De dépression et de changements climatiques

Quel drôle de comparaison !

C’est sûrement la réaction que plusieurs auront en lisant ce titre.

Comme disent les ados : de quessé ?

Quel est le rapport entre la dépression, et plus largement la santé mentale, et les changements climatiques ?

Le premier constat, c’est que dans les deux cas, on sait que ça existe.

Et dans les deux cas, on se dirige droit vers le mur.

Derrière le mur, les options ne sont guère plus intéressantes. C’est comme, genre, le cul de sac.

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Ça fait des années qu’on aborde la question des changements climatiques. Et il semble bien que, malgré les nombreux avertissements, le réchauffement planétaire risque d’être plus élevé et plus rapide que prévu.

Évidemment, ça nécessite aujourd’hui des changements drastiques qui sont difficilement envisageables, maintenant. Il y a 30 ans, quand le GIEC a produit son premier rapport, on aurait pu lentement initier des changements qui auraient été moins douloureux au fil des années.

C’est un peu la même chose avec la dépression et la santé mentale en général.

Je l’ai écrit, la dépression va devenir la deuxième cause d’invalidité dans le monde en 2020, selon l’Organisation mondiale de la santé.

Mais ça ne date d’hier qu’on sait que c’est un problème de santé de plus en plus courant. Ce n’est pas pour rien qu’on l’appelle le « mal de notre siècle ».

J’imagine qu’il y a plusieurs explications à ce phénomène. Parce que la dépression, c’est complexe.

Mais notre mode de vie y est pour quelque chose. Et notre indifférence générale en rajoute une couche. Le tabou, le malaise rajoute une couche de plus…

Qui n’a pas dit un jour : on vit dans un monde de fous. Tout va trop vite.

Ou qui n’a pas dit : il y a perte de sens dans la société. Les rapports humains ne sont plus ce qu’ils étaient.

Ou encore : on n’a jamais été aussi connectés grâce aux réseaux sociaux et, pourtant, il n’y a jamais eu autant de gens aussi seuls.

Tout le monde a dit ça un jour ou l’autre. C’est comme pour  les changements climatiques.

Et qu’est-ce qu’on fait?

Rien. Enfin pas rien, mais rien qui n’empêche le phénomène d’avancer à vitesse grand V.

Nous sommes concernés, mais pas vraiment. Parce que la société, c’est les autres, c’est pas nous.

On sait aussi que l’anxiété est un phénomène en croissance chez les jeunes, particulièrement chez les filles.

Or, les choses ne sont pas en voie de s’améliorer.

Qu’est-ce que ça donnera dans 5 ans, dans 10 ans ? Je l’ignore. Mais ça ne risque pas d’être joli.

Ma fille, qui a 25 ans, se trouve chanceuse de ne pas avoir grandi avec Facebook et les téléphones cellulaires.

En effet, ça n’existait pas quand elle était au primaire et ça commençait à peine alors qu’elle faisait son secondaire.

Le monde va vite, terriblement vite. Et les changements sont si rapides.

Mais l’évolution d’homo sapiens s’est faite sur des millions d’années.

C’est comme pour les changements climatiques actuels.

Le principal constat, c’est que de tels changements –  climatiques – sont déjà survenus dans l’histoire de notre planète, mais jamais dans une période de temps aussi courte.

C’est la même chose avec le monde dans lequel nous vivons. Jamais nous n’avons eu à une vivre une époque avec des changements aussi importants et aussi rapides.

Un moment donné, c’est bien beau évoluer, mais d’habitude, il y a une échelle de temps pour ça.

Là, oublie ça. L’échelle de temps n’existe plus.

Or, essentiellement, l’être humain n’a pas changé tant que ça depuis quelques milliers d’années. Et le monde qui l’entourait évoluait à une vitesse qu’il pouvait suivre.

Je pense bien que ce n’est plus le cas.

Or, homo sapiens est d’abord un animal social.

Ce n’est pas moi qui le dit. Il y a plein de scientifiques qui l’affirment.

Mais le tissu social s’effrite.

Et homo sapiens, aussi, s’effrite.

///

J’ai été touché et ému par les nombreux messages que j’ai reçu à la suite de la publication de ma lettre dans La Presse. Les réactions ont été nombreuses. Merci. Beaucoup.

Plusieurs m’ont dit que j’étais courageux. Je ne sais pas si c’est du courage. Peut-être.

En même temps, c’est toujours comme ça que j’ai menée ma vie. En essayant d’être le plus honnête possible avec les autres et avec moi-même. Et il y a aussi le fait que mon histoire personnelle a fait en sorte que je suis totalement allergique à la bullshit.

///

Tous ces bons mots ne changent rien cependant au fait que je suis en dépression. Et que ça se guérit seulement à coups de petits pas. De fucking petits pas.

Or, la journée d’aujourd’hui n’a pas été plus facile parce que, hier, j’étais une vedette des réseaux sociaux, pendant quelques heures.

Ça été difficile. Y a des fois où ça fait encore drôlement mal. Fucking mal.

Y a des fois où je comprends vraiment les gens qui ont des idées suicidaires.

Ce n’est pas mon cas. Mais quand tu as fucking mal, ça se peut que tu ai juste envie que ça arrête là, drette là.

Je le répète pour ceux qui pourraient s’inquiéter, je n’ai pas d’idées noires. Mais oui, y a des fois où je voudrais juste que la douleur cesse immédiatement. J’ai compris que ça ne marche pas comme ça, mais ça ne fait pas moins mal pour autant.

Faut l’avoir vécu pour le savoir. Je le sais maintenant.

Il y a plein de gens que j’ai vu souffrir au fil des ans, pas seulement à cause de la dépression. Anxiété, choc post-traumatique, etc. Je sais maintenant comment ils se sentaient.

Si ça se reproduit, je serai là. Je ferai la seule chose qu’on peut faire dans ces moments-là : prendre la personne dans tes bras, la laisser pleurer, crier, hurler. Ne rien dire, sauf l’encourager à continuer, à faire sortir un petit bout de cette douleur. Être là, le temps que ça passe.

Parce que c’est ce que nous sommes, des êtres humains, des animaux sociaux. Homo sapiens.

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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