Les médias, les fausses nouvelles et l’huile sur le feu

Je suis comme un joueur de hockey blessé, qui regarde la game du haut de la passerelle au Centre Bell.

On voit la game différement dans ces moments-là. Comme une perspective différente quoi.

C’est ce que je me suis dit en lisant la chronique de Patrick Lagacé ce matin.

>> Les blocus, ça marche

La chronique est nuancée. Lagacé aurait pu fesser sur les autochtones. Il aurait pu dénoncer les compagnies, qui ne pensent qu’à faire du cash. Bref, il aurait pu se choquer, comme plein de gens le sont en ce moment.

La perspective, les nuances. Ce sont les mots qui me sont venus en tête en lisant Lagacé.

Les autres mots auxquels j’ai pensé sont : sujet explosif, minorité, potentiel de dérapage, religion, le vivre ensemble.

Quand ces conditions sont en cause, la responsabilité des médias est d’autant plus grande, selon moi.

Pourquoi ?

Il y a deux raisons. Je n’invente rien en signalant que nous vivons à une époque hyper polarisée. Les nuances sont moins fréquentes. Les camps sont clairement établis et gare à celui qui essaie de se tenir entre les deux.

L’autre raison, ce sont les fausses nouvelles. Elle pleuvent comme des sauterelles en Égypte, les fausses nouvelles. Et elles vont vite, même Usain Bolt n’arriverait pas à les rattraper.

Une étude du New Scientist a indiqué que les fausses nouvelles rejoignent 12 fois plus de gens que les textes qui corrigent ces fausses nouvelles.

Lundi, l’Agence Science-Presse signalait que, malgré les textes qui corrigeaient nombre de fausses nouvelles dans l’affaire du coronavirus, ces mêmes fausses nouvelles continuaient d’être populaires.

>> Coronavirus : la lutte aux faux remèdes

Conclusion ? Malgré le travail des médias, elles s’accrochent ces fausses nouvelles, comme la misère sur le pauvre monde.

Ça me fait penser à cet agent immobilier qui avait déclaré à mon collègue Maxime Bergeron : « Le problème des pauvres, c’est qu’il n’ont pas d’argent. »

Mais revenons à nos moutons. Les fausses nouvelles pleuvent et malgré le travail des médias, elles continuent de circuler abondamment.

La première chose, donc, pour les médias, ça serait de ne pas créer de fausse nouvelle. Dans ce cas, la fausse nouvelle a un vernis supplémentaire de crédibilité.

Les fausses nouvelles même les plus absurdes rejoignent des centaines de milliers voire des millions de personnes.

Imaginez : une fausse nouvelle circulait à l’effet que boire de l’eau de javel pourrait nous guérir du coronavirus. Je sais, c’est grotesque.

Un premier texte de PolitiFact est venu corriger cette abusdité. Sauf que deux semaines plus tard, la nouvelle était encore si populaire que FactCheck.org a publié un long texte pour corriger à nouveau cette fausse nouvelle.

Si vous ne le saviez pas déjà, je vous annonce que la fausse nouvelle est un serpent avec plusieurs têtes. Tu en coupes une, mais ça n’y change pas grand-chose. Le défi est titanesque pour les médias.

Les fake news, c’est LE sujet dans les salles de presse. Tout le monde les dénoncent. Tout le monde veut les combattre.

Sauf qu’on n’a pas pris complètement la mesure du problème.

On croit tous, moi le premier, que publier un texte qui corrige une fausse nouvelle est une contribution importante aux débats sains dans notre société.

On se trompe. La fausse nouvelle est comme un virus dans The Matrix.

Ou comme Le petit castor, une fois qu’elle est lancée, rien ne peut l’arrêter.

Vous allez dire que je suis pessimiste. Que mon propos revient à dire de ne rien faire. Ce n’est pas le cas.

Ce que je dis, c’est qu’il faut d’abord prendre la vraie mesure du problème.

Il faut aussi admettre que présentement, nous allons à la guerre avec des tire-pois.

Mais ça ne veut pas dire de baisser les bras.

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La chronique de Richard Martineau sur Daniel Weinstock était une fausse nouvelle. Point.

Je ne ferai pas le procès de Richard Martineau. J’aurais juste envie de lui dire de lire l’étude du New Scientist. De lire les textes de l’Agence Science-Presse. De lire sur cette histoire d’eau de javel qui démontre que même une fausse nouvelle, qui est ridicule à sa face même, continue de circuler abondamment.

Au Québec, nous sommes quelque centaines (de journalistes) face à l’armée monstrueuse des fausses nouvelles. On ne gagnera pas cette guerre – si on peut la gagner – dans un affrontement direct sur le champ de bataille.

Ça va prendre une stratégie. Ça va prendre des alliances. Il va falloir garder jalousement nos munitions pour le bon moment. Don’t waste a bullet, comme ils disent dans The Walking Dead…

Surtout, n’inventons pas de fausse nouvelle. C’est comme quelqu’un qui a le coronavirus qui va boire de l’eau de javel. Tout ce qu’il fait, c’est empirer son état.

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Il y a toujours eu une guerre entre La Presse et le Journal de Montréal. Entre Power Corporation et Quebecor.

