Moi et mon trouble de la personnalité narcissique

En ce moment, drette là, je suis terriblement souffrant. Une intense douleur me serre la poitrine.

Parfois t’as mal en criss et tu voudrais juste que la douleur s’en aille.

Pour utiliser le langage du hockey, il faudrait que je fasse une mise en échec pour séparer le joueur de la rondelle. En langage médical, ça voudrait dire séparer ma tête de mon corps.

Ma tête, je l’aime un peu moins ces temps-ci. Mon corps ? Bon je ne suis pas Brad Pitt, mais j’y tiens à mon corps. Je m’en suis servi pour aller faire du vélo mardi. J’aimerais bien qu’il serve à nouveau pour faire du jogging. Et il me sert en ce moment pour écrire ces lignes, tout comme ma tête d’ailleurs.

Donc, je ne ferai pas un Shea Weber de moi.

Je vais continuer d’avancer.

Mais je suis épuisé de pas être entendu ni pris au sérieux. Épuisé de répéter les mêmes affaires. Épuisé d’avoir raison.

Pis oui, tout ce stress, toute cette incompétence me fait souffrir. Ou plutôt ne m’aide pas à guérir, alors que c’est ce que je souhaite le plus ardemment : guérir.

Et guérir est un grand mot. Je sais bien que je ne guérirai jamais.

Certaines blessures vont cicatriser. Les autres, je vais seulement apprendre à vivre avec, comme je le fais depuis si longtemps.

J’ai rencontré trop de gens payés pour écouter et qui ont cherché seulement à cocher de petites cases pour mettre un pseudo nom sur ce que je vis. Un diagnostic.

Qu’est-ce qu’un diagnostic ? À mon sens, le diagnostic devrait être un outil pour ensuite m’aider à guérir.

Depuis 18 mois, aucun diagnostic ne m’a aidé à guérir. Ça ne m’a apporté que des souffrances.

Des psychiatres ont coché des petites cases.

Dépression majeure. Trouble de la personnalité narcissique. Trouble anxieux. Trouble anxio-dépressif.

Oh les jolis noms ! On les retrouve tous dans le DSM-5, la bible de la psychiatrie.

Le plus drôle, c’est évidemment celui de trouble de la personnalité narcissique. Les amis à qui j’ai raconté ça se sont tous mis à rire.

J’en ai parlé à mon ami Daniel avant-hier, qui s’est mis à rire au téléphone. Il n’arrêtait pas de rire.

Peut-être riait-il parce qu’il sait en gros ce que c’est un diagnostic de trouble de la personnalité narcissique…

Il s’agit d’un mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d’être admiré et de manque d’empathie qui sont déjà présents au début de l’âge adulte et sont présents dans divers contextes, comme en témoignent au moins 5 des manifestations suivantes.

Les symptômes, les voici…

– La personne a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnue comme supérieure sans avoir accompli quelque chose en rapport) ;

Elle est absorbée par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal ;

Elle pense être « spéciale » et unique et ne pouvoir être admise ou comprise que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau ;

Elle a eu besoin excessif d’être admirée ;pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ;

Elle exploite l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins ;

Elle manque d’empathie : n’est pas disposée à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d’autrui ;

Elle envie souvent les autres, et croit que les autres l’envient;

Elle fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains.

Je sais bien que personne ne va me reconnaître là-dedans.

Et tout comme vous, je me demande bien ce que le doc avait mis dans ses céréales le matin où il a posé ce diagnostic, seulement quelques jours après m’avoir vu la première fois, en décembre 2018.

Q’est-ce qui a bien pu lui faire penser à ça en me voyant ?

Il est là le mystère.

J’ai fini par obtenir copie de mon dossier médical il y a environ un mois.

Une quarantaine de pages de notes cliniques. Aucune mention des observations qu’il aurait pu faire pour appuyer un tel diagnostic.

Pas un mot là-dessus. Rien, niet, nada, kaput. Impossible de comprendre son raisonnement.

Mais après chaque rencontre, il écrivait ceci : « dépression majeure, traits cluster B » ou encore « dépression majeure, trouble personnalité narcissique ».

Il écrivait toujours la même chose, telle une horloge suisse.

Je n’en savais rien. J’ai « appris » que « j’avais » un trouble de la personnalité narcissique il y a un mois. En lisant mon dossier.

Il ne m’a jamais rien dit. Je cherche à comprendre. Je ne peux que faire des suppositions.

Peut-être ne se sentait-il pas assez solide pour défendre son diagnostic en m’en informant ? Comme le dit affectueusement mon ancien collègue Serge Laplante, je suis un « chicaneux ».

J’aurais posé des questions, c’tivident !

###

Évidemment, je comprends un peu mieux.

Dès que le doc avait posé ce diagnostic de grand narcissique devant l’Éternel, le reste n’avait plus beaucoup d’importance.

Ou plutôt, tout ce que je pouvais raconter allait passer par ce filtre.

C’est pour ça qu’il n’y aussi aucune note dans mon dossier sur le tsunami qui a déferlé sur moi ces dernières années.

Rien comme dans niet, nada, kaput.

Dans le jargon médical, ça s’appelle l’anamnèse.

De quossé ?

L’anamnèse, c’est l’histoire du patient.

C’est comme en journalisme, quand tu veux faire le portrait d’une personne. Faut que tu lui parles et, surtout, faut que tu l’écoutes.

Dur, dur de faire un portrait si t’as pas écouté et que t’as pris aucune note.

Donc, le doc a pas fait l’anamnèse.

Enfin, je lui en ai parlé. C’est rentré par une oreille, sorti par l’autre.

Et surtout aucune note dans mon dossier. Je sais, suis fatiguant, mais je répète encore : rien, niet, nada, kaput.

Bon j’dis pas si j’avais raconté que mes cheveux étaient beaux, pis mon corps celui d’un Dieu grec. Mais qu’un ongle incarné était venu jeter une ombre sur ma divinité. « Vous comprenez, docteur, j’ai vraiment besoin d’aide. C’est comme devenue une obsession, cet ongle incarné. »

J’aurais compris qu’il ne prenne aucune note et qu’il conclue : trouble de la personnalité narcissique 😉

Sauf que c’était pas aussi exotique mon affaire. Pas de divinité ni d’ongle incarné.

Juste de la souffrance. Comme ben du monde.

Peut-être que des psychiatres se disent qu’ils n’ont pas fait toutes ces études pour soigner la « vulgaire souffrance ». Amenez-nous un bipolaire, amenez-moi un schizophrène, amenez-vous un trouble de la personnalité narcissique !

Comme Doctor Strange qui n’acceptait que les patients qui pourraient contribuer à sa gloire personnelle. Retirer une balle dans un mollet ? Pffft… Un obus dans un cerveau ? Là on jase !

Donc, je parlais de filtre.

Je ne vois pas d’autres explications. Quand je parlais de ma ride en taxi pour me rendre chez mon ex qui voulait mettre fin à ses jours. Quand je parlais du chauffeur qui rigolait parce que je lui avais dit que c’était urgent.

Le doc se disait probablement : « a un besoin excessif d’être admiré » ou encore « pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ».

J’opte pour le deuxième choix. J’attendais clairement un traitement particulièrement favorable du chauffeur de taxi.

Et quand je parlais de ma course sur 12 coins de rue avant d’arriver chez mon ex. « Patient a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnue comme supérieure sans avoir accompli quelque chose en rapport). »

C’est vrai que je cherchais seulement à faire homologuer mon nouveau record du monde, me crissant totalement de savoir si mon ex était morte ou vivante.

J’ai alors fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains.

Juste avant de grimper à toute vitesse les marches jusqu’à l’appartement de Nathalie, j’ai vérifié mon application sur mon téléphone, – que j’avais pris la peine de démarrer en sortant du taxi – yes, je tenais mon record du monde !

Deux semaines plus tard, quand Nathalie a fait une vraie tentative de suicide, j’ai pris mon char pour me rendre à l’hôpital sans savoir si elle était morte ou vivante.

J’imagine que j’étais en train d’exploiter l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins.

Genre la prime d’assurance vie de Nathalie. J’allais pouvoir appeler les enfants en leur disant : « Maman est morte, elle s’est suicidée, mais on va pouvoir se partager 100 000 $ les enfants !!! »

Pis quand j’ai hébergé Nathalie pendant 8 mois, alors que j’étais tombé très amoureux d’une femme qui m’avait ouvert son coeur malgré ma situation impossible.

J’ai probablement fait ça par besoin excessif d’être admiré.

Quel homme ! Il héberge son ex avec laquelle la rupture n’a pas été facile. Un vrai Dieu grec !

Je me sentais déchiré entre la souffrance de Nathalie et celle de mes enfants, ma propre souffrance, mon désir de ne pas polluer ma nouvelle relation avec tout ça. Méchant cocktail !

Ça doit avoir un lien avec une faiblesse du côté de l’empathie.

Ensuite, quand je racontais mon incapacité à faire mon jogging. Mes flashbacks, la crise de panique, les larmes.

C’était probablement à cause de mon sens grandiose de ma propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnue comme supérieure sans avoir accompli quelque chose en rapport).

J’hésite cependant avec « pense être une personne « spéciale » et unique et ne pouvoir être admise ou comprise que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau. »

Bref, c’est mon hypothèse à 5 cennes pour expliquer le fait qu’il n’y avait pas une criss de note sur ces événements dans mon dossier. Rien, niet, nada, kaput.

Je reviens sur ce que j’ai écrit au début. Il y a quelqu’un qui a fait un diagnostic. Et le bon à part ça.

État de stress post-traumatique avec trouble panique. Combiné à des traumas complexes jettés au gré du vent sur le parcours de ma vie.

C’est ma psychologue qui fait ce diagnostic. C’est la seule personne (professionnel de la santé) en qui j’ai totalement confiance en ce moment. La seule.

Parce qu’au-delà de son diagnostic, elle cherche réellement à m’aider à guérir.

