De la fiction pour déjouer le cerveau

En attente pour mon 13e traitement au CHUM. Qui sera suivi du 14e et du 15e d’ici la fin de l’après-midi.

L’une des composantes les plus importantes de ma dépression, c’est les crises d’angoisse.

Je l’ai expliqué, mon cerveau a reçu trop de cortisol, l’hormone du stress, pendant une trop longue période de temps sans possibilité de prendre un break.

Résultat : ma tête me joue des tours et imagine le danger partout dans mon quotidien.

Je l’ai aussi dit souvent : écrire me fait du bien quand j’angoisse.

Je ne fais pas que ça. Je fais du sport. J’essaie de méditer quand l’angoisse n’est pas trop intense. J’arrose mes fines herbes. Je fais de la musique. Et parfois, je ne fais rien du tout. Bloqué par l’angoisse qui a quelques victoires à son actif.

Mais écrire me fait vraiment du bien.

Je tente une nouvelle approche aujourd’hui. La fiction.

Je n’ai jamais fait ça de ma vie, alors soyez indulgents !

Ça sera une sorte de feuilleton, comme à la belle époque du journal papier alors qu’on publiait chaque jour quelques chapitres d’un roman.

J’ai commencé il y a quelques jours. Et j’ai compris que ça me faisait encore plus de bien, parce que, justement, je sors de la réalité. J’invente. Je suis alors complètement et totalement absorbé parce ce que je suis en train de faire. Un peu comme quand je compose une pièce musicale.

Et c’est exactement ce dont j’ai besoin, pour déjouer mon cerveau, comme m’ont expliqué mon psychologue et mon psychiatre.

Je tente donc de nouvelles feintes pour déjouer mon cerveau. Je n’ai pas le talent de Jonathan Drouin. Mais j’espère surtout ne pas me faire enlever la rondelle, comme ça lui arrive si souvent depuis quelques temps.

J’espère aussi marquer quelques buts. Parce qu’un cerveau en état d’hypervigilance, c’est un peu comme Carey Price en plein possession de ses moyens. Il n’en laisse pas passer beaucoup.

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Ça fait un bout de temps que l’idée m’est venue. Un flash, qui me semblait en être un bon.

Je ne sors pas vraiment du thème qui occupe ma vie en ce moment, mais j’y ajoute une dose d’humour.

Ce sera à vous de juger…

Je n’ai pas encore de titre, ça finira bien par s’imposer.

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Alors, voici le synopsis…

Une vague d’attentats terroristes a détruit la majorité des usines des grandes compagnies pharmaceutiques dans le monde. Les terroristes visaient précisément les installations qui fabriquent les principaux antidépresseurs et anxiolytiques prescrits par les médecins.

Lentement, le monde occidental sombre dans une folie surréaliste. Chacun veut sa dose et est prêt à tout pour l’avoir.

Réjean flaire la bonne affaire et se lance dans la fabrication de placebos à base de sucre et de crottes de poules séchées. Madame Chat, qui se dit voyante et guérisseuse, voit sa clientèle exploser.  Les vols de batterie sont en forte hausse après que Christian ait publié sur YouTube une vidéo montrant comment se faire soi-même sa propre séance d’électrochocs en l’absence de médicaments contre la dépression. Claude Therrien, l’entraîneur-chef du Canadien, qui souffre d’un trouble d’anxiété généralisé, angoisse à l’idée de diriger son équipe qui s’est rendue contre toute attente en finale de la Coupe Stanley.

La santé mentale devient le sujet de l’heure et les médias en parlent chaque jour.

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20 mai 2020, 22h, quelque part au Danemark

Yohan était prêt pour le grand jour. Le monde allait enfin connaître la vérité. Le grand complot planétaire pour contrôler le peuple allait voler en éclat.

Yohan en rêvait depuis des années. Depuis le jour où John, son mentor, lui avait révélé l’existence des chemtrails, ces fumées blanches dans le sillage des avions qui parcourent le ciel. Le monde ne savait pas ce que cachaient ces fumées blanches en réalité. Des produits chimiques dispersés avec l’autorisation des gouvernements du monde entier pour mieux contrôler les populations.

