J’ai besoin d’un René Angélil

C’est parfois pathétique, un gars en dépression.

Un de mes amis m’a raconté qu’il lui arrivait de brailler en regardant des documentaires animaliers pendant sa dépression. La vue d’un singe déclenchait la crise de larmes.

Une chance pour moi, il n’y a pas de singes en Gaspésie. Enfin, pas que je sache.

Faudrait que j’essaie le caribou, sauf qu’ils se cachent plus souvent qu’autrement.

Dans le chalet de mon ami Christian, il y a une sorte de peau d’animal déposée sur une grosse bûche.

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Je l’ai scrutée pendant plusieurs minutes. Rien. Même pas le début d’un sanglot.

Est-ce grave, docteur ?

Il m’est déjà arrivé un matin de manquer de lait pour mon café. La crise de larmes, toi !

Là, Pierre-Luc vient de me demander si je veux des oeufs pour dîner. J’ai répondu : « Non, merci, pas faim. »

Normalement, j’aurais dû m’effondrer en larmes.

« T’es tellement fin de penser à moi, aurais-je dû dire. Des oeufs, t’es tellement fin, aurais-je ajouté en braillant. Personne ne m’a offert des oeufs depuis si longtemps ! »

Même pas, je suis un ingrat.

Parfois, un gars en dépression, ça pleure en regardant son assiette.

Ça m’est arrivé. J’avais préparé le souper et je m’excusais à ma fille en braillant pour la pizza achetée à l’épicerie.

Ça ferait un pub géniale pour le nouveau Guide alimentaire canadien.

Le père de famille en train de servir une pizza d’épicerie à sa famille, le visage baigné de larmes. Et la voix hors champ : « Voici ce qui arrive quand on achète de la nourriture transformée. »

J’ai tenté de fixer mon regard sur mon assiette ce matin en espérant provoquer une crise de larmes.

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Rien à faire. Je dois être devenu un sociopathe…

Céline Dion ne me fait pas pleurer, mais Bernard Adamus si.

Est-ce grave, docteur ?

Faites jouer 2176, et je pleure comme une Madeleine !

Les mouches à fruits… Ah les tabarnak de mouches à fruits !

Il m’est arrivé de brailler ma vie constatant leur nombre grandissant dans ma cuisine.

Des putains de mouches à fruits. Mon ami, lui, pleure pour une espèce animale plus évoluée.

Je suis un looser fini… pleurer pour des mouches à fruits et incapable d’avoir le moindre sentiment pour une peau de bête qui a probablement été tuée de la façon la plus atroce qui soit 😉

Se lever le matin avec l’angoisse qui pèse sur la poitrine, mais sans trop savoir pourquoi, c’est pas mal le comble de l’ingratitude pour tous ces travailleurs qui se lèvent chaque matin en sachant exactement pourquoi ils sont angoissés.

Come on, je me lève et tout ce que j’ai à faire, c’est d’aller faire marcher mon chien et ensuite préparer mon déjeuner et lire le journal.

Je suis même payé pour brailler chaque matin dans mon salon. Combien de gens envient ma situation ? Eux aussi sont payés, mais ils sont obligés de pleurer dans les toilettes du bureau.

Je suis un ingrat.

Hier, j’ai pleuré en marchant sur la plage avec la vue sur la Baie-des-Chaleurs. Mais combien de gens sont pognés pour pleurer en marchant dans les allées du camping Sainte-Madeleine ? Tu brailles ta vie et tu fais dépasser par la voiturette de golf de Roger… et là, tu brailles encore plus fort…

Il m’est arrivé de pleurer au volant, pris dans le trafic, pour aller voir mon psy.

Je fais la leçon sur l’empathie, mais quel manque d’empathie de ma part pour tous ces automobilistes qui sont pris chaque jours dans le trafic. Eux ont de vraies bonnes raisons de brailler dans leur char.

Je tiens un blogue où je parle de moi, mais où j’essaie aussi de faire des liens avec le monde qui nous entoure. Je ne fais pas une crisse de cenne avec ça. C’est un peu pathétique.

Y a des influenceurs qui ne parlent que d’eux, publient des photos d’eux faisant la promotion d’affaires tellement plus importantes. Des affaires qui font rouler l’économie, créent des emplois. Ils sont suivis par des milliers de personnes. Ils changent la vie de milliers de gens. Ils sont big !

Je ne suis qu’un procaryote.

Quand je braille ma vie, je ne suis même pas capable de voir que le Canadien s’est amélioré en faisant l’acquisition de Ben Chiarot et de Keith Kinkaid.

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Il est temps de revoir mes priorités, je crois.

J’achale le monde en parlant de ceux qui souffrent, alors que Céline, elle, fait pleurer le monde juste en mettant un pied sur scène.

Ça me prend mon René pour lancer ma carrière.

Toutes ces larmes ne doivent pas être versées en vain.

C’est payant les larmes et je les gaspille avec mépris.

René Angélil me dirait que ça me prends ma chaîne YouTube.

Ça me prends ma téléréalité.

« Arrête d’expliquer les affaires, d’essayer de faire du sens », me dirait-t-il de sa grosse voix.

« Les gens, ce qu’ils veulent, c’est des émotions. »

« Faut qu’on te voie brailler devant les mouches à fruits. C’est fort, ça, une image avec les mouches à fruits. »

« Pis le matin, quand tu pleures en mangeant tes toasts au beurre de peanut, ça rejoint tout le monde, ça. Tout le monde mange du beurre du peanut. En plus, on pourrait faire du placement de produits. Va falloir commencer à penser à ça, le placement de produits. Juste avec Klennex, y a du cash à faire ! »

« Pour ton chien, on va aller chercher une commandite pour les sacs à crottes. Chaque matin, on va avoir un gros plan de toi ramassant les crottes de ton chien avec ton petit sac. »

« Tu vas devenir big, man ! »

Merci René !

 

 

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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