Pour revenir au doc, j’ai eu l’impression d’avoir perdu un an de ma vie. J’ai surtout eu l’impression d’avoir souffert pendant un an, pour rien.

Pis ça, ça fait mal.

En décembre 2019, je faisais quatre crises de panique par jour. Un cauchemar.

Dans ses notes, le doc écrit « Monsieur dit souffrir de tristesse matinale… »

Peut-être se disait-il que j’étais absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal…

Sur ce, je retourne à mon trouble de la personnalité narcissique, je dois aller laver mon miroir…

Ça va bien aller, mais…

Je ne veux pas briser le party. La pandémie finira par être derrière nous. La crise ? Ça va prendre pas mal plus de temps.

Je ne veux pas être négatif non plus. De cette crise, il en ressortira du positif et du négatif. Mais avant d’arriver au positif, faudra vivre le négatif.

###

Cette pandémie, elle bouscule totalement l’ordre établi. Le grand ordre des choses, comme le petit.

Par exemple, des papas ne pourront assister à la naissance de leur enfant. On se dit qu’il y a pire que ça quand même. En même temps, la naissance de son enfant, c’est pas mal quelque chose, comme dirait le grand Mario.

Moi qui était déjà en confinement, en quelque sorte, la pandémie m’affecte aussi. J’ai raconté que j’avais demandé à changer de psychiatre et pourquoi je voulais changer.

C’est fait, j’ai une nouvelle psychiatre. Sauf que je ne l’ai jamais vue. On s’est parlés deux fois au téléphone.

Ce jeudi, on a parlé du rapport de mon assureur, qu’elle a recu. On a parlé de la recommandation de l’assureur : me retourner au travail dès le 13 avril. On a parlé du médecin expert qui a signé ce rapport.

Y a pas longtemps, j’ai écrit que j’en avais plein le cul d’avoir raison. Que ça me faisait chier d’avoir raison.

J’ai aussi écrit, quelque part, mes réserves sur les tests de mémoire que m’a fait passer le médecin expert de mon assureur. Il me montrait 50 images. Ensuite, 50 autres pages avec deux images et je devais choisir laquelle j’avais vue précédement. Par exemple : une carotte (A) et une chaise (B). Je me rappelais avoir vu la carotte, je répondais A.

Sauf que ma mémoire n’est pas la même en ce moment. En temps normal, j’ai une mémoire d’éléphant. Là, il arrive de ne pas me souvenir du nom d’une actrice pourtant connue en regardant un film.

Je fais plein de fautes, aussi. Mais vraiment beaucoup, en tout cas, par rapport à mon état habituel. Je n’ai jamais autant apprécié les correcteurs.

Donc, pendant le test de mémoire, j’étais moins « performant ». Il m’arrivait d’être incapable de donner une réponse entre A et B. L’expert me disait alors d’en choisir une au hasard. Disons que ça m’a troublé.

Pendant qu’il me posait ses questions, le 9 mars 2020, l’anxiété me gagnait aussi. Je sentais la crise de panique s’en venir. Je l’ai dit au médecin expert, qui me posait ses questions. Il a levé les yeux, m’a regardé et a tout simplement continué à me poser ses questions.

Ça aussi ça m’a troublé.

Ça adonne que ça aussi troublé ma psychiatre. AVANT que je ne lui raconte tout ça.

Je n’ai pas encore lu le rapport de médecin expert. Je l’attends toujours. Sauf que j’ai compris que les tests de mémoire sont mentionnés avec les résultats et les conclusions du médecin expert dans le rapport envoyé à ma psychiatre.

Ça l’a troublé elle aussi. Elle en a parlé à une neuropsychologue. Je vous épargne les détails. Mais disons qu’il y a un gros drapeau rouge qui est apparu. Je vous l’ai dit, c’est pas toujours l’fun avoir raison.

Là, avant d’envoyer sa réponse à l’assureur, elle veut me voir, pour la première fois, dois-je rappeler. Ce qui est une évidence, quand on y pense. Sauf qu’il y a un virus qui chamboule la planète.

Il y a quand même des situations où elle peut voir des patients. Elle a jugé que c’était le cas. Je vais la voir à une clinique externe affiliée à l’hôpital.

J’ai dit à ma psychiatre que j’étais malade, que je ne suis pas devenu fou ni idiot. Je lui ai dit aussi que j’étais toujours aussi lucide. Je comprends très bien ce qui m’arrive. Et je sais ce qu’il faut faire pour en sortir.

Ce sont des crises de panique et un état de stress post-traumatique (ESPT) qui empoisonnent ma vie depuis deux ans. Pas ma mémoire, ni mes fautes d’orthographe. Quand j’ai parlé de ça au médecin expert, ça n’a pas semblé l’intéresser. Mais ses tests de mémoire, ça oui. Curieux, quand même, non ? Je dis ça, je dis rien…

Je fais de crises de panique, j’ai un ESPT. Je vois ma psychologue en séance vidéo deux fois par semaine. Je fais des fautes, ma mémoire n’est plus la même. Mais je suis lucide, oh que oui…

###

Je continue donc d’écrire. Ça m’aide toujours autant. Et ça me permet de me rappeler que je suis autre chose que la maladie.

Le coronavirus, donc.

Il y a deux affaires là-dedans. Une pandémie et la crise qui vient avec.

Des entreprises fermées temporairement ne rouvriront pas leurs portes. Des gens ne retrouveront pas leur emploi. Même les médias, on ne sait pas ce qui va arriver, dans 6 mois, dans un an.

Des gens vont faire faillite, pas juste des entreprises.

Ça va coûter la peau des fesses. Le fédéral va dépenser 70 milliards en trois mois pour soutenir les emplois. C’est sans compter l’explosion des coûts de l’assurance-chômage. L’explosion des dépenses en santé.

Quand ça sera fini, la facture sera salée. Pis l’État ne pourra pas se tourner vers le « peuple » en augmentant les impôts. Ça va poser plus que jamais les questions qui sont posées depuis un p’tit bout, sans jamais les aborder de front, collectivement. Les écarts de richesse de plus en plus monstrueux dans la société. Dans certains pays, c’est pire que d’autres.

Des pays vont commencer à se refermer. Ils vont penser à eux d’abord. Du moins au début. Après ? Je ne sais pas. C’est déjà commencé. Le président américain veut interdire à des entreprises de vendre leur produits, comme des masques, à l’étranger, dont le Canada.

Les voyages, dans le Sud, en Europe, ça ne sera plus pareil. La semaine dans le Sud, chaque hiver, parce qu’on est tannés de l’hiver, ça sera pus pareil. Pus pareil comment ? Je sais pas. Mais ça sera pus pareil.

Les conséquences en matière de santé mentale seront importantes. On parlait de plus en plus des problèmes de santé mentale AVANT la crise. Déjà, après trois semaines, la vie de plein de gens est chamboulée.

On dit aux gens de consulter, mais la majorité du monde n’a juste pas les moyens de consulter. Ils n’ont même pas d’assurances pour consulter. Et ceux qui en ont, c’est pas toujours si évident. Pour plusieurs, c’est limité à 600 piastres par année. À 120$ la consultation, ça fait 5 consultations. Pour certains, c’est assez, mais pour beaucoup d’autres, c’est loin d’être le cas.

On parlait de plus en plus de santé mentale AVANT la crise.

Des gens qui souffraient souffrent encore. Pour plusieurs, la situation n’a fait qu’empirer leur état. D’autres vont s’ajouter. L’anxiété, la dépression, les traumas, va y en avoir.

Des gens qui souffent d’un cancer qui ne peuvent pas se faire opérer ne savent pas quand ils vont se faire opérer. Pour certains, ça sera fatal. Y aura des deuils. Des familles éplorées. La colère. Un conjoint, une conjointe, un papa, une maman, un frère, un ami qui n’a pu se faire opérer à cause du coronavirus. C’est injuste. Tellement.

Les rapports humains vont changer. Les gens qui se promènent dans la rue en gardant leurs distances ne vont pas tout à coup redevenir comme avant. En faisant mon jogging, mercredi, un jeune d’environ 12 ans s’apprêtait à embarquer sur son vélo. Il m’a vu arriver. Je courais sur le bord de la rue. Il a reculé pour me laisser passer. Ça va laisser des traces. On n’a jamais connu ça.

Y a de plus en de problèmes d’anxiété chez les enfants, les ados. Cette crise n’aidera pas, du moins à court terme. Les camps d’été ? C’est dans trois mois. On ne sait pas quand l’école va reprendre. Les camps d’été ? On ne sait pas. Les jeunes qui souffraient déjà d’anxiété ne voudront p’tête pas aller au camp d’été, collés-collés avec plein de monde. Si camp d’été il y a.

Je me rappelle du virus du Nil. La première fois qu’on a entendu parler de ça au Québec. Ma fille, un peu anxieuse, avait peur d’attraper le virus du Nil. Elle venaient nous rejoindre la nuit parce qu’elle avait peur du virus du Nil.

Mais le virus du Nil, c’était de la p’tite bière.

Ce serait du pur déni que de penser qu’il y a pas d’enfants qui vont rejoindre leurs parents la nuit à cause du coronavirus.

Mes enfants à moi, ils ont connu le 11 septembre. Ils avaient 5 et 8 ans. Ils avaient un peu peur. Surtout, ils ne comprenaient pas trop. Mais ils allaient à l’école à pied chaque jour. Ils jouaient avec leurs amis dans la rue. La vie continuait.

Là, la vie est un peu sur pause. Une pause comme on n’en a jamais connue avant. Je pense à mes enfants, mais ils ont 24 et 26 ans aujourd’hui. Je pense encore plus aux enfants d’aujourd’hui. L’école ? C’est fermé. Le p’tit qui joue au hockey ? C’est fermé. La p’tite qui trippe socccer ? C’est fermé. L’ado qui vient de se faire une blonde ? C’est fermé. L’autre qui était supposé aller fumer son premier joint avec ses chums ? C’est fermé.

