Caruso pour cette belle leçon de vie. J’ai hâte au livre (et au film) : Comment j’ai survécu à ma Lamborghini.

p.s. : je poursuis mon plan de traitement : essayer de rire en masse, même de moi 😉