Il y a encore du travail à faire pour qu’on comprenne bien c’est quoi, la santé mentale.
Même dans les médias.
Je viens de lire la chronique de Patrick Duquette dans Le Droit et je suis en ta. Et je ne sais pas par où commencer…
Le chroniqueur est rempli de bonnes intentions et veut profiter de la semaine de la santé mentale pour sensibiliser la population à cet enjeu.
Sauf qu’il mélange un peu les affaires.
« Une personne sur cinq serait atteinte d’une maladie ou d’un problème de santé mentale chaque année au Canada. Ça fait beaucoup, beaucoup de monde malheureux à l’école, au travail ou ailleurs. »
Je fais une dépression, je ne suis pas malheureux, je suis malade.
Le bonheur pis la santé mentale, c’est deux choses.
Il y a plein de gens malheureux qui ne souffrent pas d’une maladie mentale pour autant.
Je connais des gens malheureux en pleine santé.
Et je connais aussi des gens qui souffrent de troubles anxieux qui mordent dans la vie.
C’est évident que lorsque tu souffres, tu ne file pas le parfait bonheur. Mais c’est une erreur de mélanger bonheur et santé mentale.
Je dirais même que c’est notre quête effrénée du bonheur qui nuit un peu à notre santé mentale collective.
Ça s’appelle la dictature du bonheur. C’est d’ailleurs le propos du livre de Marie-Claude Élie-Morin dans son livre La dictature du bonheur.
On nous vend le bonheur partout. Même dans les pubs de chars. Surtout les pubs de char.
Conséquence? Le bonheur devient la seule norme.
La souffrance devient hors norme. Pourtant, s’il y a bien une certitude, avec la mort et les impôts, c’est que la vie est aussi faite de souffrance.
Mais notre société a de plus en plus de mal à accepter ce concept.
C’est d’ailleurs le propos de Mark Manson dans son livre The Subtle Art of Not Giving a Fuck.
« Notre culture d’aujourd’hui est obsédée par des attentes positives irréalistes : sois heureux, sois en santé. Sois le meilleur, meilleur que les autres. Sois plus intelligent, plus riche, plus sexy, plus populaire, plus productif, envié et admiré. »
Alors si tu souffres d’un problème de santé mentale, c’est nécessairement un peu de ta faute.
Cliché que Patrick Duquette reprend dans sa chronique. Malheureusement.
« Peut-être qu’il faut tous apprendre à mieux cultiver notre santé mentale. À s’en occuper au jour le jour, au lieu d’accumuler les soucis et de se ramasser sur les antidépresseurs – ou pire. »
Pour ma part, je cultivais pas pire ma santé mentale avant qu’un tsunami ne frappe ma vie. Je n’étais pas parfait loin de là. Mais j’étais pas pire. Pis les mammouths sont arrivés et une série d’événements stressants m’ont fait poser un genou par terre, le temps de me soigner moi et mes nouvelles crises d’angoisse, un peu comme un soldat qui revient du front.
Là où Patrick Duquette a raison, c’est qu’il faut prendre soin de sa santé mentale. Comme prendre soin de son corps nous donne de meilleures chances face au cancer. Mais ce n’est pas une garantie. Plein de gens qui font de l’exercice, mangent santé, cultivent la sérénité choppent quand même un cancer.
Donc, prendre soin de sa santé mentale, c’est bien, mais ça ne garantit rien.
C’est dommage que la chronique ne parle pas de l’affaire la plus importante, soit le tabou.
Ce tabou qu’il faut briser.
Prendre soin de sa santé mentale, c’est aussi admettre qu’on peut souffrir d’un problème de santé mentale. Et ça, c’est difficile.
À cause du tabou. Ce fichu tabou, qui demeure le principal enjeu en matière de santé mentale.
Pensez-y, seulement un homme sur trois souffrant d’un problème de santé mentale va aller chercher de l’aide.
Ça en fait du monde qui souffre. Ils ne sont pas malheureux, ils souffrent, cher Patrick.
p.s. : la photo a été prise en décembre dernier lors d’un séjour à l’hôpital où je suis allé chercher de l’aide…
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