Pas pour toujours. Mais là, c’est fermé. Ce serait du pur déni que de penser que ça ne laissera pas de traces.

Des terroristes avec des canifs ont détourné des avions, qui ont détruit deux tours et fait 3000 morts. Ils ont traumatisé la planète. Mais c’était du petit change à côté de ce qu’on vit en ce moment.

Je ne dis pas ça pour être un prophète de malheur. Ou pour être négatif. Je veux être lucide. Peut-être que c’est la souffrance qui m’a appris ça. Dans mon cas, avant que ça commence à aller un peu mieux, y a eu beaucoup de souffrances.

Les gens vont vouloir retourner à leur vie d’avant, après la pandémie. Mais ce avant n’existera plus. C’est comme un trauma. J’en sais quelque chose. La première chose qu’on dit aux gens qui ont eu un trauma, c’est que leur vie ne reviendra jamais comme avant. Elle sera différente et ils devront apprendre à vivre avec les blessures, qui s’atténuent, mais ne disparaissent pas.

Ça ne veut pas dire que la vie ne sera pas belle APRÈS le trauma. Mais ça ne sera pas pareil.

C’est comme une dépression également. Plein de gens te disent que tu vas t’en sortir. Et c’est vrai. Sauf que parfois, t’es pas sûr. Tu vas t’en sortir, vraiment ?

Ben oui, tu t’en sors. Mais avant de voir le soleil briller à nouveau, c’est tough en tabarnak. Pour certains, ça prend trois mois, d’autres six. Parfois, c’est un an. Parfois plus.

On ne peut pas savoir à l’avance ça va prendre combien de temps.

C’est pareil avec cette crise. On sait pas.

Des gens disent que c’est quand même formidable. La planète va mieux, la nature reprend ses droits. C’est vrai à 100%.

Sauf que si la planète va mieux, c’est aussi à cause du fait que la moitié de ses habitants est en confinement.

Ceux qui me connaissent savent à quel point les questions environnementales me préoccupent.

Cette crise montre à quel point la planète n’a pas besoin de nous. La planète a 4 milliards d’années. Nous sommes l’une des espèces vivantes qui a vécu sur cette planète. Grosso modo, ça fait 300 000 ans qu’Homo sapiens existe.

Trois cents mille ans, c’est le tiers de 1 million d’années. La planète a 4 milliards d’années. Sur l’échelle du temps, notre espèce, c’est à peine le temps d’un clin d’oeil dans l’histoire de la Terre.

Mais si on décortique ce clin d’oeil, c’est encore plus troublant.

Pendant 300 000 ans, Homo sapiens n’a pas eu vraiment d’impact sur son environement, sur la planète. On peut dire que ça commencé vers 1840 avec les balbutiements de la révolution industrielle. Il y a 180 ans !

Donc, pendant 299 820 années, Homo sapiens n’a pas eu vraiment d’impact sur son environnement.

Encore là, plusieurs experts affirment que le véritable impact d’Homo sapiens sur son environnement a commencé au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale. En 1945.

Ça veut dire qu’Homo sapiens n’a pas vraiment eu d’impact sur son environnement pendant 299 925 années.

La Terre a 4 milliards d’années. Ça a pris 75 ans à Homo sapiens pour avoir un impact sur son environnement.

Ça fait beaucoup de chiffres, je sais.

Mais continuons.

Cette crise a commencé en Chine, il y a quatre mois.

En quatre mois, la pollution a diminué. Ça s’observe avec les images de la NASA. Ce qui, nécessairement, entraîne une cascade d’événements.

On dit souvent qu’Homo sapiens n’est qu’un locataire sur cette planète. Nous ne sommes pas propriétaires. Oublions ici les principes philosophiques, voulez-vous ? Oublions la morale ?

Regardons juste les faits froidement. Logiquement.

C’est vrai. C’est juste une équation mathématique. L’humain disparaît, la planète s’en crisse.

Il y a plein de vidéos là-dessus, pour illustrer ce qui se passerait si Homo sapiens disparaissait.

En voici une. Je ne sais pas si tous les chiffres sont exacts. Mais ça ressemble fort probablement à ce qui se produirait si Homo n’était plus là.

Je vois des gens qui se réjouissent que la nature reprenne ses droits. Ils ont raison. Sauf que…

Je lis des lettres d’opinion rappelant qu’il faut qu’on change notre mode vie. C’est vrai, ça aussi..

Ce virus, s’il voyage si vite, c’est à cause de notre mode de vie.

En 1918, la grippe espagnole a fait des ravages. On parle de 50 à 100 millions de morts. Mais c’est pas aussi précis qu’aujourd’hui. Aujourd’hui, y a des gens qui publient des courbes chaque jour pour montrer l’évolution de ce satané virus.

En 1918 ? C’était à l’époque de l’arrière grand-père de Mark Zuckerberg.

Les voyages dans le Sud ? Pas vraiment. Oh quelques riches ici et là.

Les voyages en Europe ? Pas vraiment non plus.

Pour voyager, fallait prendre le bateau.

Notre mode de vie, donc. C’est une évidence, bien sûr.

Mais ça veut dire quoi ? On fait ça comment ? Mais surtout, qui est vraiment prêt à faire ça ? Qui veut vraiment faire ça ?

Ça veut dire changer. Se transformer. Évoluer. Bien qu’ici, la notion d’évolution est différente de ce qu’on connaît.

Pour la première fois de notre histoire moderne, on parle d’évoluer pour survivre.

Mais changer, c’est pas facile. Quand on fait son budget par exemple, parce qu’on a décidé de réduire nos dépense, par choix ou par nécessité. On regarde les postes budgétaires et il faut couper.

Le vin ? C’est quand même cool, le vin. Le p’tit verre de vin du vendredi soir, après sa semaine de travail. Ou encore avec des amis, le samedi soir. On ne veut pas vraiment couper, dans le vin.

Le cours de guitare ? C’est le seul moment dans la semaine où on décroche vraiment. Et puis, on trippe à apprendre la guitare. Tu passes ta semaine dans un bureau, à la comptabililté d’une grande entreprise. Tu te dis que tu peux pas te passer de ton cours de guitare. C’est presque ta santé mentale qui est en jeu.

Le chalet ? Fuck ! Tu veux pas vendre le chalet ! T’habites en ville, plateau Mont-Royal, pas de cour. Les week-ends au chalet, c’est sacré. Encore là, tu te dis que c’est presque une question de santé mentale.

Ainsi de suite.

Encore là, pour plein de gens, faire des choix budgétaires, c’est complètement autre chose. Genre viande hachée (pour faire un pâté chinois) ou juste du Kraft Dinner ?

Mais peu importe, faut changer notre mode de vie. Ça sera pus pareil après.

Des beaux statuts Facebook, de belles lettres d’opinion, c’est formidable. Mais changer, ça va faire mal. Même à ceux qui publient de beaux statuts Facebook ou signent de belles lettres d’opinions.

Parmi ceux qui signent ces lettres, par exemple, un certain nombre n’auront plus de jobs éventuellement. Il y a tout plein d’organisations qui dépendent de subventions gouvernementales, de dons. Ils font un travail absolument essentiel.

Mais l’argent qui leur permet de fonctionner, il va venir d’où ?

Je ne prédis pas la catastrophe, mais pour eux aussi, ça ne sera plus pareil.

C’est la même chose pour moi, remarquez bien. Est-ce que j’aurais encore une job dans un an ?

Bien sûr, on peut y arriver. Homo sapiens a aussi une formidable capacité d’adaptation. Mais n’empêche, changer, c’est pas facile.

Alors oui, on peut dire que ça va bien aller. Les couchers de soleil vont encore être là. Y a des bébés qui vont naître.

Est-ce que je regrette d’avoir « fait » deux enfants qui vivent aujourd’hui dans ce monde ? Pantoute. Y a des bébés qui naissaient aussi quand Homo sapiens commençait son périple sur cette planète. Le danger était partout. Bien sûr, ça ne sera pas toujours une partie de plaisir.

À quel moment ça l’a été ? Y a toujours eu des obstacles, des drames, des catastrophes sur le chemin d’Homo sapiens.

Est-ce que nous serons pour toujours, Homo sapiens, j’entends, sur cette planète ? Nope. Pis c’est pas important. L’important, c’est l’instant présent.

L’amour aussi, c’est important. Plus que jamais. Le petit, le moyen, le grand amour. La vie continue. Pas pareil, mais elle continue. Homo sapiens qui a rapidement commencé à s’organiser une forme de société, c’était de l’instinct de survie, mais c’était aussi de l’amour.

Tu ne décides pas à vivre en groupe si tu n’aimes pas un peu tes semblables.

Ça va bien aller, donc. Mais il va falloir changer. Comme écrivait Daniel Bélanger :

« Et sachant que ça fera mal, j’ai décidé de changer. »

Et le chemin pour y arriver ne fait que commencer.

Conte pour tous, premier chapitre : le bureau du médecin

Juste avant de publier ce billet, je me suis dit : « Bon, qu’est-ce que le monde va penser ? Encore Champagne avec ses problèmes… »

Je peux vous assurer que je ne cours pas après les problèmes. Avant qu’un immense tsunami ne s’abatte sur moi, j’avais la réputation d’un gars de bonne humeur toujours prêt à aider un collègue ou un ami. Même dans des moments de grandes tensions, je trouvais toujours le moyen de rire.

Je tombais aussi sur les nerfs de mes enfants, à cause de cette bonne humeur. Toujours de bonne humeur au lever le matin, au point où je tombais sur les rognons de mes ados devenus ensuite adultes, parfois un peu grognons au réveil.

Du genre à chanter des niaiseries devant son chien, perplexe.

Même du genre à essayer de rire du pire pour que ça passe mieux.

###

Il s’en passe des affaires en ce moment. Des affaires assez dégoûtantes. Des affaires qui sont d’intérêt public, pas parce qu’il est question de moi. Ça pourrait être n’importe qui d’autre que ce serait d’intérêt public. Des affaires qui concernent pas mal tout le monde dans le fond.

