Et la souffrance, bordel

Je lis très peu le journal. Je ne sais pas grand-chose de ce qui se passe en ce moment dans l’actualité.

Je sais que la CAQ est maintenant au pouvoir. Et j’ai cru comprendre que Donald Trump n’est guère apprécié au sein de la confrérie des anciens présidents américains. Mais c’est à peu près tout.

D’abord, c’est mon métier. C’est comme si un architecte en dépression continuait de consulter des plans d’architectes.

Et le coeur n’y est pas. Ou parfois juste un petit peu.

Je n’ai pas beaucoup écrit aussi au cours des dernières semaines.

Il faut dire que les deux derniers mois ont été occupés et stressants. J’ai vendu ma maison où c’était de plus en plus difficile d’y vivre et je me suis trouvé un nouveau chez-moi.

Mon esprit était un peu (beaucoup) occupé par autre chose que ma dépression, même si elle occupait déjà une bonne place. La maison s’est vendue rapidement, c’est ce que je souhaitais, mais conséquence de cette vente rapide, une bonne part de stress supplémentaire. C’est déjà quelque chose quand tu es en pleine forme, mais en dépression, c’est une autre affaire. Et il n’y avait plus de place pour le stress chez moi.

J’étais donc encore en mode survie. Je poursuivais un seul objectif : vendre la maison, trouver un nouveau chez-moi, déménager. C’est comme si je vivais dans deux monde en parallèle : celui de la dépression et celui de la survie.

La guérison n’était pas sur les rangs. D’un côté, tu souffres et tu pleures chaque jour et de l’autre, tu te tiens occupé à faire la seule chose qui est nécessaire pour envisager la guérison.

Avant mon déménagement, la tête et le coeur étaient comme brisés. Mais le corps, lui, continuait d’avancer comme une machine, un automate. Physiquement, je me sentais bien. Mais seulement physiquement.

C’est comme si mon corps savait qu’il lui fallait quitter ce lieu qui lui rappelait sans cesse quelques-uns des plus gros mammouths que j’ai croisés au cours des deux dernières années.

Pas fou, mon corps…

Hé, wow minute ! On ne va pas rester ici. Écoutez la tête et le coeur, je sais que vous êtes épuisés, brisés, mais je vais prendre le relais. On ne peut pas demeurer dans cette grotte, c’est celle où nous avons été attaqués plusieurs fois.

Après mon déménagement, le corps a donc rejoint la tête et le coeur. Fatigués et brisés.

Je ne sais pas comment appeler ça… Une rechute ? Quelques pas en arrière, après plusieurs fucking petits pas vers l’avant ?

J’ai compris que la guérison dans la dépression n’est pas une affaire linéaire. Ça ne suit pas une courbe stable et ascendante. Ça fait chier. Ça fait fucking chier. Mais on n’y peut rien, c’est comme ça. Tu avances et tu recules, comme je l’ai écrit dans une chanson que j’ai composée.

 

Ce qui m’amène à la souffrance et à la douleur.

Comme m’a dit ma fille, aujourd’hui, je n’ai plus besoin de me chercher une nouvelle grotte pour me mettre à l’abri. C’est chose faite. Je peux, pour vrai, envisager la guérison. Mais pour guérir, faut se débarrasser des peurs et des souffrances qui m’habitent encore.

Je pensais que j’avais eu mal dans les premières semaines de ma dépression. Et je me disais que ça ne se pouvait pas avoir mal comme ça… Je pensais que j’avais déjà touché le fond. Et qu’une fois au fond, je ne pouvais que remonter.

Je me trompais.

C’est difficile à décrire, cette douleur, cette souffrance. Je me suis luxé l’épaule à quelques reprises dans ma vie. La première fois, en glissant bêtement sur une surface glaçée. Je voulais qu’on m’arrache le bas gauche pour soulager la douleur. Quelques mois plus tard, j’étais à la pêche en rivière. J’ai glissé et j’ai tenté d’éviter la chute en posant ma main gauche sur un rocher – la droite tenait la canne à pêche. Pouf, l’épaule a débarqué encore. Sauf que nous étions à 2 heures de route de l’hôpital de Rimouski. Quatre advil n’ont pas suffi à soulager la douleur pendant tout le voyage.

La douleur de l’âme, elle, c’est autre chose. Tu as mal partout et nulle part. La douleur est là, point. Tu ressens surtout une intense douleur à la poitrine. Tu voudrais te luxer l’épaule, les deux épaules. Pis plein d’autres affaires. Pis y a pas une pilule qui peut quoi que ce soit contre ça.

La douleur t’habites. Il n’y a rien d’autre. Et tu es convaincu qu’elle ne partira jamais.

Et j’ai commencé aussi à avoir des problèmes de sommeil. Je me réveille 2 à 3 fois par nuit en pleine crise d’angoisse. Je dors, sauf exception, de 3 à 4 heures par nuit. Pas génial.

