La vie, quoi

J’ai 51 ans.

Je m’apprête à passer la nuit à l’observation C de l’urgence de l’hôpital Charles-LeMoyne, lit 37.

Je me suis rendu de mon plein gré hier à l’urgence de l’hôpital Pierre-Boucher.

Je me suis levé full angoissé. J’ai pleuré tout le long de ma marche d’une quinzaine de minutes avec mon chien.

J’ai ensuite pleuré en préparant mon café. J’ai pleuré en préparant mes toats. J’ai pleuré en mangeant mes toats pis j’ai pleuré en buvant mon café.

J’ai pleuré en mettant la vaisselle sale au lave-vaisselle. Je pleurais chaque fois des larmes qui venaient de loin, des larmes de douleur.

Une fois tout ça terminé, je pleurais encore.

C’est là que j’ai décidé que ça ne pouvait plus durer.

C’est là que j’ai décidé que j’avais besoin d’aide. Je recevais déjà de l’aide, mais ce n’était pas assez.

Sauf que ça voulait dire me rendre à l’hôpital…

Moi qui depuis des mois dit qu’il faut arrêter le tabou autour de la santé mentale, j’avais la chienne de me rendre à l’hôpital….

C’est fort le tabou…

J’ai pris ce qu’il me restait de courage et je me suis dit que c’était la seule chose qui me restait à faire.

Je me suis rendu à l’hôpital en braillant ma vie.

Une fois rendu sur place, je me suis dit : mais qu’est-ce que je fais ici ?

///

J’ai fini par rencontrer une résidante en psychiatrie et un psychiatre. Les deux m’ont proposé de m’hospitaliser, histoire de me permettre de me poser pour de bon pendant qu’eux allaient prendre soin de moi. Mais la décision me revenait.

Je suis sorti de leur bureau pour réfléchir. J’avais la chienne encore une fois.

Et là, j’ai eu un flash… Combien de fois dans ma vie avais-je décidé de prendre soin de moi pour vrai ? Combien de fois avais-je décidé de m’occuper de moi avant les autres ?

Pas souvent.

Vous allez dire qu’un séjour à l’hôpital est une drôle de façon de prendre soin de soi…

Quand tu décides de t’y rendre volontairement, c’est peut-être que la décision était déjà prise au fond de toi. Et que l’hôpital s’avère alors un excellent endroit pour aller prendre soin de soi.

Il manquait juste un peu de courage pour le faire. Faut croire qu’il m’en restait encore un peu…

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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