Face à une situation qui ressemble fort à la maison des fous d’Astérix, j’essaie d’en rire.

Alors j’ai décidé d’en faire un conte, pour que le ton viennent contrebalancer le contenu, plutôt déconcertant, c’est un euphémisme.

IL ÉTAIT UNE FOIS…

Il était une fois un journaliste et une compagnie d’assurances.

Le journaliste était en arrêt de travail. La compagnie d’assurances demande à ce que le journaliste soit évalué par leur expert.

Le journaliste, un peu con, veut toujours croire en l’humanité. Il sait bien que « là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ». Comme journaliste, il sait bien que le système n’est pas toujours juste. Il sait bien qu’il y a des « crosses ». Il lit les journaux. Il sait bien que le monde n’est pas parfait.

Mais il est un peu con, justement, parce que les « crosses », les affaires croches, il n’en avait jamais vraiment subi. Oh ! il y avait bien quelques affaires ici et là. Mais rien du genre à bouleverser une vie, quoi.

Il était un peu con, donc, mais pas complètement idiot non plus.

Il se doutait bien que ce médecin expert n’allait pas être son ami.

Un médecin expert, en théorie, c’est supposé être neutre et indépendant. C’est écrit dans le Code des docteurs, les amis. Les docteurs, avant de devenir docteurs, ont juré sur Hippocrate, un doc grec qui a vécu avant que JC ne viennent faire sa crise au Temple et recrute 12 révolutionnaires qui voulaient changer le monde. JC a fini sur une croix. Je ne sais pas ce que Hippo en aurait pensé…

Hippocrate et toute la patente, c’est du sérieux, les amis. Ça dit que les docs sont là pour les malades. Ça dit entre autres :

« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. »

Bon ici, les amis, faut quand même apporter une nuance. Dans l’temps d’Hippo, ça n’existait pas les arrêts de travail. Les compagnies d’assurances non plus. Remarquez : on ne peut en faire le reproche à Hippo. Il était médecin, pas visionnaire comme Nostradamus. Hippo, dans toute sa sagesse, ne pouvait prévoir ça, les arrêts de travail, les compagnies d’assurances, les médecins devenus experts.

C’est comme à l’école, les amis. On t’apprend à ne pas mentir et ne pas voler. C’est pas bien ça mentir ou voler. Mais tu connais probablement un ami qui s’est fait prendre pour avoir menti ou volé. Toute l’école le sait alors.

Hippo, c’est comme une maîtresse d’école qui te dit de ne pas mentir ou voler.

Pour revenir au journaliste, il était un peu con parce que lui, il accordait une grande importance aux règles pour exercer son métier. Tiens une fois, il était chef de division. Il a reçu une glacière pleine de fromages qui puent, de pâtés aux noms bizarres, de charcuteries qui coûtent la peau des fesses. Le restaurant qui avait fait livrer la glacière voulait qu’on parle de lui. Le journaliste a pris la glacière et il est allé la porter à la Old Brewery, ceux qui aident les gens dans la rue. Une autre fois, alors qu’il était jeune journaliste, quelqu’un lui a demandé combien ça coûtait pour avoir un article dans le journal. Le journaliste gagnait 23 000$ par année. Il a envoyé promener le monsieur.

Le journaliste a donc un peu de misère à comprendre que d’autres ne respectent pas les règles de leur métier. Il est un peu con, mais il est lucide quand même. Lui il écrit juste des articles quand il n’est pas malade. Les docteurs, eux, doivent protéger leurs patients.

Lui même n’était pas parfait. Une fois, il a fait une grosse boulette. Ça c’est une erreur les amis. Il y a eu une précision dans le journal pour dire qu’il avait fait une erreur.

Les docteurs, ça prend beaucoup d’erreurs pour qu’on finisse par parler d’eux dans le journal.

Il a fini par rencontrer le doc, qui a prêté serment sur Hippo. Enfin pas sur lui, tu as compris qu’il mort depuis belle lurette.

Au fil de la rencontre, le journaliste comprend vite que le doc n’est vraiment pas son ami. Il comprend aussi que ce doc, c’est comme un ami à l’école qui ne s’est pas encore fait prendre pour avoir volé ou menti.

Il comprend aussi que tout ce qu’il pourrait dire pourrait être retenu contre lui. Tu sais c’est quoi ça ?

Tsé comme dans les films où la police arrête un méchant et lui dit :

« Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat et d’avoir un avocat présent lors de l’interrogatoire. Si vous n’en avez pas les moyens, un avocat vous sera fourni gratuitement. »

Sauf qu’une personne dans le bureau d’un « expert » n’a pas d’avocat avec elle.

Elle aurait envie d’en dire plus pour expliquer pourquoi elle a une blessure au haut du corps, comme Brendan Gallagher Elle aurait envie de décrire sa blessure pour que le doc comprenne.

Mais tout à coup, elle réalise qu’elle ne sait pas comment « l’expert » va écrire ça dans son rapport.

Un rapport, les amis, c’est comme un devoir donné par ta maîtresse d’école. Sauf que dans ce cas-là, la maîtresse n’est pas là pour que tu fasses des progrès à l’école. Tu peux donc écrire n’importe quoi dans ton devoir, c’est pas grave.

Rendu au secondaire, ton prof va te demander de faire une entrevue avec une personne pour qu’elle parle de son travail. C’est un peu comme si tu décidais d’ajouter des affaires dans ton devoir, même si la personne ne t’a pas dit ça. Le prof ne le sait pas. C’est pas grave.

C’est pour ça qu’il n’y a pas d’Hippo à l’école. Imagine comment ça deviendrait compliqué.

Hippo, il est là pour les docteurs.

Pour revenir au journaliste, il sort perplexe du bureau du médecin.

– Ah je vois une main qui se lève. Oui Étienne tu as une question ?

– C’est pas vraiment une question. Je voulais juste dire que Le bureau du médecin, c’est une chanson des Trois accords, c’est le groupe préféré de mon père.

– C’est bien vrai, Étienne, je vois que tu suis bien le cours aujourd’hui. Je vais mettre un collant dans ton cahier.

Donc, le journaliste était perplexe. Tout à coup, il commençait à se dire que le rapport du docteur dirait autre chose que la vérité.

Pour un journaliste, c’est un peu dur à comprendre ça, écrire autre chose que la vérité. Quand ça arrive, tout le monde le sait, comme à l’école.

Ça a l’air que c’est pas comme ça que ça marche pour les docteurs.

Tsé tu as l’impression parfois qu’il y a un ami qui n’est jamais puni. Il est le chouchou de la maîtresse. Il fait parfois des affaires pas correctes, mais ce n’est jamais de sa faute. Et la maîtresse le défend toujours.

Ça arrive aussi avec les docteurs. Hippo ne serait pas content. Mais Hippo n’est plus là depuis belle lurette.

Le journaliste avait aussi un gros doute tout à coup. Le docteur n’avait pas respecté toutes les règles pendant la rencontre.

Ça c’est comme un ami qui ne respecte pas les consignes. Mais il n’est pas puni. C’est le chouchou de la maîtresse.

Presque trois semaines plus tard, la compagnie d’assurances appelle le journaliste pour lui dire qu’elle a reçu le rapport du docteur. La compagnie a décidé de recommander un retour au travail le 13 avril.

Le journaliste ne comprend pas trop. Comment un docteur a pu conclure ça ? Le journaliste fait des crises de panique chaque jour. Il l’a même dit au docteur.

Vous vous souvenez d’Émilie qui était incapable de faire un exposé oral ? Elle figeait, elle tremblait, elle pleurait. Elle était incapable de faire son exposé parce qu’elle était trop anxieuse.

C’est pareil pour le journaliste. Là on voulait l’obliger à retourner faire un exposé oral chaque jour.

Le journaliste était d’autant plus choqué qu’il travaillait très fort pour être capable de faire à nouveau des exposés oraux. Il avait noté qu’il s’améliorait, lentement mais sûrement. Mais tout ça était fragile.

– Qui se rappelle du concept de consolidation des acquis les amis ?

– Ah Émilie, je suis content que tu lèves la main !

– Ben moi, c’est exactement ça que j’ai fait. C’était vraiment dur de parler devant la classe. Mes parent m’ont envoyée voir un psymachin. Il m’a aidée beaucoup. Un moment donné, j’ai réussi à faire un exposé devant lui. J’étais tellement contente. J’ai dit que j’étais guérie et que je voulais faire mon prochain exposé devant la classe. Là il m’a dit qu’il fallait que je pratique encore. Il a parlé de consolidation des acquis. J’ai pas trop compris ce que ça voulait dire. Le lendemain, toute contente, j’ai essayé de faire une présentation devant mes parents et mes trois frères. Je me suis mise à trembler et à pleurer, comme à l’école. Là j’ai compris.

– En effet, Émilie, tu as très bien compris. Tu vois, aujourd’hui, tu es capable de parler devant toute la classe. Je suis fier de toi !

Bon ça va être assez pour aujourd’hui. La deuxième partie du conte se poursuivra demain.

Avant de partir pour la récréation, quelqu’un peut me dire la leçon de ce conte ?

– Oui Noémie.

– Faut pas toujours dire la vérité ? Des fois, ça aide pas. Une fois, j’ai dit à mes parents que c’est moi qui avait volé un jouet de ma petite soeur. Ils m’ont envoyé en punition dans ma chambre.

– Mmmmm… C’est tentant comme réponse, mais ce n’est pas ça.

– Luc ?

– Les docteurs, c’est toutte des crosseurs. C’est ça que mes parents disent tout le temps. Comme les journalistes.

– Tu sais Luc, il ne faut pas généraliser. Il faut faire attention avec ça, rappelle-toi la leçon du cours d’éthique.

– Émilie, je vois que tu lèves encore la main.

