Quand j’avais 16 ans, l’avenir de l’humanité et de la planète n’était pas un enjeu.
J’avais 23 ans, en 1990, quand le tout premier rapport du GIEC a été rendu public.
Il y a eu la tuerie de Polytechnique, en 1989.
Il y a eu la guerre en Irak, au début des années 90.
On ne parlait pas du tout du réchauffement climatique.
Il y avait bien sûr des cycles économiques qui pouvaient rendre les choses plus difficiles pour certaines générations. Ça été le cas pour la mienne, la génération X.
Mais nous nous sommes débrouillés, malgré tout.
Bref, l’avenir s’annonçait quand même prometteur pour un jeune de 16 ans, en 1983.
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Qu’est-ce qui se passe dans la tête d’un jeune de 16 aujourd’hui ?
Le populisme et la polarisation tiennent le haut du pavé.
Les nouvelles concernant les changements climatiques ne sont guère réjouissantes. Les changements s’effectuent plus rapidement que ne l’avaient prédit les experts.
Le monde change, le climat change, la planète change.
J’ai 52 ans. D’ici plus ou moins 30 ans, je ne serai plus là. Quarante ans si je suis chanceux.
Mes enfants ont 23 et 26 ans. À leur âge, je n’ai jamais eu à me poser les questions que eux se posent maintenant.
À quoi ressemblera la planète dans 10 ans, dans 25 ans, dans 50 ans ?
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Tous ces jeunes, ils ont le droit de s’indigner. Ils ont le droit de s’inquiéter.
On leur dit qu’ils ne savent rien, qu’ils doivent écouter les adultes.
Qu’on fait les adultes depuis le tout premier rapport du GIEC en 1990, soit il y a 29 ans ?
Ce qu’on sait entre autres, c’est que le réchauffement s’est accéléré.
Les jeunes ne savent rien, vraiment ?
Ils en savent beaucoup plus que moi en 1983. Ils sont beaucoup mieux informés.
Ils sont capables de se forger une opinion sur un sujet aussi important.
On dit que Greta Thunberg est manipulée par le lobby environnemental.
Que penser du lobby climato-sceptique financé par l’industrie des énergies fossiles ?
Tant qu’à faire, mettons tout sur la table si l’on droit s’en prendre à une jeune fille de 16 ans…
Ils sont idéalistes ?
Je l’espère bien.
On faisait honneur à l’idéalisme dans les années soixante quand la jeunesse voulait prendre sa place et changer le monde.
Je dis ça de même. Ce n’est plus possible maintenant ? L’idéalisme était réservé à une génération seulement ?
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Ma fille étudie en production maraîchère. S’il y a bien un métier qui sera affecté par les changements climatiques, c’est bien celui-là.
Il y aura quelques effets positifs, mais aussi beaucoup de conséquences négatives. Les pluies plus abondantes, les événements plus extrêmes : tornade, grêle, forts vents, chaleur extrême néfaste à certaines plantations. Travailler dans les champs à plus de 30 degrés sera de plus en plus fréquent.
Alors, elle a bien le droit, ma fille, de s’inquiéter pour l’avenir.
Tout comme Greta.
Cette jeune fille dérange. Mais plutôt que de s’en prendre à son message, on l’attaque, elle.
Remarquez que si elle disait des niaiseries, ça serait facile de s’en prendre à son message.
Mais non, son message, c’est celui du GIEC dont le premier rapport a été publié il y a 29 ans.
On lui reproche son idéalisme…. J’espère bien qu’elle est idéaliste : elle a 16 ans !
J’ai 52 ans et je conserve encore ce brin d’idéalisme qui fait en sorte que j’ai l’impression de me sentir vivant dans un monde de plus en plus déprimant.
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J’ai toujours dit à mes enfants que c’est eux qui allaient choisir le métier qu’ils voudraient pratiquer. En gros, je me fous qu’ils deviennent chirurgien ou éboueur, tant qu’il y a de la lumière dans leurs yeux et qu’ils arrivent à subvenir à leurs besoins.
C’est de leur vie dont il est question, ce n’est pas à moi de décider pour eux. Je peux leur donner des conseils s’ils le souhaitent, mais rien de plus. Leur vie leur appartient.
L’avenir aussi leur appartient. You bet, qu’ils ont droit de se poser des questions et de s’inquiéter pour l’avenir et de ne pas rester les bras croisés.
S’ils ne faisaient rien, là je m’inquiéterais…
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