L’effet placebo et le soutien social

Encore moi.

Que voulez-vous, je ne lâche pas le morceau si facilement. Ça peut être exaspérant, je sais, mais je me dis que c’est justement à cause de cela que je suis encore en vie. Je ne lâche pas le morceau.

Ce texte, je l’écris pour moi, mais aussi pour des milliers de personnes aux prises avec un problème de santé mentale. Ces miliers de personnes qui partagent, pour la plupart, au moins une souffrance commune : la solitude.

Laissez-moi vous parler aujourd’hui de l’effet placebo.

Tout le monde connaît l’effet placebo, j’imagine. On teste une molécule. On divise un groupe en deux. Le premier reçoit la nouvelle molécule qu’on veut tester. Le deuxième reçoit un comprimé qui ne contient aucune substance médicamenteuse.

Il arrive qu’on note aussi une amélioration de l’état des gens dans le deuxième groupe. C’est l’effet placebo. Le cerveau est persuadé d’avoir reçu la vraie molécule. Et le cerveau se met en marche et entame le chemin vers la guérison.

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Disons que je commence à avoir une sacrée expertise en ce qui touche la santé mentale. Une expertise basée sur l’expérience et les connaissances.

Les connaissances parce qu’il me fallait comprendre. En ce sens, je suis peut-être un patient plus difficile à traiter que d’autres. Je ne pouvais me contenter de prendre les médicaments prescrits sans me poser des questions. C’est ce que font la plupart des gens pourtant.

Cette obstination à poser des questions m’a sauvé la vie, je crois. Sans cela, j’aurais déjà commencé à essayer un sixième antidépresseur et un cinquième anxyolitique.

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Revenons à l’effet placebo. Surtout le plus important des effets placebo : le soutien social.

Ce n’est pas une molécule. Ce n’est pas brevetable. Personne ne peut faire de l’argent avec ça. Et pourtant, le soutien social fait des miracles en matière de santé mentale.

Vous connaissez l’Île d’Okinawa au Japon ? Une île ou l’on retrouve la plus importante concentration de centenaires sur la planète. Cette île et ses habitants a fait l’objet de plusieurs études. On a tenté de comprendre pourquoi ses habitants vivaient plus vieux et en meilleure santé que les autres.

Je ne ferai pas la liste de tous les « ingrédients » de la recette d’Okinawa. Mais il y en a un qui m’intéresse ici : le soutien social. En gros, les chercheurs ont découvert qu’il y avait à Okinawa une communauté forte où les liens sociaux étaient très importants.

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Plusieurs études ont aussi démontré que les aînés qui souffraient de solitude vivaient moins longtemps que ceux qui étaient bien entourés.

Bref, le soutien social est un puissant ingrédient à la vie.

Pourquoi ? La réponse est simple. Homo sapiens est d’abord et avant tout un animal social.

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Donc, si le soutien social est un puissant ingrédient à la vie, ça me semble une évidence que lorsque la vie bat moins fort chez une personne, ce soutien social est encore plus important.

En santé mentale, on parle beaucoup du tabou, de la stigmatisation. On en parle tellement que je soupçonne qu’il n’y a plus grand monde qui réfléchit à ce que ça veut dire concrètement.

Le tabou, la stigmatisation, ça veut dire moins de soutien social et pour certaines personnes, pas de soutien social du tout. Alors que le soutien social, on l’a vu plus haut, est un puissant ingrédient à la vie.

Alors quand vous lirez ou entendrez dans les prochaines semaines qu’il y a encore de la stigmatisation et des tabous entourant la santé mentale, pensez à ce que ça veut dire concrètement…

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Jeudi dernier, je suis débarqué dans le bureau de mon psychiatre avec une grosse pile de documents sous le bras. Des documents scientifiques pour la plupart. Je m’en venais challenger son diagnostic. Et par le fait même, exiger un autre traitement, de plus en plus utilisé pour les chocs post-traumatique.

Parmi toutes les lectures que j’ai faites, il y en avait une particulièrement intéréssante.

Je suis tombé sur le numéro du 12 avril 2012 de la revue Mammouth Magazine, produite par le Centre d’études sur le stress humain. On y retrouvait un article très intéressant signé par le Dr Stéphane Guay, dont les recherches portent sur le choc post-traumatique et le soutien social.

Que dit le Dr Guay ?

« Il a été démontré que le soutien social inadéquat représente un des trois facteurs de risque les plus associés au développement de l’état de stress post-traumatique. »

Je ne reviendrai pas sur moi et sur les conséquences d’un tel constat à propos de mon état de stress post-traumatique.

Mais je vois deux grandes conclusions ici.

  1. Le soutien social est essentiel en tout temps dans notre vie. Il l’est encore plus quand on est malade.
  2. L’absence de soutien social peut avoir de graves conséquences quand une personne souffre d’un problème de santé mentale.

À méditer quand quelqu’un de votre entourage traversera des moments difficiles…

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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