Vous vous rappelez Guillaume, dont j’ai fait le portrait il y a quelques mois.
Guillaume qui est entré à 18 ans chez Ubisoft au début des années 2000. Il était en quelque sorte une vedette montante du jeu vidéo à Montréal.
Puis, la schizophrénie l’a rattrapé. Un long chemin de croix a suivi.
Puis, la rédemption.
Guillaume m’a écrit vendredi pour me faire suivre la dernière animation 3D qu’il vient de compléter. Il était pas mal fier de lui. Avec raison !
Ce n’est plus son métier, mais c’est toujours une passion pour lui.
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Cette dépression est douloureuse, mais c’est aussi une source d’apprentissage pour moi.
Je le savais déjà un peu, que l’habit ne fait pas le moine. Que les apparences ne disent pas tout. Qu’on ne connaît pas vraiment les gens qu’on a en face de soi, à moins d’être un ami très proche, et encore…
Quand on laisse tomber les masques, tous les masques, il ne reste que deux êtres humains. Comme Guillaume et moi.
Lui est schizoprène et moi, je fais une dépression majeure.
Ce qui est formidable, c’est que ça n’a aucune importance.
Il se fout de ma dépression. Il s’en fout dans le sens où ça ne me définit pas à ses yeux.
Je me fous de sa schizophrénie. Je vois un être humain bourré de talents, qui a été écorché par la vie.
Nous ne sommes pas des amis, mais il y a un respect mutuel qui est évident.
Il n’y aucune étiquette qui nous définit l’un face à l’autre, sauf celle d’Homo sapiens.
C’est de plus en plus rare, je trouve.
Les étiquettes sont nombreuses de nos jours. Toutes sortes d’étiquettes qui nous définissent sans nous définir vraiment.
Il y a celles qu’on se colle soi-même et celles qui sont imposées par d’autres.
Ça peut être lourd à porter parfois.
Alors quand les masques tombent, on se sent plus léger.
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« J’ai longtemps hésité avant d’accepter de partager mon récit. Même si on parle davantage de la maladie mentale qu’autrefois, c’est un sujet qui demeure tabou. J’ai souvent entendu des commentaires désobligeants à l’égard des gens qui souffraient de maladies mentales. Comme si c’était l’apanage des faibles. C’est totalement faux. Je suis une femme forte, très forte, tellement forte que j’ai eu le courage de lever la main pour ne pas faire partie des tristes statistiques. Et j’ai maintenant aussi le courage de raconter mon histoire pour aider mon prochain. »
C’est l’extrait d’une magnifique lettre aux lecteurs publiée dans La Presse ce matin sous la plume de Dominique Pomerleau.
> Le jour où je me suis fait peur
C’est exactement ça. Ça prend un courage extraordinaire pour faire face au cancer de l’âme.
Je suis aussi heureux de constater que de plus en plus de gens n’ont peur de témoigner.
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Une amie m’a dit hier que j’étais brave. J’ai accepté son compliment et je l’ai remerciée.
Les mots peuvent parfois faire très mal, mais aussi donner du courage et apporter un extraordinaire réconfort.
Il y a encore trop de gens mal à l’aise face à un ami, un collègue ou un parent souffrant de dépression.
Lui dire qu’il est brave de refuser de faire partie des statistiques, c’est un sacré bon début.
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