Le mythe de la résilience

Il existe un mythe qui est presque aussi fort que le tabou entourant la santé mentale.

C’est celui de la résilience.

Enfin, pas la résilience comme telle, mais la définition qu’on en donne.

La résilience n’est pas tant que ça une affaire de capacités individuelles.

C’est le propos de Michael Ungar, professeur et chercheur sciences sociales, qui a publié un essai sur le sujet : The Science of Resilience and the True Path to Success.

Je suis tombé ce matin sur une lettre qu’il a publiée dans The Globe and Mail.

> Put down the self-help books. Resilience is not a DIY endeavour

Sa lettre est d’abord une critique à l’endroit de l’industrie de la psycho-pop et de tous ces livres censés nous donner les recettes du bonheur. Mon projet bonheur est un bon exemple. Douze semaines pour être heureux ? Vraiment ?

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Michael Ungar compare ce phénomène, et ces livres, à des calories vides.

Faut penser positif, nous répète-t-on.

Ce n’est pas tant de penser positif qui est important plutôt que de vivre des expériences positives.

La nuance est de taille.

Homo sapiens est un animal social, je le répète souvent.

C’est dans son environnement, son entourage, dans ses relations sociales, qu’il va trouver la résilience.

Dans mon cas, je trouve la résilience auprès de mes enfants. De mes amis, de mon psychiatre, de mon massothérapeute et même auprès de mon chien.

Et même là, il m’arrive de me sentir bien seul. Mais je pense alors aux gens qui sont seuls pour vrai. Ostracisés par leur entourage. Je suis chanceux dans ma solitude bien relative.

Pour revenir à Michael Ungar, j’ai particulièrement flashé sur ce passage de sa lettre.

« We have been giving people the wrong message. Resilience is not a DIY endeavour. Self-help fails because the stresses that put our lives in jeopardy in the first place remain in the world around us even after we’ve taken the “cures.” The fact is that people who can find the resources they require for success in their environments are far more likely to succeed than individuals with positi toughts and the latest power poses. »

« Nous continuons de livrer le mauvais message. La résilience n’est pas quelque chose qu’on fait soi-même, seul. S’aider seulement soi-même mène à l’échec parce que les tensions qui mettent notre vie en jeu demeurent dans le monde même après notre supposé traitement. Le fait est que les gens qui peuvent trouver les ressources nécessaires dans leur entourage ont beaucoup plus de chances de réussir que les personnes avec des pensées positives et les derniers pouvoirs à la mode. »

Ça revient à ce que j’ai écrit plus haut, ce n’est pas tant la pensée positive qui est importante que l’expérience positive…

Pour revenir à la résilience, bien sûr qu’il y a des individus mieux équipés que d’autres, mais la clé ne se trouve pas dans nos têtes, elle se trouve dans notre entourage.

Je cite à nouveau Ungar :

« Striving for personal transformation will not make us better when our families, workplaces, communities, health-care providers and governments fail to provide us with sufficient care and support. The science shows that all the internal resources we can muster are seldom of much use without a nurturing environment. »

Traduction libre :

« S’efforcer de changer ne nous rendra pas meilleurs si nos familles, nos milieux de travail, notre communauté, les fournisseurs de services de santé et nos gouvernements ne réussissent pas à offrir suffisamment de soins et de soutien. La science démontre que toutes les ressources personnelles qu’on peut déployer ne sont pas d’une grande utilité sans un environnement nourrissant. »

Tout ça parce qu’homo sapiens est un animal social, rappelons-le.

Bref, la santé mentale, c’est l’affaire de tous. Ce n’est pas un problème individuel.

Tant qu’on abordera ça comme un problème individuel et non comme un enjeu de société, nos efforts seront voués à l’échec.

Nous n’avons pas besoin de plus de livres sur le bonheur.

Nous avons besoin de mieux comprendre la maladie mentale. De mieux comprendre la souffrance. Nous avons besoin de briser le tabou. Ce fichu tabou qui isole tant de gens.

Nous avons besoin de gens, comme mon ami, qui avoue son immense malaise, mais qui place encore l’amitié en tête de liste.

Parce que la résilience vient beaucoup du courage. Et le courage vient des encouragements qu’on reçoit, même les plus petits.

///

Ceci est mon 100e billet. Écrit en direct du 3e lieu, sympathique café où l’équipe ressemble à son établissement : des gens sympas.

Quand j’ai écrit mon premier billet, le 20 octobre 2018, je ne croyais pas me rendre à 100 billets. Je ne croyais pas que ça serait aussi long. J’avais déjà mal, et je n’imaginais pas avoir encore plus mal. C’est pourtant arrivé.

Je suis sur le chemin de la guérison, mais je ne sais pas où la fin se trouve. Peut-être dans la courbe, qui est juste devant moi. Peut-être pas.

Il y a peut-être d’autres serpents sur mon chemin. Je n’ose même pas y penser.

Mais je suis encore là.

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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