Yohan avait été sceptique au départ. Mais John avait su le convaincre.

Il avait été choqué. Personne ne voulait le croire. On riait de lui. Même dans sa propre famille.

Quand John avait appris à Yohan que des chemtrails se trouvaient aussi dans la majorité des antidépresseurs prescrits par les médecins, il avait compris bien des choses.

Plusieurs de ses amis prenaient des antidépresseurs ou des anxiolytiques, tout comme sa mère, qui prenait du Celexa depuis plusieurs années.

Ça expliquait leurs réactions quand Yohan leur avait parlé des chemtrails. Sa mère tout comme ses amis étaient programmés pour ne pas reconnaître la vérité.

Yohan avait tout à coup pitié d’eux.

Mais il était trop tard pour la pitié. Il avait une mission importante à remplir demain. John lui avait confié la responsabilité des opérations au Danemark.

Avec son équipe, il allait faire sauter les installation de Lundbeck au Danemark. Tout était prêt pour un sacré feu d’artifice. L’usine de la compagnie pharmaceutique où l’on fabriquait notamment le Celexa, l’un des antidépresseurs les plus populaires au monde, allait carrément être soufflée par l’explosion.

Sans connaître les détails, Yohan en savait assez pour avoir compris que des équipes de John étaient aussi présentes en France et en Italie, là où Lundbeck fabriquait aussi le Celexa.

En fait, l’action serait planétaire. Yohan n’était qu’un pion parmi tant d’autres.

Des dizaines d’équipes allait faire sauter les installations des plus grandes compagnies pharmaceutiques du monde. Demain, le monde serait sevré des chemtrails à tout jamais. Fini les antidépresseurs et les anxiolytiques. La population allait enfin pouvoir prendre ses propres décisions.

Yohan en tremblait rien que d’y penser. Il allait faire l’histoire. Redonner au peuple son libre arbitre.

Les dirigeants du monde entier allait être pris de panique quand ils réaliseraient l’ampleur de l’attaque. Ils comprendraient vite que leur règne tirait à sa fin.

Toutes les attaques étaient prévues pour 4h du matin. Il le fallait pour ne pas donner la chance aux pharmaceutiques de renforcer la sécurité de leurs usines si les attaques n’étaient pas simultanées.

Yohan pris un comprimé pour être certain de bien dormir cette nuit-là. Il devait être en forme pour le lendemain. Et John lui avait bien dit que les somnifères ne contenaient pas de chemtrails, seulement les antidépresseurs et les anxiolytiques.

Yohan dormit du sommeil du juste. Enfin, ses parents allaient être fiers de lui.

21 mai 2020, 9h05, Maison-Blanche, Washington

Le président s’était levé de très mauvaise humeur. Malgré sa réélection, les médias continuaient de le critiquer sans vergogne.

Il avait gagné encore une fois et c’est lui qu’on critiquait, « le plus grand président de l’histoire des États-Unis ».

Après quelques tweets rageurs, il était prêt à recevoir ses conseillers pour la première réunion de la journée.

Sa principale conseillère, Samantha Fox, entra d’un pas vif dans le bureau, suivie des autres conseillers.

Sans dire un mot, elle alluma le téléviseur.

– « Monsieur le président, il faut absolument que vous regardiez ceci. »

Fox News, comme toutes les chaînes du monde, diffusaient en direct ce message de revendication.

L’homme à l’écran disait s’appeler John. Il disait aussi être à la tête d’un groupe terroriste nommé GRAC, le Groupe d’action contre les chemtrails.

– « C’est quoi ces sottises, demanda le président ? »

– « Nous prenons l’affaire très au sérieux », précisa Samantha Fox.

– « O.k. Voyons voir ce que ce John a à dire… »

John était dans une pièce presque vide. Il était assis sur une chaise en bois et un micro se trouvait sur la table placée devant lui.

