Je tiens à revenir sur mon billet d’hier où je comparais la dépression aux changements climatiques.
En gros, je disais qu’on sait tous que ça existe, mais qu’on n’agit pas, ou du moins pas assez pour faire changer les choses.
Je le pense toujours.
Mais ça ne veut pas dire qu’il ne se passe rien.
Il y a toutes sortes d’initiatives qui sont prises pour combattre les changements climatiques. Certains pays sont plus performants que d’autres.
Mais globalement, ça risque de ne pas être suffisant.
C’est la même chose avec la santé mentale et la dépression.
Il y a toutes sortes d’organismes qui viennent en aide aux personnes souffrant d’un problème de santé mentale. Ils font un travail formidable.
Mes deux meilleurs amis opèrent une maison qui vient en aide aux jeunes schizophrènes dans la région de Longueuil. Parce qu’une fois devenus adultes, ces jeunes ne reçoivent plus aucune aide. Ils sont laissés à eux-mêmes.
Ils font des miracles avec trois fois rien. Et pourtant, ils font économiser des millions de dollars à l’État en évitant plusieurs hospitalisations.
Il y a plusieurs autres organismes qui font un travail extraordinaire en santé mentale.
Tous ou presque sont débordés. Tous ou presque manquent de fonds.
Mon propos concerne plutôt la société en général. Nous, quoi !
Au moins trois de mes amis m’ont avoué être complètement mal à l’aise face à la dépression. Mal à l’aise, comme dans gros malaise.
Ils me l’ont avoué parce que j’ai parlé publiquement de ma dépression. Ils ont vu que je souffrais et j’imagine que je suis un ami assez important pour eux pour qu’il fasse l’effort de me parler ou de m’écrire.
Ils n’ont pas fait ça le premier jour, ni le deuxième. Ça pris des semaines avant qu’ils n’aient le courage de me faire cet aveu.
Je ne leur ai fait aucun reproche, au contraire. J’ai dit que c’était parfait, comme ça. Y avait aucune honte à avouer ça. Et maintenant que c’était dit, que la glace était brisée, on pouvait se parler comme des amis, que je sois en dépression ou pas.
Parce que dans le fond, il n’y pas grand-chose d’autre à faire. Je fais mes fucking petits pas et mes proches prennent de mes nouvelles et m’encouragent. Certains lisent mes textos alors que je suis dans mes moments les plus difficiles. D’autres m’écoutent sans dire un mot.
Le hic, c’est que moi, je parle ouvertement de ma dépression. J’imagine que ça facilite la communication.
Y a plein de gens qui ne le font pas. Pour toutes sortes de raisons. Il y a aussi des milieux de travail où c’est un vrai tabou. Si tu fais une dépression et que ça se sait, tu vas avoir une étiquette au front pour le reste de ta vie.
Moi, je n’étais pas vraiment inquiet des conséquences dans mon milieu de travail. Peut-être aurais-je agi autrement dans un autre contexte?
Mais la réalité, c’est qu’il y a plein de gens qui ont peur d’en parler et ils ont probablement raison d’avoir peur.
Ce qui est ironique, c’est que les animaux, eux, ne connaissent pas ce malaise.
Depuis deux mois, mon chien ET mon chat n’ont jamais été aussi colleux avec moi. Eux, ils ne se posent pas de questions. C’est l’instinct qui parle. Ils sentent que leur maître ne va pas bien et ils veulent me réconforter. Même si ça veut dire que le chien ET le chat vont dormir ensemble dans mon lit.
Encore là, je n’invente rien, il y a tout plein d’études scientifiques qui démontrent que les animaux de compagnie sont sensibles aux états d’âme de leur maître, peu importe ce que c’est.
On ne peut en dire autant d’homo sapiens.
Conséquence, il y a aussi plein de gens qui souffrent en silence.
Ça fait déjà assez mal comme ça, si en plus tu te sens complètement seul, je n’ose imaginer la douleur ressentie par ces personnes.
Je l’ai dit, y a des fois où, moi, j’ai fucking mal. Cette douleur-là, je ne peux la partager avec personne.
Mais entre les moments difficiles, y a plein de gens qui m’aiment et qui me soutiennent.
Je ne peux juste pas imaginer avoir des moments de grandes douleurs où je braille ma vie pendant plus de 30 minutes et après, me sentir seul au monde.
Ça m’arrive encore d’avoir mal en criss. Après, je peux écrire à un ami, passer un appel. Bref, parler un peu. Ne pas me sentir seul.
Ce n’est pas tout le monde qui a ce privilège.
Vous seriez surpris à quel point il y a du monde en ta qui souffrent en silence.
Et c’est ça qui est terrible.
Non, le monde n’est pas si obscur. Mais dans les moments difficiles, il manque souvent un peu de lumière.
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