Je ne suis pas très « journée mondiale ». Il y en a tellement et, surtout, plusieurs sont loufoques et frisent la nullité.
Mais le 11 avril est une journée spéciale.
C’est la journée mondiale du Parkinson. Et l’un de mes bons amis souffre de cette terrible maladie depuis plus 10 ans. C’est donc dire qu’il a reçu son diagnostic avant même d’avoir 40 ans.
La vie s’est un peu écroulée pour Christian et sa famille ce jour-là.
Et pourtant, mon ami n’a cessé de se battre depuis ce jour. Et sa famille en a fait tout autant.
On va dire de quelqu’un qui souffre d’un cancer qu’il se bat contre le crabe.
On peut dire que quelqu’un se bat contre la dépression.
L’avantage du cancer ou de la dépression, c’est qu’il y a de la lumière au bout du tunnel. Pas toujours, c’est vrai. Mais assez souvent pour que l’espoir fasse place au choc initial.
Dans le cas du Parkinson, l’espoir est un grand mot.
Il y a l’espoir de ralentir les effets de cette maladie cruelle. Mais il n’y a aucun espoir de guérison, de rémission.
Je ne suis pas dans la tête de Christian. Je me demande juste ce que ça fait de savoir que tu ne guériras jamais.
Je suis en dépression. Une solide. J’ai eu des moments où je voyais tout noir autour de moi et où je doutais de m’en sortir. Mais objectivement, je savais que la rémission est au bout de ce long chemin.
Christian a dû cesser de pratiquer une profession qu’il adore. Il était un excellent avocat, il l’est encore, sauf qu’il ne peut plus exercer ce métier en raison de sa maladie.
Il multiplie les projets pour rester actif. Il bouge comme jamais pour ralentir la progression du Parkinson.
Sauf qu’il y a des journées où la réalité le rattrape.
Je me rappelle d’un beau jour d’été où j’étais à Carleton, où Christian a un chalet. Il venait de faire un long tour de ski nautique et se reposait, flottant dans l’eau derrière le bateau, les skis aux pieds.
Et puis, Christian a décidé de refaire un autre tour de ski nautique, sachant les conséquences que ça aurait pour lui en fin de journée.
Et puis fuck le Parkison, je sortirai mes béquilles, c’est tout.
Et Christian avait eu le sourire fendu jusqu’aux oreilles flottant sur l’eau dans la Baie-des-Chaleurs.
De retour au chalet, Christian avait effectivement dû sortir ses béquilles. Ses membres étaient trop raides pour lui permettre de se déplacer sans ses béquilles.
Christian m’a proposé une bière. Il souriait, malgré la fatigue. Et la bière était bonne, la sienne comme la mienne.
Je n’écris pas ça pour me dire qu’il y a du monde pire que moi.
Ce n’est pas à ça que je pense quand je pense à Christian.
Je pense à sa joie de vivre, à son rire, à son courage et à son amitié.
Superman peut aller se rhabiller, c’est lui mon super-héros.
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