Un peu d’amour pour nos journalistes

Je ne ferai pas la nomenclature de tous les commentaires mesquins que j’ai lu au sujet de Groupe Capitales Médias. C’est pas très joli.

Une chose est sûre, la population en général associe d’abord et avant tout les journaux à leurs propriétaires.

Les journaux à Cauchon pis aux Desmarais. Les journaux aux Desmarais. Les journaux à Péladeau.

Avec tout ça, on finit par oublier que ne sont ni Cauchon ni Desmarais ni Péladeau qui font ces journaux chaque jour.

Il y en a du monde qui font ces journaux. Et c’est du monde dont je veux vous parler.

Parce qu’à force de dire que ce sont les journaux à, on oublie tout le monde, les artisans de l’information, comme on les appelle souvent.

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La crise des médias, ce n’est pas nouveau. Ça fait 10 ans qu’on est dedans.

Dix ans que les artisans de l’information vivent dans l’incertitude. Pour assurer la survie de chacun de leur journal, ils ont accepté des baisses de salaires, des réductions d’avantages sociaux, des régimes de retraite moins généreux.

En soi, ce n’est pas si grave. C’est la vie, quoi. C’est le genre d’affaire qui se produit dans d’autres industries. Faut s’adapter.

S’adapter.

Combien de fois ai-je lu que c’était aux journalistes et aux médias de s’adapter.

C’est qu’ils ne font que ça depuis 10 ans.

Ils s’adaptent d’abord en voyant la charge de travail augmenter avec les réductions de personnel. Il n’y a pas moins de sujets à traiter avec moins de journalistes.

Mises à pied massives, départs à la retraite, réorganisation du travail. C’est le lot des artisans de l’information depuis 10 ans.

Il y a ceux qui partent, mais on oublie souvent ceux qui restent. Ceux qui viennent de traverser une tempête et se préparent déjà à la prochaine.

Parce que c’est presque le quotidien des artisans de l’information depuis 10 ans.

C’est stressant. C’est anxiogène. Vivre 10 ans dans une sorte d’incertitude perpétuelle, ça finit par user un peu même le plus fort d’entre nous.

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Il arrive qu’une crise se produise dans une industrie. Une usine frôle la fermeture. Les employés sont inquiets.

Dans la population en général, ce n’est pas l’usine à (nommer un géant de l’industrie), c’est l’usine des travailleurs.

On s’inquiète pour eux. On sympathise. On est aussi conscients que ces pertes d’emploi pourraient avoir des conséquences pour l’économie régionale. Bref, on pense au monde et à leur famille.

Pas dans l’industrie des médias.

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S’adapter.

Les artisans de l’information ne font que ça depuis 10 ans.

Pour lancer La Presse +, la direction et les syndicats ont signé 128 lettres d’entente pour modifier l’organisation du travail et des clauses des conventions collectives.

Je le sais, j’ai négocié une bonne partie de ces lettres d’entente alors que j’étais membre de l’exécutif syndical.

Et je sais qu’il s’est produit la même chose dans les autres journaux. Tout le monde s’est adapté et a cherché des solutions pour faire face à chacune des tempêtes.

Depuis 10 ans, il s’est signé de nombreuses nouvelles conventions collectives. Chaque fois, les artisans s’adaptaient et laisser tomber des acquis pour traverser une autre tempête.

Bien honnêtement, je me demande s’il y a une autre industrie où les employés ont dû s’adapter aussi souvent dans une aussi courte période de temps.

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Combien de fois encore les artisans de l’information devront-ils s’adapter ?

Democraty dies in darkness. 

C’est le slogan du Washington Post.

C’est ce qui va arriver, ici aussi, si on ne prend pas soin de nos médias.

Les journalistes ne sont pas l’ennemi du peuple.

Si La Voix de l’Est disparaît, par exemple, qui va suivre ce qui se passe à Granby et dans les autres municipalités de la région ?

Une étude américaine a démontré que les coûts des contrats publics avaient augmenté dans les villes qui avaient perdu leur quotidien.

Qui va payer la note ?

Les citoyens. Ceux-là même qui veulent aujourd’hui la fermeture des journaux à Cauchon… À qui vont-ils se plaindre quand un maire va expulser les citoyens qui posent des questions trop embarrassantes dans les assemblées publiques ?

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Tous les journalistes que je connais font leur travail avec intégrité et professionnalisme.

Les gens pensent souvent, à tort, que les pressions sur les journalistes, viennent du propriétaire.

Elles viennent plutôt de l’extérieur très souvent.

Chaque jour, les journalistes résistent à toutes sortes de pression pour faire leur travail.

Mon anecdote personnelle là-dessus. Un promoteur immobilier, proche de la famille libérale, m’a déjà menacé au téléphone en me disant qu’il avait des amis à la direction de La Presse.

Ça ne m’a pas empêché de publier mon article.

Ce genre de situation, c’est le quotidien des artisans de l’information.

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Les journalistes, ce sont aussi les témoins de notre société. Ils sont là pour porter attention à ce qui se passe et en rapporter les histoires.

Un job pas facile dans un monde de plus en plus complexe et de plus en plus polarisé.

Ça mérite un peu plus de respect que ce qu’on voit depuis quelques années.

Est-ce que les médias sont parfaits ? Est-ce que les journalistes sont parfaits ? Bien sûr que non. Ils doivent continuer de viser l’excellence tout en faisant des erreurs à l’occasion. Parce que ça va vite en titi.

Mais viser l’excellence quand chaque année tu vois des collègues quitter le navire, ça finit un peu par relever de l’exploit.

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J’ai donc une pensée pour tous mes collègues qui vivent encore une période d’incertitude.

Les gens n’ont pas idée à quel point ce genre de situation est terriblement stressante.

J’ai une pensée aussi pour ceux qui vont au batte dans ces tempêtes.

Ça aussi, je connais. J’ai été membre de l’exécutif du syndicat de la rédaction de La Presse pendant huit ans. J’ai été le premier vice-président pendant quatre ans.

Une méchante job où tu essaies de penser à tout le monde, de rassurer le plus de gens possible tout en répondant à leurs questions le plus honnêtement possible.

Pendant ce temps, il n’y a pas beaucoup de monde pour te demander : Comment ça va toi ? Tu tiens le coup ?

À mes collègues Marie-Ève Martel, Louis Tremblay, Stéphane Billy-Gousse, Jean-François Néron et tous les autres que j’oublie, je pense à vous.

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Bref, les journalistes méritent plus de respect qu’ils n’en reçoivent présentement. Depuis 10 ans, ce sont des survivants qui se battent pour un noble métier plus nécessaire que jamais.

Un peu d’amour pour nos journalistes dans ces moments difficiles, ça ne réglerait pas tous les problèmes, mais ça ferait du bien en criss.

p.s. : désolé pour les coquilles, je n’ai encore récupéré toute ma tête, mais j’y travaille 😉

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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