Chaque matin, je continue quand même à me donner un coup de pied au cul. Je sors d’abord promener mon chien. En général, je pleure tout le long de ma marche d’une quinzaine de minutes. Je reviens chez moi et je pleure en préparant mon café.  Je pleure en tartinant mes toasts.

Ça fini par passer, mais il y aura 3 ou 4 autre épisodes de pleurs qui suivront pendant la journée.

Je ne combats pas ces pleurs. Je laisse couler. Ça fait mal en criss chaque fois et je laisse couler.

Et chaque fois, je finis par me rappeler aussi que je ne suis pas le seul à souffrir ainsi. Que la dépression et les troubles anxieux, entre autres, touchent tellement de gens. Que la souffrance touche tellement de gens.

Et chaque fois, je me dis que je suis quand même privilégié. Je ne suis pas seul. Je suis bien entouré par des gens qui m’aiment et qui prennent de mes nouvelles et qui m’encouragent.

Mais ce n’est pas nécessairement le cas pour tout le monde.

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Dimanche dernier, j’ai rapidement parcouru la section des sports de mon journal. Et j’ai aussi été accroché par ce texte publié dans la section Débats.

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C’est évidemment le titre qui a d’abord retenu mon attention.

Devant la souffrance, cessons de regarder de l’autre côté.

Je l’ai écrit, je l’ai dit, je le répète encore : nous vivons dans une société où règne la dictature du bonheur. Et dans laquelle la souffrance est omniprésente.

Ce texte de Denis Soulières, hématologue et oncologue, est d’une telle pertinence et d’une telle justesse.

Il aurait pu nous parler de médecine.

Il aurait pu nous parler du système de santé.

Il fait un peu tout ça, mais surtout, il nous parle d’homo sapiens. Il nous parle de l’humain.

Il nous rappelle que la médecine et le système de santé ne pas sont des fins en soi. Tous les deux sont (ou devraient) être au service de l’humain. Et « que la souffrance et la douleur affligent, alors que la vie courante continue et que l’on regarde souvent de l’autre côté… »

Denis Soulìeres nous parle de la valeur de la vie humaine. Une chose à laquelle on accorde de moins en moins d’importance. Faut dire que ce n’est pas en solde dans aucun vendredi fou ou lundi noir.

La vie humaine, donc, qui semble avoir de moins en moins de sens pour de plus en plus de gens.

Et puis, ça vaut combien une vie humaine ?

La conclusion du texte du Dr Soulières est tout simplement magnifique.

Il nous parle de vivre selon d’autres critères, notamment les colonnes de chiffres de dépenses et de revenus.

On a encore du chemin faire cependant.

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Cette semaine, je suis aussi tombé sur ce texte publié dans le journal étudiant de l’Université d’Ottawa, qui m’a profondément ému. Et qui m’a aussi fait penser à des personnes qui occupent une place dans mon coeur.

La santé mentale : un sujet tabou

Cette étudiante parle du tabou et des préjugés entourant la santé mentale. Pas besoin de rappeler la détresse grandissante chez de plus en plus de jeunes. Le sujet est amplement documenté.

C’est à mon humble avis l’un des problèmes les plus criants dans notre société. Je n’ai pas l’impression qu’on en parle comme tel. Je n’ai pas l’impression qu’on s’y intéresse tant que ça. Il y a une amélioration, certes. Mais ça prend plus que ça face à l’ampleur de la problématique qui s’intensifie à la vitesse grand V.

C’est un peu comme les changements climatiques. On sait bien qu’ils sont là. On sait bien que les conséquences seront de plus en plus nombreuses et visibles. On sait bien que ça va finir par faire mal, c’est déjà le cas d’ailleurs. Mais il y a une sorte de déni.

Sur ce, je m’en vais continuer mes fucking petits pas. J’ai reculé un peu dans les dernières semaines, mais il me faut continuer à avancer. Même si ça fait mal. Même si parfois, j’ai l’impression que je n’arriverai jamais de l’autre côté de la rivière. Même s’il m’arrive de me dire, rarement, que ça serait plus simple de me laisser couler doucement vers le fond.

Mais il y a plein de gens, sur la rive opposée, qui sont là et qui m’encouragent. Ils ne peuvent pas vraiment nager avec moi. Je suis le seul qui peut le faire. Mais quand le courage vient à me manquer, ce sont eux qui prennent le relais et m’envoient tellement d’amour que ça me redonne un peu de courage pour poursuivre un parcours sinueux et difficile.

p.s.: merci à Jerry Prindle pour la photo, qui a notamment servi à illustrer le rapport annuel de D’un couvert à l’autre, organisme qui vient en aide aux personnes souffrant de schizophrénie.

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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