– Moi mon psymachin, il était vraiment gentil avec moi. C’est mes parents qui le payaient, mais lui il m’a dit que c’était moi sa priorité. Il m’a dit que je pouvais avoir confiance en lui. Que ce que je dirais, ça serait un secret entre lui et moi. Qu’il était là pour m’aider à guérir. J’étais un peu méfiante au début, j’était pas sûr si c’était vrai, comme mon p’tit frère quand il me stoole à mes parents. Mais ma mère lui a demandé comment ça allait. Il a dit que ça allait bien, que je faisais des progrès. Là ma mère a demandé de quoi on parlait. Mon psymachin a dit à ma maman qu’il m’avait promis que ce qu’on disait allait être un secret et qu’il allait respecter sa promesse. Là j’étais vraiment contente. Ma mère a chialé un peu dans l’auto, elle disait que c’était elle qui payait le psymachin, je disais rien, mais là j’ai su que je pouvais tout dire à mon psymachin.

– Luc, tu veux ajouter quelque chose ?

– Mes parents disent qu’ils font ça pour le cash les docteurs.

– Mmmmm… Tu marques un point Luc. Mais ce ne sont pas tous les docteurs qui font ça heureusement. Allez, c’est la récréation ! On continue demain : on va parler de médecine d’expertise et des lois pour protéger les citoyens.

Assurez-vous d’avoir pris des notes. Vous pourrez ensuite comparer avec la vraie histoire qui a inspiré ce conte…

FIN

Donald Trump et le pirate somalien

Mes enfants sont toujours des p’tits rigolos. Il faut dire que l’humour a toujours été une valeur familiale en quelque sorte.

Je n’ai jamais été du genre à me prendre trop sérieux, j’imagine que ceci explique cela, du moins en partie.

Quand nous avons eu notre chienne, Léa, il y a presque 5 ans, ils ont commencé à trouver un surnom pour presque tous ses jouets.

Il y a Tweetie Bird, mais c’était un surnom trop facile, puisque le jouet en question est un toutou Tweetie Bird.

Tweetie Bird au moment de constater son décès.

Il y a le pirate somalien. L’animal mort. Le dildo, je vous épargne les détails. Et le petit dildo, je vous épargne encore les détails. Non, ce ne sont pas de vrais dildos, quand même ! Mais mes enfants, qui sont des adultes, ont parfois l’esprit tordu. Je n’ai rien à voir là-dedans, ils doivent tenir ça de leur mère !

Et il y a Donald Trump. Oui, oui, Donald Trump !

Pourquoi Donald Trump ? Parce que c’est un jouet indestructible. Il a résisté à Léa, un Labernois de 85 livres. Il a résisté pendant 4 ans. Soit l’équivalent d’un mandat présidentiel.

Donald Trump, toujours intact après quatre ans de mauvais traitement par les médias… oups, pardon, par deux gros chiens méchants ! En route pour un deuxième mandat dans mon salon.

Depuis un an, un deuxième chien s’est ajouté à la famille. C’est Kina, la chienne de mon fils. Une croisée Berger allemand qui pèse elle aussi 85 livres.

Je l’ai gardée à quelques reprises chez moi. Les deux gros toutous sont devenues les deux meilleures amies du monde. Léa protège même Kina au parc à chiens, même si Kina est capable de se protéger sans l’aide de sa meilleure amie.

Kina a passé un mois à la maison pendant les Fêtes. Elle est revenue pendant la relâche, il y a quelques semaines. Et elle vit maintenant le confinement avec nous. Deux gros chiens de 85 livres, un chat et deux humains dans un 4 1/2 plus un balcon. Il est important le balcon quand tu as deux gros toutous à la maison.

Pour revenir à Donald Trump, Kina a donc eu plusieurs occasions d’essayer de « lui faire la peau ».

C’est ce qu’elle a fait avec Tweetie Bird et le pirate somalien.

Leur décès a été officiellement constaté dans les derniers jours.

Donald Trump ? Il résiste aux crocs de Kina, comme il a résisté à ceux de Léa. Donald Trump est indestructible.

J’ai bien peur que Donald Trump n’obtienne un deuxième mandat de quatre ans, du moins dans mon salon.

###

Le coronavirus, qu’est-ce que ça change dans ma vie ? À vrai dire, pas grand-chose.

J’étais déjà dans une sorte de confinement où je pratiquais la distanciation sociale. J’ai donc une longueur d’avance.

Ce n’était pas toujours volontaire, remarquez bien.

La solitude ? Je la pratiquais depuis plusieurs mois.

L’anxiété, les crises de panique ? À force d’en faire, je m’y suis un peu habitué. Mais je dois avouer qu’on ne s’habitue pas tant que ça.

J’essaie de me garder informé sans atteindre la saturation. Pour ma santé mentale.

J’avoue que je trouve ça difficile à l’occasion. Même malade, je suis toujours un journaliste.

Il n’y a pas si longtemps, du stress, j’étais capable d’en prendre. Journaliste, heures de tombée, représentant syndical, négos, arbitrage, alouette.

J’arrivais notamment à gérer tout ça en faisant du sport. Mon sport à moi, c’était le jogging. Une activité qui était totalement imbriquée dans mon mode de vie.

Depuis deux ans, c’est moins évident. La gestion du stress et le jogging.

J’ai recommencé à courir cette semaine. Enfin, courir est un grand mot.

En septembre 2017, j’ai couru le sprint de ma vie en espérant arriver à temps à l’appartement de mon ex, qui voulait mettre fin à ses jours.

Mes poumons voulaient exploser, mais il fallait continuer de sprinter. J’ai donc sprinté.

Allez savoir pourquoi, j’ai été capable de jogger dans l’année qui a suivie. Puis, un beau jour, niet, nada. Paraît que ça arrive avec les traumas, ça peut se déclencher des mois voire des années après l’événement.

Ce jour-là, j’ai commencé mon jogging et dès les premières foulées, des flashs dans ma tête. J’étais en train de sprinter la peur au ventre. Comme en septembre 2017.

Je stoppe ma course drette-là et je m’effondre en larmes. Pas de jogging.

Je me suis essayé à nouveau quelques jours plus tard. Même résultat. Les flash, les larmes, la totale.

J’ai attendu un mois et j’ai fait une nouvelle tentative. Rien à faire.

Le jogging, c’était fini pour moi, du moins tant que je n’aurais pas trouvé un moyen de traiter ce trauma.

C’est ce que je suis en train de faire depuis une semaine.

J’ai déjà parlé de l’EMDR ou le Eye Mouvement Desensitization and Reprocessing. Une technique découverte par une psychologue américaine qui s’est montrée particulièrement efficace pour le traitement des souvenirs post-traumatiques.

Ça l’air ésotérique, mais ça ne l’est pas. C’est surtout crissement douloureux.

Le principe est simple. Tu te replonges dans ton souvenir, tu le revis comme si tu y étais.

Pendant ce temps, je dois suivre des yeux le stylo que ma psychologue fait bouger devant moi.

Parfois, ça devient difficile de suivre le stylo des yeux, qui sont remplis de larmes.

Dans ma tête, je revis ma course et je dois décrire les émotions qui m’habitaient à ce moment-là.

La peur. Il n’y avait que de la peur. La peur brute. Comme celle que nos ancêtres pouvaient ressentir en voyant un mammouth leur foncer dessus.

Le principe de l’EMDR, en gros, c’est que le mouvement des yeux permet de retraiter les souvenirs qui sont restés prisonniers dans le système limbique, siège des émotions et de la peur.

Ça l’air ésotérique, je sais, mais cette méthode a fait l’objet de nombreuses études scientifiques. Son efficacité est reconnue mondialement.

Ça fonctionne. Mais ce n’est pas une partie de plaisir.

Entre mes séances, j’ai des devoirs à faire. M’exposer au jogging.

À force de ne pas être capable de jogger, j’ai maintenant peur rien que d’y penser. Peur que les souvenirs remontent et prennent le contrôle de ma tête.

Ma première fois, mardi, je ne me suis même pas habillé comme si j’allais courir. Histoire de ne pas délencher toute la patente.

J’ai commencé à marcher. Puis, je me suis mis à jogger. Vingt secondes. Et j’ai marché à nouveau, pendant trois minutes. Une autre mini course, pas trop rapide, de 20 secondes. J’ai répété le manège pendant 30 minutes.

Le lendemain, je me suis habillé comne si j’allais jogger. J’ai couru à l’occasion jusqu’à 50 secondes.

###

Je sais que c’est le chemin que je dois prendre. Mais il y a des journées où ça ne me tente pas. Parce que ça fonctionne justement.

Ma psychologue m’a expliqué qu’après une séance d’EMDR, le cerveau continue de travailler. Il processe, comme un ordinateur.

Sauf qu’il ne processe pas des beaux souvenirs. Il fait le ménage.

Conséquence : tu dors mal, tu fais des rêves bizarres. Tu te réveilles en pleine nuit en crise de panique. Le matin, tu te lèves un peu tout croche et il y a d’autres souvenirs associés qui refont surface.

Après le jogging, va falloir s’occuper de la conduite en voiture. Des heures de plaisir en vue 😉

Non, le chemin vers la guérison n’est pas toujours bucolique à coups de séances de méditation ou à composer des pièces musicales.

Dire que j’aimerais mieux travailler de la maison à écrire sur le coronavirus est un euphémisme.

###

Hier, ma fille tentait de marquer des buts dans le salon. Avec son bâton de hockey et un rouleau de papier toilette pour remplacer la rondelle. Sa cible ? Le panier à linge.

Les deux chiens regardaient la scène, l’air de se dire que la fin du monde était peut-être en train de se produire.

Je ne me rappelle plus du score. J’imagine que c’est elle qui a gagné, puisqu’elle ne gardait pas les buts du panier à linge.

La prochaine fois, on s’est dit qu’elle enfilerait son équipement de gardienne et moi, j’irais de mon formidable tir frappé (sic) du rouleau de papier toilette.

###

Je disais que mes enfants sont de p’tits rigolos. Il ne manquent pas d’imagination.

