« La vie est difficile », disait Scott Peck, dans son livre Le chemin le moins fréquenté.
C’est en plein ce que je me suis dit hier soir alors que je faisais la queue à l’épicerie.
J’attendais pour payer mes achats tout en gérant une crise de panique – ben oui, j’en fais à l’épicerie maintenant. Comme toujours, il y avait les magazines à potins, bien en vue à côté de la caisse. J’ai d’abord eu un flash : c’est peut-être pour ça qu’on place les revues à potins à côté de la caisse. Pour aider les gens à gérer leurs angoisses. Finalement, y a pas que Bell qui fait sa part pour la santé mentale, les épiceries aussi !
Bref, c’est génial les revues à potins, ça aide à penser à autre chose que tes symptômes envahissants d’une crise de panique.
Un des gros titre, c’est comment Émilie Bégin arrive à garder la forme et rester aussi mince. Mais ce qui revenait dans toutes les revues à potins, c’est la saga tragico-comique de Meghan et Harry, ex-membres de la famille royale britannique.
Je vous résume l’affaire, si vous ne la connaissez pas déjà. Pour protéger l’identité (sic) des personnes concernées, j’ai remplacé les noms par ceux d’une famille québécoise qui vit une grosse chicane de famille.
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Thérèse et son mari, Roger, ont quatre enfants, qui sont rendus grands, trois fils et une fille. Le fils aîné, Robert, a toujours été le préfèré de Thérèse. C’est son héritier, il était destiné à de grandes choses.
Robert n’est pas particulièrement joli. Ça lui a pris du temps avant de se faire une blonde. Il en avait bien une, mais Thérèse ne l’aimait pas. Pas très jolie, elle aussi, et trop stiff, disait-elle… Même laitte, Robert méritait un pétard, se disait Thérèse. Elle pensait déjà à ses futurs petits-enfants, fallait bien leur donner la chance d’avoir un bon départ dans la vie.
Thérèse a fini par trouver la bonne fille. Douze ans plus jeune que son fils, jolie, une vraie princesse. Elle a tout organisé, ils se sont mariés. Le mariage a coûté la peau des fesses. Thérèse et Roger ont dû réhypothéquer leur bungalow de Brossard.
Robert et Cynthia ont eu deux garçons. Pendant que Robert travaillait comme gérant à la caisse populaire, Cynthia s’occupait des enfants. Robert avait insisté pour continuer de vivre chez sa mère. Cynthia détestait ça, mais comme Thérèse lui avait donné de l’argent en secret pour qu’elle marie son fils, elle voyait mal comment elle pouvait dire non.
Cynthia savait que Robert la trompait avec sa première blonde, Nicole. Elle ne disait rien. Peut-être aussi parce qu’elle même trompait Robert, avec le voisin, Steve.
Thérèse savait tout ça. Elle était constamment sur le dos de Cynthia.
Le drame s’est produit un jour où Cynthia a demandé à Thérèse de garder les garçons. Elle s’en allait voir Steve. Robert ne la touchait plus depuis des mois, et Cynthia avait quand même 12 ans moins que son mari…
Alors qu’elle roulait pour aller chercher Steve à son travail, Cynthia n’avait pas remarqué que Roger la suivait. Elle s’en est aperçue à un feu de signalisation. Elle s’est dit alors qu’elle allait brûler le feu rouge pour semer Roger. Puis le drame. Un semi-remorque a embouti la voiture de Cynthia, qui est morte sur le coup.
Les deux enfants, Tristan et Nicolas, avait 6 et 8 ans au moment du drame qui les a marqués profondément.
Ils ont grandi. Nicolas a fini par se marier avec Cristelle, une magnifique brune aux yeux bleus. Ils ont eu deux enfants. Toute la famille adorait Nicolas et Cristelle, qui était si belle.
Tristan, le rebelle, a fini par se caser et se marier lui aussi. Mais rebelle un jour, rebelle toujours. Tristan a épousé une rebelle, tout comme lui, ce qui déplaisait grandement à Thérèse, qui entre temps était devenue un peu gâteuse.
Ça déplaisait aussi à Cristelle qui voyait en Nancy une rivale potentielle. La femme de Tristan était très belle, elle aussi. Et Cristelle souffrait depuis l’enfance d’un complexe d’infériorité, à cause de son père violent qui la rabaissait sans cesse.
Cristelle s’est mise à bitcher Nancy. Et Nicolas, qui ne voulait pas déplaire à sa femme, s’est mis à bitcher lui aussi. Et Thérèse s’est mise à bitcher encore plus sa deuxième belle-fille, qui ne voulait pas porter le chapeau en peau de raton laveur qu’elle lui avait acheté l’année précédente.
Tristan, voyant tout ça, a voulu parler à son frère. La chicane a pogné. Nicolas a défendu Cristelle, qui s’est mise de la partie en bitchant à nouveau Nancy.
En pleine nuit, Tristan a dit à Nancy de ramasser ses affaires : ils quittaient cette famille de fous. Ils ont pris la vieille Toyota Écho 2005, toute rouillée, qui avait appartenu à Tristan dans sa jeunesse. Ils ont quitté Brossard et le quartier Dix-30 où sa grand-mère avait acheté une grosse maison quétaine pour y faire habiter tout le monde.
Ils ont pris le Pont-tunnel Louis-Hyppolite Lafontaine et sont arrivés à Montréal-Nord. Ils ont loué un 3 1/2. Tristan s’est trouvé un boulot comme pompiste dans un garage situé sur le boulevard Léger. Nancy, elle, a réussi à dénicher un poste comme caissière au Jean-Coutu, situé au Mail Léger, tout en face de leur appartement.
Ils furent heureux et ils ont eu beaucoup d’enfants…
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Des gens me disent souvent que je ne suis pas seul. Moi-même je me le répète. Mais ça reste parfois un concept théorique dans ma tête. Notamment, les jours où je me réveille en faisant une crise de panique, c’est-à-dire tous les jours.
Mais c’est quand même vrai que je ne suis pas seul. Depuis deux jours, j’ai reçus deux messages de purs inconnus sur ce blogue. Ça m’a fait du bien.
Ce billet a été en partie inspiré par le deuxième message, envoyé par Lapierre. Merci et bonne lecture !
p.s. J’ai déjà été repêché. Choix de sixième ronde par La Presse en 2001 😉


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