Se battre pour son journal

J’avais 29 ans quand j’ai vécu ma première crise dans un journal.

Ce qui se passe à Groupe Capitales Médias, me fait nécessairement revivre des émotions qui remontent à loin.

La peur. L’espoir. La colère. La déception. La détermination.

Autant d’émotions que vivent probablement mes collègues de GCM.

Gardez le fort, car vous êtes dans une meilleure situation que je ne l’étais en 1996.

Vos quotidiens sont profondément enracinés dans vos régions.

Vous avez plus de lecteurs (toutes plateformes confondues) que vous n’en avez jamais eu.

Malgrés toutes sortes de critques et de commentaires, vous avez l’appui de la population et du gouvernement.

Vous avez l’appui de la FNC, qui multiplie les efforts en coulisse.

Plusieurs acteurs de la société semblent se réveiller et tiennent à leur quotidien régional.

Ça ne sera pas une bataille facile, mais vous avez plusieurs cartes dans votre jeu.

Je suis de tout coeur avec vous.

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Pour la petite histoire, Le Fleuve, où je travaillais en 1996, n’a pas survécu à sa première et unique crise.

L’expérience reste gravée dans ma mémoire à jamais, cependant.

Voici le texte que j’avais rédigé et qui avait été signé par toute l’équipe pour annoncer notre intention de nous battre jusqu’à la fin.

Ce que j’ai fait, travaillant même sans salaire pendant les deux derniers mois de vie du Fleuve, comme plusieurs de mes collègues.

Ça n’a pas marché, mais on s’est tenus debout jusqu’à la fin.

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À bien y penser, la situation n’est pas si désespérée pour le premier quotidien à avoir vu le jour dans l’Est du Québec. Tout en n’ayant plus une cenne dans ses coffres, Le Fleuve est assis sur une mine d’or.

Votre quotidien traverse bien sûr une crise majeure. Une crise qui pourrait compromettre l’avenir de ce journal, qui n’a pourtant que six mois d’existence. Parlons français, Le Fleuve est sur le point de rendre l’âme.

Mais paradoxalement, votre quotidien régional ne s’est jamais aussi bien porté depuis sa première parution, le 16 mai dernier.

Une fois la période de démarrage et de rodage passée, les ventes de publicité ont atteint ces dernières semaines le seuil minimal nécessaire pour assure la production du journal. Les ventes en kiosque et par abonnement progressent elles aussi, lentement, mais sûrement.

Quant au journal lui-même, il ne cesse de s’améliorer de jour en jour, autant en ce qui concerne le contenu que le contenant.

Encore quelques mois et Le Fleuve atteindra le seuil de rentabilité.

Mais il y a plus.

Encore quelques mois et Le Fleuve aura fait la preuve qu’il y a de la place pour un quotidien dans l’Est du Québec.

Mais voilà, tous ces efforts ont nécessité du temps et, surtout, de l’argent. Résultat ? Les coffres sont vides, mais le carnet de commandes, lui, est bien rempli.

Voilà pourquoi plusieurs irréductibles se battent encore et toujours pour assurer la survie du Fleuve. Nous y croyons pour la simple et bonne raison que les chiffres, ces foutus chiffres, sont en train de faire la preuve qu’un quotidien peut se tailler une place au soleil à l’est de Québec.

Bien sûr, il y a eu des erreurs. Quelques unes auraient pu être évitées, d’autres étaient inévitables. Mais tout compte fait, Le Fleuve est tout près de réussir le pari fou de quelques gaulois irréductibles qui ne reculeront jamais devant l’envahisseur !

Laissons tomber la fameuse solidarité régionale, si vous n’en voulez pas. Ne tenez pas compte du fait que ce journal est le seul au Québec à être la propriété de ses artisans, si ça fait votre affaire.

Mais une chose est sûre, ce journal répond déjà à un besoin du milieu bas-laurentien. Et ce besoin ne va pas en diminuant. Au contraire !

Rappelez-vous le fameux principe « Hygrade », plus de gens en mangent…

Vous avez compris que ce quotidien n’est pas venu au monde pour rien. À mardi prochain !

–  Tous les artisans du Fleuve, 9 novembre 1996

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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