Nous avons aussi un chat. Il s’appelle Jello. Noémie et David l’ont baptisé ainsi parce qu’il était tout mou à son arrivée comme petit chaton.

Jello est un chat spécial. Il est très coquet, très propre de sa personne.

Il a vite pris l’habitude de monter sur le comptoir de la salle de bain quand on se brosse les dents. Un jour, Noémie a commencé à faire semblant de lui appliquer du déodorant. Jello a adoré.

Depuis, il réclame son déodorant chaque jour.

Sur ce, je vous laisse. On s’est donnés comme mandat de regarder tous les Star Wars. Nous sommes rendus à l’épisode 3 de la deuxième trilogie, qui précède l’épisode 4 de la première trilogie. Vous me suivez ?

Les médias, les fausses nouvelles et l’huile sur le feu

Je suis comme un joueur de hockey blessé, qui regarde la game du haut de la passerelle au Centre Bell.

On voit la game différement dans ces moments-là. Comme une perspective différente quoi.

C’est ce que je me suis dit en lisant la chronique de Patrick Lagacé ce matin.

>> Les blocus, ça marche

La chronique est nuancée. Lagacé aurait pu fesser sur les autochtones. Il aurait pu dénoncer les compagnies, qui ne pensent qu’à faire du cash. Bref, il aurait pu se choquer, comme plein de gens le sont en ce moment.

La perspective, les nuances. Ce sont les mots qui me sont venus en tête en lisant Lagacé.

Les autres mots auxquels j’ai pensé sont : sujet explosif, minorité, potentiel de dérapage, religion, le vivre ensemble.

Quand ces conditions sont en cause, la responsabilité des médias est d’autant plus grande, selon moi.

Pourquoi ?

Il y a deux raisons. Je n’invente rien en signalant que nous vivons à une époque hyper polarisée. Les nuances sont moins fréquentes. Les camps sont clairement établis et gare à celui qui essaie de se tenir entre les deux.

L’autre raison, ce sont les fausses nouvelles. Elle pleuvent comme des sauterelles en Égypte, les fausses nouvelles. Et elles vont vite, même Usain Bolt n’arriverait pas à les rattraper.

Une étude du New Scientist a indiqué que les fausses nouvelles rejoignent 12 fois plus de gens que les textes qui corrigent ces fausses nouvelles.

Lundi, l’Agence Science-Presse signalait que, malgré les textes qui corrigeaient nombre de fausses nouvelles dans l’affaire du coronavirus, ces mêmes fausses nouvelles continuaient d’être populaires.

>> Coronavirus : la lutte aux faux remèdes

Conclusion ? Malgré le travail des médias, elles s’accrochent ces fausses nouvelles, comme la misère sur le pauvre monde.

Ça me fait penser à cet agent immobilier qui avait déclaré à mon collègue Maxime Bergeron : « Le problème des pauvres, c’est qu’il n’ont pas d’argent. »

Mais revenons à nos moutons. Les fausses nouvelles pleuvent et malgré le travail des médias, elles continuent de circuler abondamment.

La première chose, donc, pour les médias, ça serait de ne pas créer de fausse nouvelle. Dans ce cas, la fausse nouvelle a un vernis supplémentaire de crédibilité.

Les fausses nouvelles même les plus absurdes rejoignent des centaines de milliers voire des millions de personnes.

Imaginez : une fausse nouvelle circulait à l’effet que boire de l’eau de javel pourrait nous guérir du coronavirus. Je sais, c’est grotesque.

Un premier texte de PolitiFact est venu corriger cette abusdité. Sauf que deux semaines plus tard, la nouvelle était encore si populaire que FactCheck.org a publié un long texte pour corriger à nouveau cette fausse nouvelle.

Si vous ne le saviez pas déjà, je vous annonce que la fausse nouvelle est un serpent avec plusieurs têtes. Tu en coupes une, mais ça n’y change pas grand-chose. Le défi est titanesque pour les médias.

Les fake news, c’est LE sujet dans les salles de presse. Tout le monde les dénoncent. Tout le monde veut les combattre.

Sauf qu’on n’a pas pris complètement la mesure du problème.

On croit tous, moi le premier, que publier un texte qui corrige une fausse nouvelle est une contribution importante aux débats sains dans notre société.

On se trompe. La fausse nouvelle est comme un virus dans The Matrix.

Ou comme Le petit castor, une fois qu’elle est lancée, rien ne peut l’arrêter.

Vous allez dire que je suis pessimiste. Que mon propos revient à dire de ne rien faire. Ce n’est pas le cas.

Ce que je dis, c’est qu’il faut d’abord prendre la vraie mesure du problème.

Il faut aussi admettre que présentement, nous allons à la guerre avec des tire-pois.

Mais ça ne veut pas dire de baisser les bras.

###

La chronique de Richard Martineau sur Daniel Weinstock était une fausse nouvelle. Point.

Je ne ferai pas le procès de Richard Martineau. J’aurais juste envie de lui dire de lire l’étude du New Scientist. De lire les textes de l’Agence Science-Presse. De lire sur cette histoire d’eau de javel qui démontre que même une fausse nouvelle, qui est ridicule à sa face même, continue de circuler abondamment.

Au Québec, nous sommes quelque centaines (de journalistes) face à l’armée monstrueuse des fausses nouvelles. On ne gagnera pas cette guerre – si on peut la gagner – dans un affrontement direct sur le champ de bataille.

Ça va prendre une stratégie. Ça va prendre des alliances. Il va falloir garder jalousement nos munitions pour le bon moment. Don’t waste a bullet, comme ils disent dans The Walking Dead…

Surtout, n’inventons pas de fausse nouvelle. C’est comme quelqu’un qui a le coronavirus qui va boire de l’eau de javel. Tout ce qu’il fait, c’est empirer son état.

###

Il y a toujours eu une guerre entre La Presse et le Journal de Montréal. Entre Power Corporation et Quebecor.

Je ne me prononcerai pas, je suis dans l’un des camps. Je suis en conflit d’intérêts.

En ce moment, c’est la bataille Martineau-Lagacé qui tient le haut du pavé. Même les humoristes en parlent ! C’est drôle, enfin le sketch de Louis T. est drôle.

Mais peu importe qui a raison dans cette affaire, ce sont autant de munitions gaspillées alors qu’une vraie bataille fait rage dans la société.

###

Des clichés gros comme le bras ont circulé au sujet de La Presse et de ses journalistes, chroniqueurs et éditorialistes. La même chose pour le Journal de Montréal, les éditorialistes en moins.

C’est souvent tout le monde dans le même bateau.

Mais vous savez quoi, il se fait du très bon journalisme au Journal de Montréal.

Souvent, une seule chronique fait parfois en sorte que plein de gens jettent le bébé avec l’eau du bain. Même chose avec La Presse.

On passe alors à côté de l’essentiel.

My five cents ? Si l’information est maintenant un « bien public », ça veut dire qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes les chevaliers qui défendent l’information. Avec une armée de quelques centaines de chevaliers face à un adversaire tel que les fausses nouvelles, ça serait bien de ne pas trop gaspiller nos munitions.

###

Je reviens sur le Journal de Montréal. Je disais qu’ils font de l’excellent journalisme. En voici un exemple.

>> CNESST : des centaines d’expertises réalisées par seulement cinq doc

Un excellent sujet. Pour une chronique ? Un no-brainer, comme on dit. Tu veux fesser dans le tas, dénoncer, crier ton indignation ? Go ! Ça fait des années que le Collège des médecins se dit préoccupé par la médecine d’expertise. Mais ? Y a encore des médecins qui font des centaines de miliers de dollars juste en expertise. Tout ça alors que leur code de déontologie stipule qu’ils doivent être neutres et indépendants en tout temps.

J’en rajoute ? Si, si, j’insiste.

Cette situation fait en sorte que des centaines voire des milliers de personnes perdent temporairement ou définitivement leurs prestations d’invalidité. Parfois avec raison, malheureusement.

Une situation qui a des conséquences financières, psychologiques et parfois même physiques. Une situation qui un impact sur la famille immédiate. C’est quand même légitime de douter de l’indépendance et de la neutralité du médecin en train de t’évaluer s’il fait des centaines de milliers de dollars avec la compagnie ou l’organisation qui lui a confié le mandat de t’évaluer.

Tu rêves de défendre la veuve et l’orphelin ? Tu veux fesser fort ? Tu veux des clics ? Ce sujet est pour toi, ami chroniqueur.

Je constate qu’il n’y a eu aucune chronique sur ce sujet dans le Journal de Montréal. Je peux me tromper, mais il n’y a rien eu de récent en tout cas.

Richard Martineau a bien écrit sur les expertises médicales, mais c’était dans le cadre du procès de Guy Turcotte. Il dénonçait ces experts qui venaient dire ce que la défense voulait entendre.

>> Un sentiment de justice, enfin !

Ce n’est pas un mauvais sujet, remarquez. Mais le vrai problème, ce n’est pas qu’un médecin expert ait témoigné pour la défense de Guy Turcotte. Il a d’ailleurs été condamné, comme le signalait Martineau dans sa chronique.

Pour être honnête, je constate qu’il n’y a pas eu de chronique sur ce sujet dans La Presse non plus. Du moins, pas dans les dernières années.

Yves Boisvert en a parlé un peu dans une récente chronique.

>> Pour un no-fault médical

Je ne fais pas la morale. Je ne jette pas les blâmes, comme un arbitre distribue les deux minutes dans un match Canadiens-Nordiques.

L’exemple que j’ai pris en est un parmi plusieurs.

Je ne suis pas chroniqueur et je sais combien ce n’est pas facile. Avoir quelque chose à dire de moindrement intelligent trois fois par semaine dans une chronique, ce n’est pas aussi simple que bien des gens peuvent le penser.

Ça n’existe pas un chroniqueur qui frappe pour une moyenne de ,1000, comme au baseball. Même au baseball, ça n’existe pas. Le record appartient à Ted Williams qui a frappé pour ,407 avec les Red Sox de Boston, en 1953.

