« Commences-tu à voir le soleil?»

« Commences-tu à voir le soleil mon ami ? »

« Un peu, ai-je répondu, mais il est surtout caché derrière les nuages la plupart du temps. »

C’est un ami qui a pris de mes nouvelles il y a quelques semaines.

J’imagine que ma réponse n’était pas la bonne, je n’ai pas eu de ses nouvelles depuis.

J’ai proposé à quelques amis et connaissances d’aller prendre un verre au cours des derniers mois. Toujours la même réponse. « Bonne idée ! »

Puis, plus rien…. Pas de nouvelles.

D’autres personnes prennent de mes nouvelles à l’occasion. Je réponds que j’ai des hauts et des bas et que je m’accroche.

La discussion ne va plus loin. Plus de nouvelles pendant plusieurs semaines.

Pour imager tout ça, je suis ces deux photos à la fois. Et je passe d’une à l’autre comme si j’étais dans des montagnes russes.

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Paraît qu’il ne faut pas que je le prenne personnel, m’a rappelé mon amie Marie-Ève.

Les gens sont en effet très occupés, j’en conviens.

Ils sont aussi probablement mal à l’aise de se retrouver en face d’une personne qui souffre de dépression. Ils ne sauront ni quoi dire ni quoi faire.

Et puis, ça va faire bientôt un an que je suis en arrêt de travail. J’imagine que ça doit être un peu de ma faute…

Il m’arrive moi-même de me juger sévèrement à ce sujet.

///

Une amie m’a fait parvenir une entrevue avec Jason Finucan, publiée dans The Gazette.

Le texte m’est rentré dedans comme un coup de poing en plein ventre.

> Montrealer feels a survivor’s responsability to talk mental illness

Jason Finucan a publié un livre pour raconter son expérience.

Jason : 1 Stigma : 0 My Battle with Mental Illness at Home and in the Worplace.

As someone who has experienced both a major physical illness (heart defect leading to open heart surgery in 1988) and a major mental illness (bipolar disorder leading to hospitalization in 2005), Jason realized that the stigma still surrounding mental illness was unnecessarily making his diagnosis of bipolar disorder far worse than it needed to be. And this problem was happening everywhere.

Traduction libre…

En tant que personne qui a vécu la maladie physique (opération à coeur ouvert pour remplacer un coeur défectueux en 1988) et une maladie mentale (troubles bipolaires qui ont conduit à un hospitalisation en 2005), Jason a réalisé que le tabou toujours présent en ce qui concerne la maladie mentale rendait son diagnostic de troubles bipolaires beaucoup plus difficiles qu’il ne devait l’être en réalité. Et ce problème survenait partout.

Je veux bien ne pas le prendre personnel, mais comme Jason Finuca, je constate que ça rends les choses plus difficiles qu’elles ne devraient l’être.

Il faut dire que nous ne sommes pas très bien équipés pour faire face à la souffrance.

La nôtre tout comme celle des autres.

Être présent à une personne qui souffre est l’une des choses les plus difficiles qui soit. J’en sais quelque chose, croyez-moi.

Le fait d’avoir été des deux côtés de la clôture ne me rend pas les choses nécessairement plus faciles.

Moi-même, je n’ai pas toujours été adéquat en essayant de faire preuve de compassion.

Ce n’est qu’à travers cette épreuve que je prends la mesure de la véritable compassion.

La compassion, ce n’est pas proposer des solutions. C’est donner tout l’amour dont on dispose.

– Cheryl Strayed

Je suis têtu et obstiné, je continue de croire que c’est une bonne idée de raconter mon expérience avec la maladie mentale.

Une expérience qui ressemble souvent au jour de la marmotte.

Plusieurs doivent se questionner en lisant les « aventures » de mon jour de la marmotte. Moi je les vis, chaque jour.

Dans le fond, je montre ma vulnérabilité au quotidien. On pourrait croire que c’est une faiblesse, je suis plutôt d’avis que c’est une force.

Évidemment, je ne suis pas en train de me montrer comme un gagnant.

On aime ça les gagnants, mais on ne veut pas vraiment savoir tout le chemin parcouru pour ces quelques victoires.

Là-dessus, je termine en citant Albert Jacquard…

« J’ai peur de cette société axée sur la compétition et la concurrence, cette société qui ose nous dire : vous devez être des gagnants ! Mais qu’est-ce qu’un gagnant sinon un fabricant de perdants ? Je n’ai pas le droit de fabriquer des perdants… » 

 

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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