Boucler la boucle

Pendant mon arrêt de travail, j’ai participé aux activités d’un club d’écriture à Longueuil. C’était notamment pour moi une façon de briser l’isolement.

Aujourd’hui, nous étions un groupe de huit participants à faire la lecture d’un texte devant public au Café Le 3e lieu.

Ça été pour moi une façon de boucler la boucle en quelque sorte, alors que je viens tout juste de reprendre le travail.

Voici le texte que j’ai lu et qui, ma foi, a suscité de belles réactions.

Un gros merci à Marie-Ève Martel d’être venue m’encourager 😉 Je sais que tu me dis souvent que je suis pris avec toi dorénavant, mais saches que c’est réciproque !!! Je t’aime Marie-Ève !

(On arrête tout de suite les rumeurs ici, Marie-Ève est mon amie, point barre.)

Micro ouvert à visage découvert

Bonjour à tous ! Je m’appelle Éric-Pierre Champagne. Le titre du texte que je vais vous lire est : Micro ouvert à visage découvert.

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Il y a un an, je me retrouvais en arrêt de travail pour cause de dépression majeure et de choc post-traumatique. Les deux années précédentes avaient été une succession d’ouragans qui m’ont frappé de plein fouet.

Mardi dernier, j’ai repris le travail. Je suis journaliste et mon premier texte en un an parlait des ouragans et des changements climatiques. Bref, les ouragans et moi, on se connaît bien.

Pendant toute cette année, j’ai tenu un blogue. Écrire me faisait du bien. Ça me permettait de gérer mes crises angoisses. Parce que j’en ai eu des crises d’angoisse : parfois plusieurs par jour et même la nuit.

J’ai reçu plein de témoignages où l’on m’encourageait à continuer à écrire. C’est là que j’ai réalisé que mes mots à moi faisaient du bien à d’autres.

À ce jour, j’ai écrit 146 billets sur mon blogue. Au total, mes textes ont été lus 12 000 fois dans 55 pays différents !

J’avoue que j’ai été carrément estomaqué quand j’ai pris connaissance de ces statistiques.

Mais à bien y penser, ce n’est pas si étonnant.

Dès l’an prochain, la dépression sera la deuxième cause d’invalidité dans le monde, signale l’OMS, l’Organisation mondiale de la santé.

Bref, ça touche pas mal de monde. Sans compter les parents, les conjoints, les conjointes, les enfants, les amis. Ça commence à faire beaucoup de monde.

C’est que nous vivons dans une société où règne la dictature du bonheur et où la souffrance doit être cachée.

Le bonheur est partout ! Surtout dans les annonces de chars, si vous prenez le temps de bien les regarder. Un beau char neuf va te rendre tellement heureux, du moins, c’est ce qu’on veut nous faire croire.

La souffrance, c’est moins vendeur. Mais pourtant, la souffrance est universelle. C’est pour ça que tant de gens se sont reconnus dans mon blogue.

Enfin, c’est ce que je crois, en toute modestie.

Je rejoignais les gens parce que j’ai un talent pour mettre en mots des idées et des émotions. Je suis nul en comptabilité, pas très bon pour les rénovations, mais je sais écrire.

La souffrance est donc universelle, mais ce n’est pas la principale leçon que j’ai tirée de mon blogue.

Écrire me faisait du bien, mais j’ai surtout réalisé combien les mots pouvaient faire une différence.

Ils ont d’abord fait une différence dans ma vie.

Le fait de ne pas me cacher avec ma dépression et d’en parler ouvertement m’a permis de rencontrer des gens formidables.

Des gens que je connaissais à peine qui m’ont contacté pour m’offrir leur soutien et leur amitié. Je me suis fait de nouveaux amis pour la vie.

Tout ça ne serait pas arrivé si je m’étais caché avec mes souffrances, comme le font trop de gens encore.

Les gens comprennent encore mal cette maladie. Même mon père, 76 ans, avait de la difficulté à comprendre ce que je vivais.

Mais la meilleure réponse que je peux donner au tabou entourant la dépression m’est venu d’un ami.

Quelques semaines après que j’ai annoncé que j’étais en dépression, mon ami a pris son courage à deux mains pour m’écrire. Il m’a raconté qu’il était de ceux qui ne comprenait pas cette maladie. Qu’il était de ceux qui détournait le regard quand il croisait une personne qui souffre. Qu’il était de ceux qui ne savait pas quoi faire et que justement, il préférait ne rien faire.

Mais il m’a aussi dit qu’il avait une poignée de très bon amis et que j’en faisais partie. Il m’a dit qu’il m’aimait et m’a finalement demandé ce qu’il pouvait faire pour moi.

