
Vous êtes probablement un peu
découragés, voire exaspérés de lire que je suis toujours en dépression.
De lire que les progrès ne soient pas plus évidents après six mois.
De lire que j’avance et que je recule comme dans le foutu jeu de Serpents et échelles.
Dites-vous que vous n’êtes pas aussi écoeurés que je le suis moi-même.
C’est la semaine de relâche pour mes deux grands et elle est plus que bienvenue pour leur papa.
On va passer du temps ensemble dans un lieu totalement top secret et j’entends bien profiter de la présence de mes deux merveilleux enfants (si, si, c’est moi le plus chanceux du monde) pour refaire le plein de ma batterie du courage qui commence à manquer de jus.
Fatigué. Je le suis, pour parler à la façon de Yoda.
Parfois, je ne suis pas juste fatigué, mais carrément épuisé.
Ma tête, mon corps, mon coeur et mon âme sont épuisés.
Je vous rassure tout de suite, je n’ai pas d’idées suicidaires. Oui, il m’est arrivé d’en avoir, mais plus maintenant.
Et encore, je ne voulais pas mourir pour vrai, je voulais juste arrêter de souffrir.
Mon psychiatre et mon psychologue me disent que je fais des progrès. Pas que je mette en doute leur parole, mais il m’arrive quand même d’en douter.
Il est vrai qu’ils ont l’avantage d’avoir un regard différent du mien sur mon état.
Ils ont probablement raison.
La vérité, c’est un peu comme si j’essayais d’ouvrir un pot de confitures. Depuis six mois. Six mois à essayer d’ouvrir un fucking pot de confitures…
Au début, tu es très motivé à ouvrir ce pot. Mais le couvercle est tenace.
Mais bon, tu te dis que ce n’est qu’un pot de confitures. Un foutu pot de confitures.
Et ce n’est pas la première fois qu’un couvercle te résiste un peu. Un effort supplémentaire et l’affaire sera ketchup ou enfin confitures.
Mais le couvercle résiste encore.
Tu sors tes gants de vaisselle pour avoir une meilleure adhérence sur le couvercle.
Le ###%%%#@@ de couvercle ne bouge pas d’un millimètre.
Tu utilises ce vieux truc de grand-mère de frapper sur les côtés du couvercle avec le manche d’un couteau de table.
Le couvercle et accessoirement le pot résistent encore et toujours à l’envahisseur.
Le découragement s’installe lentement.
Pendant que tu fais tant d’efforts, le druide Psychiatrix cherche la meilleure recette pour ta potion magique.
Potion qui ne te rendra pas plus fort, mais qui va t’aider à ne pas baisser les bras dans tes efforts à ouvrir le pot de confitures.
Parce que ton cerveau ne pense plus comme d’habitude. Et il a besoin d’un coup de pouce pour que ta volonté demeure intacte.
Sauf que la potion de Psychiatrix est très différente de celle de Panoramix. Le druide gaulois concocte une potion universelle qui rend très fort quiconque en prend une portion.
Psychiatrix, lui, navigue un peu à l’aveugle. Ma potion à moi n’est pas nécessairement celle qui fait l’affaire pour Astérix ou Cetaumatix.
Et je poursuis mes efforts pour ouvrir ledit pot. Mais faute de résultats, les moments de découragement surviennent plus souvent.
J’ai essayé une première potion de Psychiatrix, sans succès.
Une deuxième potion qui n’a pas fonctionné, elle aussi.
J’en suis à ma troisième potion. Psychiatrix croit avoir trouvé la bonne recette, mais il n’en a pas la certitude.
J’ai mes doutes moi aussi
Conséquence, ma volonté pour ouvrir ce tabarnak de pot de confitures est toujours intacte, mais un peu diminuée.
La bonne nouvelle, c’est que ma tête de cochon ne sert pas juste à sauver une minuscule grenouille cette fois-ci.
Je baisse parfois les bras, je mets un genou par terre. Je me dis parfois :
Je suis au bout du rouleau, je n’en peux plus.
Et je ne sais ni comment ni pourquoi, il y une petite flamme qui brûle encore quelque part.
Un peu comme la pierre elfique offerte à Frodon pour s’éclairer au Mordor.
Elle ne brille pas si fort, mais juste assez pour montrer que la lumière peut être plus forte que les ténèbres.
Elle est là après chaque épisode de découragement. Chaque fois, elle me donne le courage de me remettre en selle.
Elle me donne le courage d’aller nager à la piscine ou encore d’aller jogger.
Elle me donne le courage d’écrire ou encore le courage de m’enfermer dans mon studio pour composer.
Bref, elle me donne le courage de continuer à essayer d’ouvrir ce pot de confitures.
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Je continue d’écrire parce que ça me fait du bien.
Je le fais aussi parce que je n’ai jamais eu peur des sujets difficiles.
Sujet difficile avec lequel je commence à être familier. Vivre les deux côtés de la dépression, ça forge une vision des choses, forcément.
Je ne prétends pas que je détiens la vérité.
Mais c’est un peu comme si j’avais fait un Hugo Meunier de moi. Non, je n’ai pas infiltré un magasin Wal-mart. Je ne suis ni Michèle Ouimet, aussi, qui a travaillé temporairement dans un centre d’appels érotiques !
J’ai infiltré la dépression. Un peu malgré moi.
Mais comment parler de ma dépression sans tomber dans le pathos.
C’est ce que j’essaie de faire, peut-être pas toujours avec succès, je n’en sais rien. A vous de me le dire.
J’essaie de donner un peu de perspective.
Parce que je suis un homo sapiens et que la quête de sens est inscrite en nous.
Finalement, j’écris parce que ça m’aide à gérer mes angoisses.
Et peut-être aussi que d’essayer d’y donner du sens m’apporte un peu de réconfort.
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Pendant la relâche, ma fille m’a apporté Wild, de Cheryl Stayed. Pas sûr encore que je vais le lire. Du moins en ce moment.
A suivre…
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