Des nouvelles du système de santé

Le système de santé est largement critiqué, souvent avec raison.

Aujourd’hui, j’ai envie de montrer un autre côté de la médaille.

Dans le jargon hospitalier, on appelle ça le suivi intensif variable (SIV).

Moi j’appelle ça le gros bon sens avec une bonne dose d’empathie et d’humanité.

Qu’est-ce c’est ?

Depuis un peu plus d’un mois, j’ai un intervenant qui vient me voir chaque semaine. On a d’abord fait le point sur ma situation. Puis, on a établi un plan de match pour faire face aux principaux irritants et ainsi m’aider à remonter la pente.

On se voit chaque semaine, on peut alors mesurer mes progrès. Surtout, il y a quelqu’un avec un regard externe qui voit des choses que je ne vois pas, moi.

Par exemple, j’ai beau me lever chaque matin avec une douleur à la poitrine causée par l’angoisse, lui est capable de voir mes progrès alors que moi, parfois, je ne les vois pas.

Alors quand on se voit, ça fait du bien en ta de constater que je fais des progrès alors que souvent, j’ai l’impression de faire du sur-place.

Ces rencontres avec mon intervenant valent leur pesant d’or.

La dépression, c’est un long solo de répétitions. Tu as souvent l’impression de répéter les mêmes affaires. Les mêmes souffrances aussi.

Comme le cerveau est malade, ce n’est pas aussi simple que d’habitude. D’où les répétitions.

C’est un point important à se rappeler pour ceux qui n’ont jamais fait de dépression. Le cerveau est malade. La personne ne fait pas juste se plaindre de ses malheurs pour le plaisir de la chose. En fait, elle ne se plaint pas, elle souffre.

Je l’ai déjà expliqué : le cerveau fait de la distorsion cognitive.

Si on pouvait injecter un peu de distorsion cognitive dans la tête de tout le monde, pendant quelques jours, ça rendrait les choses tellement plus faciles pour briser le tabou entourant la dépression et les troubles anxieux.

Pour revenir au suivi intensif variable, c’est grâce à mon intervenant que je donne aujourd’hui des ateliers d’écriture à D’un couvert à l’autre. Il a déjà fait un stage dans cet organisme et connait bien leurs besoins. Il m’a suggéré cette idée pour me permettre de reconnecter avec le monde tout en mettant à profit mes talents et mon désir de me sentir utile.

Ce matin, je suis allé faire du yoga avec un groupe dans un parc de Longueuil. C’est un autre service offert par l’équipe de l’hôpital Charles-LeMoye.

Demain, j’ai une partie d’ultimate frisbee qui m’attend, encore organisée par l’hôpital.

J’entends déjà les critiques. Le système manque d’argent, partout. Pis on organise des cours de yoga et des games de frisbee ?

J’imagine les commentaires sur les réseaux sociaux…

C’est plutôt une bonne nouvelle, la nouvelle génération de psychiatre ne fait pas que prescrire des pilules.

Je l’ai dit : mon psychiatre m’a affirmé que les antidépresseurs ne comptait que pour 30% du traitement.

Bonne nouvelle, le système ne te laisse pas seul avec les 70% restants.

Un cour de yoga en plein-air, une partie de frisbee, ce sont des moments précieux pour te permettre de remonter la pente.

Bref, l’empathie et de l’humanité sont des remèdes vieux comme le monde, mais dont on oublie parfois l’existence.

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Je suis tombé hier sur ce texte publié dans The Atlantic qui raconte l’histoire de Kate Bowler.

> How to Speak to Someone Who’s Suffering

En gros, Kate Bowler avait 35 ans, mariée, un jeune fils et l’emploi de ses rêves comme prof d’histoire.

Elle avait même écrit un livre, Blessed, à propos de cette notion que les bonnes choses arrivent aux bonnes personnes.

Puis en 2015, elle a appris qu’elle avait un cancer du côlon, stade 4.

Disons que certaines de ses convictions ont été fortement ébranlées.

Puis, elle s’est intéressée à la souffrance et la place qu’elle occupe dans notre société.

Finalement, elle tire quelques leçons sur les façons d’agir avec un proche qui souffre.

Premier conseil : N’essayez pas de comparer la souffrance d’un proche à un autre, comme si vous lui disiez : tu vois, il y a pire que toi. Ça ne fonctionne pas.

Mais la leçon la plus importante pour Kate Bowler, c’est celle-ci :

« The most important thing, Bowler said, no matter what religious beliefs you have, if any, is that when someone in your life is suffering, you’re there for them. Bowler had friends who faded away from her life after her diagnosis because they didn’t know how to confront her tragedy. But the type of person she found most helpful when she was at her lowest, she said, was someone who just “shows up, doesn’t ask for anything, and just knits in front of you. »

Traduction libre :

« La chose la plus importante, selon Bowler, et ce peu importe vos croyances religieuses, c’est que quand quelqu’un qui fait partie de votre vie souffre, vous êtes là. Kate Bowler dit avoir des amis qui se sont éloignés après qu’elle ait reçu son diagnostic, parce qu’ils ne savaient pas quoi faire. Mais les gens qui lui ont fait le plus de bien dans ses moments difficiles sont ceux qui sont allés la voir, n’ont rien demandé et se sont mis à tricoter en face d’elle. »

p.s.: l’illustration qui coiffe ce billet provient de la page Facebook de Monsieur Mindfulness.

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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