Bref, entre sa peur de l’inconnu et l’amitié, il a choisi l’amitié. Entre son malaise immense et l’amitié, il a choisi l’amitié. Finalement, entre le tabou et l’amitié, il a choisi l’amitié.

Elle est là la leçon. Une formidable leçon.

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Une petit pause publicitaire même si j’ai de la misère avec ça. Je crois que ça vient du syndrome de l’imposteur qui accompagne plusieurs auteurs et plusieurs journalistes.

Mais bon, une fois n’est pas coutume : voici l’adresse de mon blogue si ça vous intéresse… C’est pas compliqué : epchampagne.com

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Pendant ma dépression, j’ai vécu moi aussi des difficultés avec mon assureur, au début du moins.

À un moment donné, j’ai reçu un appel carrément surréaliste d’un agent de ma compagnie d’assurances.

La seule façon que j’ai trouvé de raconter cet incident a été de composer une chanson.

Je joue de la guitare et je compose à mes heures. Rien pour remplir pour le Centre Bell, je vous rassure. Daniel Bélanger peut aussi dormir tranquille.

L’humour m’a été d’un grand secours pendant mes moments difficiles. J’ai donc voulu ajouter une touche d’humour à ma chanson. Et j’en ai fait une vidéo pour dédramatiser encore plus.

Il y a quelques semaines, je suis tombé sur une nouvelle qui m’a rappelé ma chanson. Laissez-moi vous la raconter avant de me couvrir de ridicule et de vous présenter ma pièce musicale ! Voici donc ce que j’ai écrit au sujet de cette nouvelle…

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Une Montréalaise a vécu un cauchemar avec son assureur, la SSQ, alors qu’elle était en dépression majeure. Une dépression qui est apparue après qu’elle ait été une aidante naturelle auprès de sa mère, décédée en 2016.

J’ai particulièrement sursauté en lisant ces quelques « perles » d’un rapport de deux « experts » que la dame avait rencontré à la demande de son assureur.

Dans l’article du Journal de Montréal, on rapporte que « ceux-ci notent que la patiente «est à l’heure», s’exprime bien et n’a pas une allure négligée, laissant croire qu’elle ne serait pas en dépression ». 

J’ai dû relire trois fois pour être certain d’avoir bien lu !!!

La patiente est à l’heure à son rendez-vous que lui impose la SSQ. Il aurait fallu qu’elle soit en retard ? « Excusez-moi, ma vie est un cauchemar, j’ai eu de la difficulté à me lever ce matin. Je suis en retard… »

Qui sait ce que les experts auraient trouvé à redire…

Ben non, elle a pris son courage à deux mains et elle s’est présenté à l’heure à son rendez-vous, une rencontre qui devait lui causer beaucoup d’anxiété. Faut pas être médecin pour deviner ça…

La patiente s’exprime bien.

Euh ?

La dépression ne rend pas idiot.

Il aurait fallu qu’elle bégaie, qu’elle cherche ses mots ?

La patiente n’a pas une allure négligée.

Il aurait peut-être fallu qu’elle ne pas prenne sa douche pendant une semaine, ne se brosse pas les dents et porte des vêtements qui n’avaient pas été lavés pendant plusieurs jours ?

Tout ça laissant croire qu’elle ne serait pas en dépression, selon les fameux experts.

Euh… Faudrait vous brancher là les assureurs…

On peut passer six mois, un an, roulé en petite boule dans notre lit à broyer du noir. Sans se brosser les dents et en prenant une douche par semaine.

Sinon, on peut aussi essayer de suivre les conseils des médecins, des psychiatres, des psychologues, et de tout le monde qui sait un tant soit peu ce que c’est une dépression.

On peut essayer de se mobiliser. Se donner un coup de pied au cul chaque foutu matin.

Installer une routine. Faire de l’exercice. Socialiser. Essayer de prendre soin de soi. Être à l’heure à ses rendez-vous et être présentable.

La première option risque de coûter la peau des fesses aux assureurs.

La deuxième, ben, c’est l’évidence même.

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Comme je l’ai mentionné, j’ai reçu un jour un appel de mon assureur qui chipotait un peu et me posait toutes de sortes de questions qui visaient clairement à me piéger.

C’est peu de temps après cet appel que cette situation absurde m’a inspiré une chanson que j’ai intitulée Samuel Archibald.

(Pour ceux qui ne s’en rappelle pas, Samuel Archibald est un auteur dont l’histoire avait fait les manchettes parce que son assureur lui reprochait de ne pas vraiment être en dépression. Il se mobilisait le pauvre et faisait tout pour s’en sortir, même rencontrer des gens et sourire à l’occasion. Il a fini par avoir gain de cause.)

Je crois qu’elle est encore d’actualité quelques mois plus tard. Ne gâchez pas votre plaisir ! Avec le recul, je la trouve bonne, moi, cette chanson 😉

 

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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