###

Sauf que…

La société est de plus en plus hyper polarisée. Les fausses nouvelles pleuvent comme des sauterelles en Égypte.

Et l’une des missions des médias (et des journalistes/chroniqueurs/éditorialistes), c’est entre autres de dénoncer les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts. Surtout ceux qui sont d’intérêt public. Ceux qui influencent le cours des affaires dans la société.

L’affaire Weinsteck, on peut voir ça comme une affaire de conflit d’intérêts. À cause de ses positions, le gars ne peut pas participer à un comité du gouvernement du Québec.

Mais il s’avère que rien de ça n’est vrai. Shit !

Pourtant, les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts, en veux-tu, en v’là. Eux aussi pleuvent, presque autant que les sauterelles en Égypte.

Bref, ce ne sont pas les sujets qui manquent.

Quatre géants pharmaceutiques et une petite note de bas de page

État de stress post-traumatique ou pas, mon cerveau continue de fonctionner.

Il fonctionne tout croche, il voit des dangers partout. Mais ma capacité à garder un esprit critique n’est pas trop écorchée.

Je continue de m’informer. J’essaie de comprendre certaines choses. Dont l’effet de certaines molécules chimiques sur mon cerveau.

Je m’informe donc, particulièrement au sujet des benzodiazépines, une catégorie d’anxyolitiques particulièrement populaire.

Ce matin, je tombe sur une étude publiée en 2005 dans The Journal of Clinical Psychiatry. Les auteurs concluent, en gros, que les benzos, c’est ben bon finalement.

Le potentiel des benzodiazépines à provoquer une dépendance et un sevrage après une utilisation chronique a conduit à un contrôle de leur utilisation dans de nombreux pays. Cependant, ce contrôle a eu pour résultat qu’un nombre important de patients se sont vu refuser une option thérapeutique qui pourrait être appropriée et efficace.

Et il y a une toute petite note de bas de page qui vient remettre ces conclusions en perspective.

Le Dr Susman a été consultant, a reçu des honoraires ou a mené des recherches cliniques soutenues par Pfizer, Wyeth-Ayerst, Organon et Forest.

Je dis ça, je dis rien…

En journalisme, ça serait l’équivalent de publier une enquête sur l’industrie pharmaceutique et de mentionner dans une note, à la fin du texte :

Les auteurs de ce dossier ont déjà été consultants et ont reçu des honoraires pour préparer les stratégies de communication de Pfizer, Wyeth-Ayesrst, Organon et Forest.

Bref…

###

Pourtant, la science est claire depuis longtemps au sujet des benzodiazépines.

Ces médicaments ne doivent pas être pris sur une base régulière pendant plus de 12 semaines. Je ne compte plus le nombre d’études que j’ai lues qui tirent les mêmes conclusions.

La période de 12 semaines est la plus longue que j’ai pu répertorier. Plusieurs recommandent plutôt 8 semaines.

Pfizer, le fabricant de l’Ativan, précise même qu’il ne faut pas dépasser 4 semaines.

Visiblement, les auteurs de l’étude n’ont pas lu également les travaux d’un autre médecin, le Dr Heather Ashton, qui a consacré sa carrière à étudier les effets des benzodiazépines.

En 2002, elle a publié ce que plusieurs considèrent comme la bible en matière de benzodiazépines. On appelle même ce document Le manuel Ashton, en l’honneur de son auteure.

Toute sa vie, elle a scrupuleusement tenu à garder intacte sa crédibilité.

Dans un portrait que lui a consacré le New York Times, le 3 janvier dernier, la journaliste signale ceci :

She took great pains to avoid any conflict of interest that might undermine people’s trust in her work or profession. She scrupulously declined support of any kind from the pharmaceutical industry.

Comme ça, pas besoin de note de bas de page pour décliner ses conflits d’intérêts.

###

Parlant de conflit d’intérêts…

Ma compagnie d’assurance veut me faire évaluer par un autre psychiatre, pour une contre-expertise.

Pas de problème avec ça. Je n’ai rien à cacher.

Mais je suis curieux, que voulez-vous. J’ai donc fait une recherche sur ce psychiatre.

Premier constat : il a sa propre entreprise, spécialisée dans les expertises pour les compagnies d’assurance.

Deuxième constat : au cours des huit dernières années, il s’est retrouvé à 17 reprises devant un tribunal à titre d’expert. Dans plusieurs cas, c’est son évaluation qui était contestée. Dans presque tous les cas, il avait été embauché par une compagnie d’assurance.

Je ne peux pas tirer de conclusions sur ce médecin, je ne l’ai jamais vu.

Mais je sais que le Collège des médecins se dit préoccupé par la médecine d’expertise.

C’est ce qu’a affirmé sa porte-parole Caroline Langis au Journal de Montréal, le 20 mai 2019. Le Journal venait de dévoiler que cinq médecins experts avait réalisé 40 % des expertises médicales demandées par la CNESST en 2017.

> Pour lire le texte, c’est ici…

À lui seul, le chirurgien orthopédique Mario Giroux a fait 686 expertises en 2017. Il a donc fait 535 000$ seulement en 2017, juste avec la CNESST.

Je suis malade, mais je sais encore compter.

Ça fait deux expertises par jour. Plus précisément, c’est 1,9 expertise par jour.

Est-ce que j’ose poser la question qui me passe par la tête ?

Allons-y…

Mais où trouvait-il le temps pour opérer des patients ?

Son collègue, le chirurgien Jules Boivin a réalisé 876 évaluations en 2015, 769 en 2016, avant de « diminuer » à 664 en 2017.

Je vous laisse vous amuser avec les chiffres et vous poser toutes les questions qui pourraient vous passer par la tête…

###

Ca existe, donc, des médecins qui ont leur propre entreprise spécialisée dans les expertises médicales et qui ne font que ça ou presque.

Le code de déontologie du Collège des médecins prévoit qu’un médecin doit être neutre et indépendant en tout temps.

C’est sensiblement les mêmes règles ici comme aux États-Unis.

Mais il semble qu’on peut publier des études et y ajouter une note de bas de page, ou encore faire des expertises à plein temps pour le compte d’un tiers. Et faire beaucoup d’argent.

Ces médecins ont eux aussi prêté serment, sur Hippocrate, c’est juste qu’il y avait une petite note de bas de page dans leur cas.

L’aveuglement (volontaire) et l’écoute (sélective) d’un spécialiste (de la santé mentale)

On a tous connu quelqu’un un jour qui fait de l’aveuglement (volontaire) et de l’écoute (sélective).

Moi, ça été mon psychiatre.

Un médecin spécialiste que j’ai flushé la semaine dernière pour cause d’aveuglement volontaire, d’écoute sélective et d’incompétence.

Je l’ai flushé après qu’il ait malheureusement causé des dégâts importants. Dans ma tête.

Ça fait des mois que j’affirme que je souffre d’un état de stress post-traumatique.

Lui continait de soutenir que j’avais une dépression majeure. Point.

Je lui ai parlé de mes crises d’angoisse quotidiennes. Je lui ai dit que j’en faisais plusieurs fois par jour. Je lui ai répété que je me levais chaque matin avec une intense douleur à la poitrine. Je lui ai raconté mes douches froides.

Je lui ai dit que j’étais rendu incapable de faire mon jogging. Dès les premières foulées, des flashs dans ma tête. Moi qui sort du taxi à 10 coins de rues de l’appartement de mon ex-conjointe. Je commence à courir le plus long sprint de ma vie, parce que mon ex voulait mettre fin à ses jours. J’ai vécu 25 ans avec cette femme qui est la mère de mes deux enfants.

Je lui ai raconté ma ride en taxi. Le chauffeur qui riait de moi parce que je lui ai dit de se grouiller, que mon ex voulait se suicider. Il riait et il avançait pépère, de La Presse jusqu’à Verdun. Moi, je pleurais à l’arrière et je m’imaginais téléphoner à mes enfants pour leur dire que leur mère était morte, que je n’étais pas arrivé à temps à cause d’un connard de chauffeur de taxi.

Je lui ai parlé de mon meilleur ami qui s’est suicidé en 2003, marquant à jamais ses trois filles. Je lui ai dit qu’en courant, je me répétais que je voulais éviter cette souffrance à mes enfants.

Je lui ai mentionné que deux semaines plus tard, mon ex a fait une vraie tentative. J’ai pris ma voiture pour me rendre à l’hôpital de Verdun sans savoir si elle était morte ou vivante.

Je lui ai précisé que mon ex-belle-mère a crissé son camp pour retourner chez elle, à peine une heure après que je sois arrivé à l’hôpital.

Je lui ai signalé que j’ai dû téléphoner à mes enfants deux fois en deux semaines pour leur dire que maman était à l’hôpital et que ce n’était pas parce qu’elle s’était coupée en cuisinant.

Je lui ai raconté que mes enfants voyaient l’état de leur mère décliner lentement mais sûrement alors qu’elle était hospitalisée à Douglas, que Noémie et David avait surnommé Shutter Island. Avec raison.

Je lui ai dit que j’ai alors pris la décision d’héberger mon ex, parce que nous étions la seule famille qu’elle avait. Que ni sa mère ni son père n’ont levé le petit doigt. Je lui ai précisé que ces 8 mois avaient été très difficiles pour moi. Qu’il m’arrivait souvent de ne pas vouloir rentrer à la maison après une journée de travail. Que j’arrivais chez moi et que je voyais alors mes deux enfants consoler leur mère. Et je me disais que c’était bien vrai que nous étions sa seule famille.

Je lui ai raconté la frousse que nous avons eu trois semaines avant que je ne me rende à l’hôpital en novembre 2018. Personne n’avait de nouvelles de Nathalie et j’ai pris ma voiture pour me rendre chez elle, la peur au ventre.