Je ne me prononcerai pas, je suis dans l’un des camps. Je suis en conflit d’intérêts.

En ce moment, c’est la bataille Martineau-Lagacé qui tient le haut du pavé. Même les humoristes en parlent ! C’est drôle, enfin le sketch de Louis T. est drôle.

Mais peu importe qui a raison dans cette affaire, ce sont autant de munitions gaspillées alors qu’une vraie bataille fait rage dans la société.

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Des clichés gros comme le bras ont circulé au sujet de La Presse et de ses journalistes, chroniqueurs et éditorialistes. La même chose pour le Journal de Montréal, les éditorialistes en moins.

C’est souvent tout le monde dans le même bateau.

Mais vous savez quoi, il se fait du très bon journalisme au Journal de Montréal.

Souvent, une seule chronique fait parfois en sorte que plein de gens jettent le bébé avec l’eau du bain. Même chose avec La Presse.

On passe alors à côté de l’essentiel.

My five cents ? Si l’information est maintenant un « bien public », ça veut dire qu’elle ne nous appartient pas. Nous sommes les chevaliers qui défendent l’information. Avec une armée de quelques centaines de chevaliers face à un adversaire tel que les fausses nouvelles, ça serait bien de ne pas trop gaspiller nos munitions.

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Je reviens sur le Journal de Montréal. Je disais qu’ils font de l’excellent journalisme. En voici un exemple.

>> CNESST : des centaines d’expertises réalisées par seulement cinq doc

Un excellent sujet. Pour une chronique ? Un no-brainer, comme on dit. Tu veux fesser dans le tas, dénoncer, crier ton indignation ? Go ! Ça fait des années que le Collège des médecins se dit préoccupé par la médecine d’expertise. Mais ? Y a encore des médecins qui font des centaines de miliers de dollars juste en expertise. Tout ça alors que leur code de déontologie stipule qu’ils doivent être neutres et indépendants en tout temps.

J’en rajoute ? Si, si, j’insiste.

Cette situation fait en sorte que des centaines voire des milliers de personnes perdent temporairement ou définitivement leurs prestations d’invalidité. Parfois avec raison, malheureusement.

Une situation qui a des conséquences financières, psychologiques et parfois même physiques. Une situation qui un impact sur la famille immédiate. C’est quand même légitime de douter de l’indépendance et de la neutralité du médecin en train de t’évaluer s’il fait des centaines de milliers de dollars avec la compagnie ou l’organisation qui lui a confié le mandat de t’évaluer.

Tu rêves de défendre la veuve et l’orphelin ? Tu veux fesser fort ? Tu veux des clics ? Ce sujet est pour toi, ami chroniqueur.

Je constate qu’il n’y a eu aucune chronique sur ce sujet dans le Journal de Montréal. Je peux me tromper, mais il n’y a rien eu de récent en tout cas.

Richard Martineau a bien écrit sur les expertises médicales, mais c’était dans le cadre du procès de Guy Turcotte. Il dénonçait ces experts qui venaient dire ce que la défense voulait entendre.

>> Un sentiment de justice, enfin !

Ce n’est pas un mauvais sujet, remarquez. Mais le vrai problème, ce n’est pas qu’un médecin expert ait témoigné pour la défense de Guy Turcotte. Il a d’ailleurs été condamné, comme le signalait Martineau dans sa chronique.

Pour être honnête, je constate qu’il n’y a pas eu de chronique sur ce sujet dans La Presse non plus. Du moins, pas dans les dernières années.

Yves Boisvert en a parlé un peu dans une récente chronique.

>> Pour un no-fault médical

Je ne fais pas la morale. Je ne jette pas les blâmes, comme un arbitre distribue les deux minutes dans un match Canadiens-Nordiques.

L’exemple que j’ai pris en est un parmi plusieurs.

Je ne suis pas chroniqueur et je sais combien ce n’est pas facile. Avoir quelque chose à dire de moindrement intelligent trois fois par semaine dans une chronique, ce n’est pas aussi simple que bien des gens peuvent le penser.

Ça n’existe pas un chroniqueur qui frappe pour une moyenne de ,1000, comme au baseball. Même au baseball, ça n’existe pas. Le record appartient à Ted Williams qui a frappé pour ,407 avec les Red Sox de Boston, en 1953.

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Sauf que…

La société est de plus en plus hyper polarisée. Les fausses nouvelles pleuvent comme des sauterelles en Égypte.

Et l’une des missions des médias (et des journalistes/chroniqueurs/éditorialistes), c’est entre autres de dénoncer les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts. Surtout ceux qui sont d’intérêt public. Ceux qui influencent le cours des affaires dans la société.

L’affaire Weinsteck, on peut voir ça comme une affaire de conflit d’intérêts. À cause de ses positions, le gars ne peut pas participer à un comité du gouvernement du Québec.

Mais il s’avère que rien de ça n’est vrai. Shit !

Pourtant, les conflits d’intérêts ou les apparences de conflits d’intérêts, en veux-tu, en v’là. Eux aussi pleuvent, presque autant que les sauterelles en Égypte.

Bref, ce ne sont pas les sujets qui manquent.

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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