Je côtoie des super héros

« Tu ne devines pas la douleur de se lever le matin et d’affronter le jour qui débute. Tu ne soupçonne rien de ces nuits ou je ne dors pas, épuisé d’être passé à travers chaque minute interminable de cette journée. Toutes ces nuits, avant de m’endormir, je fais le souhait sincère de ne plus me réveiller et tous ces matins où la souffrance m’envahit dès que j’ouvre les yeux.

Je crains cette fatigue qui m’étrangle dès l’aube en sachant qu’aujourd’hui encore je dois vivre. Je dois ramer très fort, constamment à contre-courant, pour être à la hauteur du bonheur que je regrette à chaque instant de ne pas être capable de ressentir.

Faire des efforts pour être heureux est épuisant et devient insupportable lorsque dans le regard des autres tu as tout pour l’être. »

Ce sont les mots de Luc Boutin, un homme qui a souffert d’une profonde dépression, qui en a tiré un livre Je suis tellement heureux que je cesse d’exister.

Ce sont de mots criant de vérité et d’une puissance inouïe.

Ce sont des mots qui, je l’espère, vont permettre à ceux qui comprennent mal la dépression d’en saisir un peu mieux les contours.

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Je suis allé faire des courses avec ma fille aujourd’hui, et un moment donné, je me suis trompé de chemin.

« Mais où vas-tu papa ? », m’a dit Noémie, me voyant tourner à gauche et non à droite.

Mon coeur n’a fait qu’un tour et l’hypervigilance s’est manifestée. La tabar…

Les larmes n’ont pas tardé de me sentir aussi démuni face à une situation aussi banale.

Voilà pourquoi j’écris en ce moment.

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Mon massothérapeute, qui se spécialise dans les cas de stress post-traumatique, m’a expliqué qu’on demandait souvent aux militaires victimes d’un ESPT de jouer à des jeux vidéo. Pour occuper leur esprit, déjouer l’angoisse et la souffrance.

C’est comme si je jouais aux jeux vidéo en ce moment.

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Je fais aussi un peu de bénévolat pour m’occuper.

Hier, je suis allé aider mes amis Maxine et Jerry à peinturer leurs nouveaux locaux pour D’un couvert à l’autre, formidable organisme vient en aide aux personnes souffrant de schizophrénie.

Mes amis ont décidé d’ajouter un volet hébergement à leur offre de services. Ils auront une dizaine de chambres disponibles.

J’en ai souvent parlé, mais Maxine et Jerry sont des super héros.

Comme mon ami Christian, qui souffre du Parkinson depuis 10 ans.

Christian, qui reste plus actif que plusieurs d’entre nous pour l’aider à combattre les symptômes de sa maladie.

Un vrai super héros.

Quand il m’a demandé, la voix un peu brisée, de l’aider pour sa prochaine campagne de levée de fonds, je n’ai eu aucune hésitation. Même en dépression.

J’ai plein de défauts, mais j’ai l’âme généreuse. Parfois trop, mais c’est une autre histoire.

Christian avait besoin de ma plume.

Ne me demandez pas de changer une toilette, de réparer un toit, de changer les freins sur ma voiture ou encore de préparer une déclaration d’impôts. Je suis nul.

Demandez-moi d’écrire. Je suis pas si pire.

C’est donc ce que j’ai fait.

D’abord parce que c’est mon ami.

En amitié comme en amour, je suis fidèle comme le roc. Prêt à me dépasser. Prêt à aider. Prêt à partager.

Et puis, le courage de Christian m’inspire. Le courage de sa famille, sa blonde et ses deux enfants, m’inspire.

Je dois aussi m’avouer que ça permet de redonner un peu de sens à mon quotidien.

Se sentir utile.

Quand tu es en dépression, tu vis toutes sortes d’affaires, mais il arrive rarement que tu te sentes utile. L’estime de soi, c’est pas l’affaire qui marche le plus fort en ce moment.

Tu as mal, ça oui. Et tu veux pas déranger les gens parce que tu as mal. Enfin, c’est mon cas.

Il arrive que Christian et moi échangions sur nos malheurs. Ça lui arrive de me remonter le moral, eh oui !

Et moi, je l’écoute me raconter les siens.

Comme deux homo sapiens.

Je ne sais pas si je peux arriver à remonter le moral de Christian, mais je sais que je peux l’aider dans ses missions.

Christian va démarrer bientôt sa deuxième levée de fonds pour la recherche sur le Parkinson.

Il m’a demandé de faire partie de son équipe de super héros. J’ai accepté.

p.s. : sur la photo, deux super héros de l’équipe de Christian, son fils Nicolas et moi-même.

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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