Je remercie à l’avance Michel Dumais pour avoir partagé ce texte lumineux publié dans le New York Times, samedi.
> The Moral Peril of Meritocracy
Je ne compte plus les passages que j’ai noté mentalement. Mais celui-ci m’a particulièrement interpellé.
« We don’t treat one another well. And the truth is that 60 years of a hyper-individualistic first-mountain culture have weakened the bonds between people. They’ve dissolved the shared moral cultures that used to restrain capitalism and the meritocracy. »
Depuis que je tiens ce blogue, je ne compte plus les statistiques que j’ai évoquées au sujet de la santé mentale.
Je ne vais pas les répéter. Juste rappeler que ça clignote partout. Ben rouge.
On peut bien travailler à briser le tabou entourant la santé mentale, on ne fait que s’attaquer aux symptômes, pas à la cause.
Je ne suis pas en train de dire qu’il ne faut pas faire ce travail, au contraire.
Mais il y a un autre chantier, pas mal plus difficile, en parallèle.
Ce chantier en soi est aussi un tabou.
Car ça serait remettre en cause tout un système.
Le capitalisme et la méritocratie.
Ça ne veut pas dire de tout scraper. Mais on a quand même des questions à se poser collectivement.
Ce qui est ironique, c’est que l’individu est au coeur de ce système. En parallèle, on n’a jamais si peu pris soin des individus.
Faut dire que la méritocratie, c’est le summum de l’adage : Quand on veut, on peut.
Ceux qui font une dépression, par exemple, récoltent un peu ce qu’ils méritent. Et ils sont paresseux en plus.
Je ne dis pas que tout le monde pense ça, mais ils sont encore très nombreux, trop nombreux. J’ai moi-même été témoin de tels comportements.
Remarquez que ce n’est peut-être pas complètement faux, pas la paresse, mais la notion de mérite.
La dépression, c’est un mécanisme naturel quand quelque chose est brisé. Un signal d’alarme.
Il y a ceux qui sont prêts à entendre ce signal et ceux qui vont tout faire pour l’ignorer.
Il y a donc beaucoup de mérite à « tomber » en dépression. Car ça prend une sacrée dose de courage. Il est peut-être inconscient, ce courage, du moins au début.
Je reviens à la dictature du bonheur.
C’est ça le produit que le capitalisme et la méritocratie cherchent à nous vendre, comme un vulgaire coussin dans une librairie.
Achète-toi un char neuf qui va te redonner le plaisir de conduire un char, pis tu vas être heureux. Tu n’as pas les moyens d’acheter ce char ? C’est un peu de ta faute, car quand on veut, on peut.
C’est un raccourci un peu grossier, je sais. Mais quand on y pense un peu, il est criant de vérité.
Bon, ça ne veut pas dire que toutes les dépressions sont causées par le capitalisme et la méritocratie. C’est quand même plus complexe que ça, la dépression.
Mais il y a un pattern bien installé. Des conditions gagnantes pour favoriser la détérioration de notre santé mentale.
Tout ça dans un système où l’individu est roi. Quelle belle ironie !
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« Nous sommes peu conscients du fait que nous pensons tout le temps. »
– Jon Kabat-Zinn
Jon Kabat-Zinn est docteur en biologie moléculaire. Il a fondé la Clinique de réduction du stress et le Centre pour la pleine conscience à l’Université du Massachusetts. Cette citation est tirée de son livre Où tu vas, tu es, un guide pour apprendre la méditation.
Ce livre fait évidemment partie de mes lectures présentement. Ce n’est pas toujours agréable. Il y a des passages qui te confrontent à certaines réalités qui sont encore douloureuses.
Dans ces moments-là, je referme le livre pour me reposer un peu.
Mais Jon Kabat-Zinn a raison. Nous pensons tout le temps. Et nous n’en sommes pas conscients.
Et c’est l’une des causes de la détérioration de notre santé mentale.
À l’époque des mammouths, les vrais mammouths, homo sapiens n’avait pas beaucoup de temps pour penser. Il était constamment préoccupé par sa survie. Se nourrir. Se loger. Se protéger des prédateurs.
Aujourd’hui, nous avons du temps pour penser. Beaucoup de temps. Et l’esprit humain est programmé pour se projeter dans l’avenir ou ressasser le passé.
Je pense tout le temps. Et j’ai un hamster avec un coeur d’athlète qui n’arrête pas de courir dans ma tête.
Selon mon psychiatre, les journalistes sont parmi ses patients les plus difficiles. On pense tout le temps et se pose toujours tout plein de questions 😉
Le défi est donc d’arrêter de penser. Pas tout le temps, mais suffisamment pour se connecter à l’instant présent.
Sauf que si l’idée est simple, son application est autrement plus compliquée.
J’y travaille. Très fort.
[…] On n’a jamais si peu pris soin des individus. […]
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