J’ai eu mon 15e traitement hier.
C’était un moment important parce qu’on évaluait alors si les traitements fonctionnaient dans mon cas.
En gros, je réponds aux mêmes questionnaires que ceux que j’ai rempli avant de commencer les traitements.
Ça mesure les symptômes dépressifs et le niveau d’anxiété/angoisse.
J’étais justement anxieux de connaître les résultats.
J’avais alors l’impression que quelque chose se passait depuis une semaine.
Rien de spectaculaire.
Mais dans les derniers jours, j’ai préparé quelques repas, tâche qui revenait généralement à ma fille depuis plusieurs mois.
Quand c’était mon tour, j’optais plutôt pour le resto. Et ça tombe bien, ce n’est pas le choix qui manque dans le Vieux-Longueuil. Mais un moment donné…
J’ai même fait la vaisselle avant de me coucher. Je n’avais pas le courage de le faire, d’habitude. Souvent, même, la vaisselle s’accumulait pendant quelques jours.
Bref, j’avais l’impression qu’il se passait quelque chose.
Mais en même temps, je doutais. Si c’était seulement ma tête qui voulait tellement croire à l’efficacité de ce traitement. Que je me faisais des idées pour me convaincre moi-même. Que je carburais à l’espoir au point de faire fi de la réalité…
L’infirmière s’affairait donc à compiler les résultats pendant le traitement du marteau-piqueur.
Ça cognait dans ma tête, mais aussi dans mon coeur. Boum boum boum…
S’il n’y avait aucune amélioration, même la plus petite, ça voulait dire qu’on allait s’arrêter à 20 traitements et que j’allais repartir sur un nouveau chemin de croix.
Essayer, encore, de trouver un antidépresseur qui fasse la job, particulièrement pour l’angoisse. Peut-être pas pour la faire disparaître complètement, mais pour la diminuer à un niveau que je puisse gérer pour continuer le reste du travail, pour lui faire la peau.
Ça veut dire le sevrage de la molécule actuelle, l’introduction d’une nouvelle molécule.
Ça veut dire les effets secondaires, pas toujours agréables, alors que tu as déjà le moral dans les talons.
Et j’en suis déjà à ma troisième molécule en six mois.
Bref, rien que d’y penser, je capotais ma vie, solide.
Parce que je fais tout ce qui est humainement possible pour m’en sortir.
Tiens, je me suis inscrit à un cours de chant. J’ai eu mon premier cours hier soir.
Je vous rassure, je n’ai nulle intention de passer à La Voix.
Mais bon, ça faisait quelques années que l’idée me trottait dans la tête.
Je joue de la guitare. Je chantonne parfois en jouant.
Je ne deviendrai pas Patrick Watson, mais chanter juste, ça s’apprend.
C’est mon massothérapeute qui m’a convaincu qu’il fallait arrêter de branler dans le manche.
Lui-même musicien, il me disait que c’était le chant qui lui procurait les meilleures sensations. Une sorte de catharsis que même le drum n’arrivait pas à lui procurer.
La base du chant, c’est la respiration. Et la respiration, pour chanter, doit venir du ventre. Exactement comme la méditation ou, encore, pendant des exercices de cohérence cardiaque.
Mon prof n’est pas tombée en bas de sa chaise en se disant qu’elle venait de découvrir le prochain gagnant de La Voix.
Comme je lui ai expliqué, à 51 ans, mes ambitions étaient beaucoup plus modestes.
J’ai fait des vocalises. Testé le registre de ma voix. À ma grande surprise, j’ai pu monter plus haut que je ne le croyais pouvoir le faire dans les aïgues.
Évidemment, pour y arriver, il me fallait exécuter parfaitement les consignes de ma prof, au niveau de la respiration notamment. Prof qui m’a dit, oui, il y avait quelque chose à faire avec moi, je n’étais un cas désespéré.
C’est un peu comme le hockey, cependant. Ça ne veut pas dire que si tu réussis une feinte pendant les entraînements, ça sera facile de la reproduire pendant un vrai match.
Mais le plus important, c’est le sentiment que ça m’a procuré pendant quelques instants.
Un sentiment de liberté absolue.
Ça n’a duré que quelques instants, mais j’ai déjà hâte au prochain cours.
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Le marteau-piqueur venait de cesser. Quinze minutes de travaux sur mon crâne à coup de 100 impulsions pendant 25 secondes entrecoupées de trop courtes périodes de répit.
Ça ne cognait plus dans ma tête, mais mon coeur continuait de faire boum boum boum.
J’attendais le verdict de l’infirmière.
Bonne nouvelle, les deux tests on montré des amélioration, tant du côté des symptômes dépressifs que de l’angoisse.
Rien de spectaculaire. Ça ne sera pas comme la fameuse remontée du Canadien contre les Rangers de New York il y a quelques années.
Mais il se passe réellement quelque chose.
Reste à voir jusqu’où ça ira.
Le taux de succès de ce traitement est de 50%. Mais ça ne veut pas dire qu’une personne sur deux est guérie après 30 traitements. Oui, il y a des cas de rémission complète. Dans d’autre cas, l’état du patient s’améliore de 30, 40 ou 50%. Ce n’est quand même pas rien.
Quand tu as l’impression que des nuages noirs t’entourent depuis plus de six mois, le moindre trou dans les nuages fait beaucoup de bien.
Ça permet de retrouver un mot qui avait disparu de ton vocabulaire : l’espoir.
p.s. ce n’est pas moi sur la photo, mais qui sait, je vais peut-être ressembler à ça dans quelques années. Lui, c’est mon père. Il ne joue plus autant qu’avant. Mais dans sa jeunesse, il avait même son band. Il jouait de la guitare, du piano, du saxophone, alouette. C’est l’une des raisons pour laquelle ça été une décision facile de reprendre mon nom, celui de Champagne, à l’âge de 45 ans. La musique, on avait ça dans le sang, dans la famille.
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