Je lui ai mentionné mon épisode du « cubicule », à l’observation Z des urgences de l’hôpital Charles-LeMoyne. Une salle d’observation barrée et vitrée où l’on m’a placé sur une civière avec comme seuls vêtements mes bobettes et ma jaquette. Je lui ai relaté ma crise de panique dans ce cubicule alors que je m’étais rendu de mon plein gré à l’hôpital pour avoir de l’aide.

Mon diagnostic ? Dépression majeure.

Je l’ai cru au début. C’est un psychiatre. Il a fait de longues études. Moi, je ne suis qu’un journaliste dont le dernier cours de science remonte au secondaire 5.

En plus, je le trouvais sympathique, chaleureux et empathique. Que demander de mieux ?

J’ai pris un premier antidépresseur. Échec. J’ai pris un deuxième antidépresseur. Deuxième échec. Un troisième. Ça ne fonctionne toujours pas. Un quatrième. Encore un échec.

J’ai pris de l’Ativan pendant un an. Pour calmer mes crises de panique. Mon psychiatre répétait qu’on s’occuperait du sevrage une fois qu’on aurait trouvé le bon antidépresseur.

Il doit savoir ce qu’il fait, que je me disais.

Un moment donné, j’ai commencé à me poser des questions. Un moment donné, j’ai commencé à m’informer de mon côté.

J’ai lu des centaines de textes. J’ai lu des dizaines d’études scientifiques.

Un moment donné, j’ai commencé à lui dire qu’il faudrait peut-être revoir mon diagnostic. Une idée, comme ça…

D’autant plus que c’est une banale recommandation de la Fédération des médecins omnipraticiens du Québec. Penser à revoir le diagnostic après l’échec de deux antidépresseurs. Les autres diagnostics possibles ? Notamment un état de stress post-traumatique. Je dis ça, je dis rien…

Sauf que ma psychologue m’avait prévenu que c’était pas de la tarte, amener un psychiatre à revoir son diagnostic. « Ça prenait de la preuve, de la preuve et encore de la preuve. »

Je me suis dit que si raconter mes symptômes n’était pas suffisant, j’allais engager la bataille sur son terrain.

J’ai lu encore plus de textes, encore plus d’études scientifiques. Je me présentais à mes rendez-vous avec mes études sous le bras.

Je lui ai parlé de l’hippocampe, du système limbique, du système nerveux, du cortisol, du poids allostatique…

Vous allez dire que je suis un peu con. D’abord, quand t’as un choc post-traumatique, tu ne le sais pas au début que ça s’appelle comme ça. Et puis, t’es en face d’un spécialiste. Et ça ne va pas si bien dans ta tête. T’es un peu malade, quoi. Et la personne devant toi est justement là pour te soigner…

Quand je suis à nouveau tombé en arrêt de travail, au début du mois de janvier, il a changé son diagnostic. Je n’avais plus une dépression majeure, je souffrais d’un trouble dépressif majeur résistant.

Ça veut dire que les antidépresseurs ne fonctionnaient pas sur moi. J’avais remarqué, en effet…

Sauf que je ne le croyais plus. Tout ce qu’il me disait, je le contre-vérifiais.

J’ai trouvé un test pour évaluer si une personne souffre d’un état post-traumatique. Je ne l’ai pas trouvé sur le site de Madame Minou. C’est le test recommandé par le DSM-5, la bible des psychiatres. Mon score : 4,1 sur 5, soit un état de stress post-traumatique grave.

Mon psychiatre ne m’a fait passer aucun test en un an.

Je lui ai même dit que si j’affirmais que j’avais un ESPT, ce n’était pas pour me rendre intéressant. Une simple dépression, même majeure, ferait très bien mon affaire…

Mais ce n’est pas le pire. Rien de ce qui précède n’est aussi pire que ce qui s’est produit dans son bureau à la mi-janvier 2020.

Je lui parle à nouveau de mes difficultés à faire du jogging.

Et là, il me demande : « Quel est le problème avec le jogging ? »

Dans ma tête, ça explose. J’ai parlé plus d’une fois de mes flashs en essayant de faire du jogging. Ça fait des mois que j’en parle.

J’essaie de rester calme. (Oui, oui, je suis capable, même malade.) Je lui répète à nouveau le « problème avec le jogging ».

Et il répond : « Mais c’est un symptôme d’un état de stress post-traumatique, ça. »

Une autre explosion dans ma tête.

Rendu là, aussi bien lui parler à nouveau de mes difficultés à conduire ma voiture. Comment je serre mon volant, comment je panique au moindre son…

Et il répond à nouveau : « Ça aussi, c’est un symptôme d’un ESPT. »

Une troisième explosion dans mon cerveau. Mais ce n’est pas comme un texte d’Alexandre Pratt, qui s’amuse à dévoiler des statistiques sportives décapantes et qui intitule sa chronique : Une année folle à faire exploser votre cerveau.

Mon psychiatre me dit alors qu’on va finir par trouver la bonne molécule. Il me parle du Prozac et d’autres molécules dont je ne me rappelle pas. Mon cerveau est ailleurs. Ça se bouscule dans ma tête. Et je me vois, moi le rat de laboratoire, essayer des anditépresseurs à l’infini…

Je quitte son bureau en état de choc.

Mais quand je répète que je suis fort en tabarnak, que je suis un criss de fucking warrior, que je peux être têtu comme une mûle…

De retour chez moi, je recommence mes recherches. Ma psychologue m’avait notamment parlé du propalonol pour le traitement de l’ESPT.

Je trouve plusieurs études qui montrent l’efficacité de ce médicament. C’est quoi du propalonol ? C’est un bêta-bloquant. Ça diminue le rythme cardiaque, la pression artérielle et ça réduit le niveau de cortisol sécrété par le cerveau.

Je réussis à parler au psychologue québécois qui a mis sur pied un protocole de traitement avec le propalonol pour l’ESPT. Je découvre en même temps que ce médicament est utilisé depuis le début des années… 70 ! Pour traiter l’état de stress post-traumatique.

Je suis en tabarnak. Je demande un nouveau rendez-vous avec mon psychiatre. Je demande à ma fille et à mon ex de m’accompagner avec mon intervenante du CLSC.

La rencontre dure 1h30! Il ne veut rien savoir de me prescrire du propalonol. Il affirme que les études montrent que ça ne marche pas. Moi, j’en ai lu plusieurs qui disent le contraire. Je ne les ai pas trouvées sur le site de Madame Minou.

Il dit aussi s’inquiéter des effets secondaires sur moi. Je lui demande de choisir n’importe quel des antidépresseurs qu’il m’a prescrit et de me lire la liste des effets secondaires possibles de ce médicament.

Mais toujours rien à faire. C’est mon ex qui finit par dire : quels sont les risques s’il prend ce médicament ?

Quelques minutes plus tôt, elle a dit à mon psychiatre que ça faisait 28 ans qu’elle me connaissait et qu’elle ne reconnaissait plus l’homme qu’elle avait connu…

Mon psychiatre dit alors s’inquiéter pour mon coeur. Je lui réponds que mon coeur bat d’habitude à 60 pulsations par minute au repos quand je suis capable de faire mon jogging régulièrement. J’ajoute qu’il peut me faire passer un électrocardiogramme n’importe quand pour vérifier la santé de mon coeur physique.

Il est toujours convaincu que ça ne marchera pas, mais de guerre lasse, il remplit ma prescription.

Vous savez quoi ? Ça fonctionne.

Désolé, ce n’est pas fini. Je continue de vous raconter mon année folle, qui va faire exploser votre cerveau.

Les études montrent que la relation avec un médecin, un psychiatre, un psychologue représente jusqu’à 40% dans le succès d’un traitement. Sauf que le contraire est aussi vrai.

Quand j’ai entendu mon psychiatre demander quel était le problème avec le jogging, l’explosion dans mon cerveau n’était pas qu’au sens figuré. S’il restait du cortisol, mon cerveau a alors vidé ses réserves.

Je laisse le Dr Sonia Lupien, spécialiste du stress, expliquer ce qui se passe alors.

« Nos résultats ont permis de démontrer que lorsqu’une mémoire négative est réactivée et qu’une personne est ensuite exposée à un stresseur, les hormones de stress produites mènent à une hyper-reconsolidation de la mémoire négative. »

Ça veut dire quoi en bon français ?

État de stress post-traumatique = hypervigilance. Stress qui s’ajoute = état de stress post-traumatique encore plus important.

Ça veut dire quoi concrètement ?

Depuis que mon psychiatre m’a demandé quel était le problème avec le jogging, je fais maintenant des crises de panique chaque fois que je vais à l’épicerie, quand mon téléphone sonne, quand mon chien jappe, alouette…

Une chance que le propalonol m’aide un peu. Chanceux que je suis.

Vous trouvez que votre cerveau a assez explosé comme ça ?

Malheureusement, ce n’est pas terminé.

Entre deux crises de panique, ça continue de grouiller dans ma tête. Dimanche dernier, en faisant ma vaisselle, un flash me vient : est-ce que l’Ativan peut empirer un ESPT ?

En même temps je me dis qu’il y a toujours bien des limites au boutte de la marde

Je google les mots suivants : Ativan et état de stress post-traumatique.

Plein des résultats. Des pages de résultats. Un des premiers est un communiqué de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Pas exactement une obscure organisation qui prône le réalignement des chakras.

Le communiqué, qui date de 2013, recommande ne pas prescrire des benzodiazépines dans le cas d’un état de stress post-traumatique. L’Ativan est un anxyolitique qui fait partie de la catégorie des benzodiazépines.

Pire encore, une méta-analyse publiée en juillet 2015 dans The Journal of Psychiatric Practice conclut que « l’utilisation de benzodiazépines chez les patients qui ont vécu un trauma pourrait accroître le risque de développer un état de stress post-traumatique Ce risque est de 2 à 5 fois plus élevé lorsque des benzodiazépines sont prescrits.

Et mon psychiatre qui s’inquiétait de mon rythme cardiaque…

p.s. : Il paraît que ce qui ne nous tue pas nous rend plus fort. Je vais être fort en ta quand je serai guéri 😉