
Je n’ai pas vraiment pris le temps d’y réfléchir alors que je tentais de photographier un lamantin.
Il y avait ma fille qui, même à 25 ans, était excitée comme une fillette. » Sont trop cutes ! » répétait-elle.
Mon fils, lui, trouvait ce mammifère plutôt rigolo avec sa drôle de forme.
En appuyant sur le bouton de mon appareil photo, je n’ai pas pris le temps de savourer cet instant.
J’étais en train de photographier l’un des 40 000 lamantins encore en vie sur notre planète.
Dans les Caraïbes, l’espèce était en voie de disparition jusqu’à récemment. Elle est maintenant répertoriée espèce menacée. En Floride, il y aurait maintenant un peu plus de 6000 lamantins.
Les gens présents au quai d’observation des lamantins étaient tous dans le même état d’esprit. Tous excités de voir un lamantin ET de le photographier.
Personne, moi le premier, ne prenait la mesure de ce moment.
C’est vrai, il y a des espèces plus menacées que d’autres. N’empêche…
J’ai quand même déjà photographié une rainette faux-grillon, pas mal plus difficile à mettre en boîte qu’un lamantin 😉
Mais restons avec les lamantins.
Tout ça me rappelle que notre vie est constituée « de moments lamantins ». De ces instants présents dont il faut profiter. Je le savais un peu, mais on a aussi tendance à l’oublier. En dépression, on l’oublie beaucoup.
Je sais, ça sonne le jovialisme.
Mais mathématiquement parlant, notre existence est une accumulation d’instants présents.
On a intérêt à maintenir une bonne moyenne au bâton dans notre appréciation des instants présents.
Sinon, notre existence risque d’être moins agréable. D’autant plus que les instants présents, eux, ne sont pas toujours agréables.
Parce qu’il nous faut aussi apprendre l’art subtil de dire » I don’t give a Fuck ! »
C’est donc un sacré exercice d’équilibre qui nous attend.
Et qui m’attend moi aussi pour me reconstruire.
Je dois travailler fort là-dessus présentement. Vivre dans l’instant présent. Quand les souffrances te rattrapent au réveil ou en plein milieu d’après-midi, c’est plus dur. Mon passé me rattrape et mon hamster se met à tourner.
Mon psychiatre m’a dit lors de notre première rencontre que les journalistes n’étaient pas les patients les plus faciles à traiter. On réfléchit trop, paraît-il.
On a le hamster musclé, capable de tourner longtemps sans s’essouffler.
Le mien est pas pire. Bien entraîné. Il n’est pas si musclé, mais il a un cardio d’enfer, comme son propriétaire, dont le coeur bat entre 55 et 60 pulsations par minute au repos.
Le hamster, lui, n’est pas une espèce menacée, au contraire.
Il faudrait lui accorder moins d’importance et en donner un peu plus au lamantin.
Premier avantage, ce mammifère marin est trop gros pour entrer dans notre tête.
On ne peut donc que l’observer et profiter de l’instant présent.
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