L’homme était grand et plutôt maigre. Il avait le crâne rasé. Il regardait la caméra d’un air déterminé.

– « Dirigeants du monde entier, votre heure a sonné », lança John. 

– « Je ne pense pas, non, répliqua le président. Je viens juste d’être réélu avec la plus forte majorité de l’histoire. »

Sa conseillère lui jeta un regard noir, le sommant de se taire.

– « Il faut d’abord écouter ce qu’il a à dire, monsieur le président. »

– « Votre heure a sonné, répéta John. À partir d’aujourd’hui, vous ne serez plus capables de contrôler la population comme vous le faisiez depuis si longtemps.

« Hier, notre groupe a fait sauter les principales usines des plus importants groupes pharmaceutiques au monde. À partir d’aujourd’hui, le monde va commencer à manquer d’antidépresseurs et d’anxiolytiques et c’est une excellente nouvelle.

« Cette information était caché au peuple, mais les groupes pharmaceutiques travaillaient de concert avec les principaux gouvernements de cette planète. Des chemtrails étaient ajoutés dans ces médicaments. Ces fameux chemtrails dont tout le monde se moque.

« D’ici peu, le peuple verra que nous avons raison. Quand les gens n’auront plus d’antidépresseurs ou d’anxiolytiques, ils pourront à nouveau penser par eux-mêmes.

« Selon nos estimations, cette situation devrait se produire d’ici 3 mois, quand les stocks actuels de médicaments auront été épuisés. Et ça prendra des années aux groupes pharmaceutiques pour reconstruire les usines détruites. Nous aurons amplement le temps de faire éclater la vérité. »

Le président si dit qu’il lui fallait absolument trouver une façon d’embaucher ce gars. Faire en sorte qu’il travaille pour lui. Une telle crise mondiale pourrait lui permettre de réaliser son rêve secret, faire changer la Constitution et se faire réélire pour un troisième mandat.

– « Voilà, ce sont les toutes dernières informations obtenues au sujet de cette intrigante vague d’attaques contre des compagnies pharmaceutiques, repris l’animateur de Fox News. Nous aurons plus de détails après la pause publicitaire. »

Samantha Fox ferma le téléviseur et se tourna vers le président.

– « Monsieur le président, il faut tout de suite prévoir des stocks pour la Maison-Blanche. Plusieurs membres de votre équipe prennent ces médicaments. »

21 mai 2020, 10h, Complexe Bell, Brossard

Claude Therrien avait un sacré mal de tête.

Assis dans son bureau du Complexe Bell, l’entraîneur-chef du Canadien repensait à la victoire la veille.

Son équipe avait battu le Lightning de Tampa Bay, la meilleure équipe de la LNH, en prolongation lors du 7e match de la finale de l’Association de l’Est.

Le Canadien avait réussi contre toute attente à se qualifier pour les séries éliminatoires. Depuis, Carey Price avait multiplié les miracles. Et le Canadien se retrouvait maintenant en finale de la Coupe Stanley contre les Jets de Winnipeg.

Mais Claude Therrien allait devoir demander à sa femme de passer à la pharmacie

Seul Marc Langevin, le directeur général, connaissait ce « petit secret ». L’entraîneur du CH souffrait d’un trouble d’anxiété généralisé. En plus d’un antidépresseur, le Zoloft, il prenait régulièrement des comprimés de Rivotril, un anxiolytique.

Claude Therrien se dit que s’il gagnait à nouveau la Coupe Stanley, il penserait sérieusement à prendre sa retraite. Tout ce stress allait finir par avoir raison de lui.

Des voix dans le corridor lui rappela qu’il avait une réunion avec ses adjoints. Il avala un comprimé de Rivotril et se dirigea vers la salle vidéo où on allait décortiquer le match de la veille.

À SUIVRE…

p.s.: cette photo date de quelques années. J’ai servi de modèle pour un projet scolaire de ma fille. Un prêtre clown.

Il y a une douce ironie à ça, considérant les récentes nouvelles au sujet de l’Église catholique….

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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