Moi et mon trouble de la personnalité narcissique

En ce moment, drette là, je suis terriblement souffrant. Une intense douleur me serre la poitrine.

Parfois t’as mal en criss et tu voudrais juste que la douleur s’en aille.

Pour utiliser le langage du hockey, il faudrait que je fasse une mise en échec pour séparer le joueur de la rondelle. En langage médical, ça voudrait dire séparer ma tête de mon corps.

Ma tête, je l’aime un peu moins ces temps-ci. Mon corps ? Bon je ne suis pas Brad Pitt, mais j’y tiens à mon corps. Je m’en suis servi pour aller faire du vélo mardi. J’aimerais bien qu’il serve à nouveau pour faire du jogging. Et il me sert en ce moment pour écrire ces lignes, tout comme ma tête d’ailleurs.

Donc, je ne ferai pas un Shea Weber de moi.

Je vais continuer d’avancer.

Mais je suis épuisé de pas être entendu ni pris au sérieux. Épuisé de répéter les mêmes affaires. Épuisé d’avoir raison.

Pis oui, tout ce stress, toute cette incompétence me fait souffrir. Ou plutôt ne m’aide pas à guérir, alors que c’est ce que je souhaite le plus ardemment : guérir.

Et guérir est un grand mot. Je sais bien que je ne guérirai jamais.

Certaines blessures vont cicatriser. Les autres, je vais seulement apprendre à vivre avec, comme je le fais depuis si longtemps.

J’ai rencontré trop de gens payés pour écouter et qui ont cherché seulement à cocher de petites cases pour mettre un pseudo nom sur ce que je vis. Un diagnostic.

Qu’est-ce qu’un diagnostic ? À mon sens, le diagnostic devrait être un outil pour ensuite m’aider à guérir.

Depuis 18 mois, aucun diagnostic ne m’a aidé à guérir. Ça ne m’a apporté que des souffrances.

Des psychiatres ont coché des petites cases.

Dépression majeure. Trouble de la personnalité narcissique. Trouble anxieux. Trouble anxio-dépressif.

Oh les jolis noms ! On les retrouve tous dans le DSM-5, la bible de la psychiatrie.

Le plus drôle, c’est évidemment celui de trouble de la personnalité narcissique. Les amis à qui j’ai raconté ça se sont tous mis à rire.

J’en ai parlé à mon ami Daniel avant-hier, qui s’est mis à rire au téléphone. Il n’arrêtait pas de rire.

Peut-être riait-il parce qu’il sait en gros ce que c’est un diagnostic de trouble de la personnalité narcissique…

Il s’agit d’un mode général de fantaisies ou de comportements grandioses, de besoin d’être admiré et de manque d’empathie qui sont déjà présents au début de l’âge adulte et sont présents dans divers contextes, comme en témoignent au moins 5 des manifestations suivantes.

Les symptômes, les voici…

– La personne a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnue comme supérieure sans avoir accompli quelque chose en rapport) ;

Elle est absorbée par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal ;

Elle pense être « spéciale » et unique et ne pouvoir être admise ou comprise que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau ;

Elle a eu besoin excessif d’être admirée ;pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ;

Elle exploite l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins ;

Elle manque d’empathie : n’est pas disposée à reconnaître ou à partager les sentiments et les besoins d’autrui ;

Elle envie souvent les autres, et croit que les autres l’envient;

Elle fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains.

Je sais bien que personne ne va me reconnaître là-dedans.

Et tout comme vous, je me demande bien ce que le doc avait mis dans ses céréales le matin où il a posé ce diagnostic, seulement quelques jours après m’avoir vu la première fois, en décembre 2018.

Q’est-ce qui a bien pu lui faire penser à ça en me voyant ?

Il est là le mystère.

J’ai fini par obtenir copie de mon dossier médical il y a environ un mois.

Une quarantaine de pages de notes cliniques. Aucune mention des observations qu’il aurait pu faire pour appuyer un tel diagnostic.

Pas un mot là-dessus. Rien, niet, nada, kaput. Impossible de comprendre son raisonnement.

Mais après chaque rencontre, il écrivait ceci : « dépression majeure, traits cluster B » ou encore « dépression majeure, trouble personnalité narcissique ».

Il écrivait toujours la même chose, telle une horloge suisse.

Je n’en savais rien. J’ai « appris » que « j’avais » un trouble de la personnalité narcissique il y a un mois. En lisant mon dossier.

Il ne m’a jamais rien dit. Je cherche à comprendre. Je ne peux que faire des suppositions.

Peut-être ne se sentait-il pas assez solide pour défendre son diagnostic en m’en informant ? Comme le dit affectueusement mon ancien collègue Serge Laplante, je suis un « chicaneux ».

J’aurais posé des questions, c’tivident !

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Évidemment, je comprends un peu mieux.

Dès que le doc avait posé ce diagnostic de grand narcissique devant l’Éternel, le reste n’avait plus beaucoup d’importance.

Ou plutôt, tout ce que je pouvais raconter allait passer par ce filtre.

C’est pour ça qu’il n’y aussi aucune note dans mon dossier sur le tsunami qui a déferlé sur moi ces dernières années.

Rien comme dans niet, nada, kaput.

Dans le jargon médical, ça s’appelle l’anamnèse.

De quossé ?

L’anamnèse, c’est l’histoire du patient.

C’est comme en journalisme, quand tu veux faire le portrait d’une personne. Faut que tu lui parles et, surtout, faut que tu l’écoutes.

Dur, dur de faire un portrait si t’as pas écouté et que t’as pris aucune note.

Donc, le doc a pas fait l’anamnèse.

Enfin, je lui en ai parlé. C’est rentré par une oreille, sorti par l’autre.

Et surtout aucune note dans mon dossier. Je sais, suis fatiguant, mais je répète encore : rien, niet, nada, kaput.

Bon j’dis pas si j’avais raconté que mes cheveux étaient beaux, pis mon corps celui d’un Dieu grec. Mais qu’un ongle incarné était venu jeter une ombre sur ma divinité. « Vous comprenez, docteur, j’ai vraiment besoin d’aide. C’est comme devenue une obsession, cet ongle incarné. »

J’aurais compris qu’il ne prenne aucune note et qu’il conclue : trouble de la personnalité narcissique 😉

Sauf que c’était pas aussi exotique mon affaire. Pas de divinité ni d’ongle incarné.

Juste de la souffrance. Comme ben du monde.

Peut-être que des psychiatres se disent qu’ils n’ont pas fait toutes ces études pour soigner la « vulgaire souffrance ». Amenez-nous un bipolaire, amenez-moi un schizophrène, amenez-vous un trouble de la personnalité narcissique !

Comme Doctor Strange qui n’acceptait que les patients qui pourraient contribuer à sa gloire personnelle. Retirer une balle dans un mollet ? Pffft… Un obus dans un cerveau ? Là on jase !

Donc, je parlais de filtre.

Je ne vois pas d’autres explications. Quand je parlais de ma ride en taxi pour me rendre chez mon ex qui voulait mettre fin à ses jours. Quand je parlais du chauffeur qui rigolait parce que je lui avais dit que c’était urgent.

Le doc se disait probablement : « a un besoin excessif d’être admiré » ou encore « pense que tout lui est dû : s’attend sans raison à bénéficier d’un traitement particulièrement favorable et à ce que ses désirs soient automatiquement satisfaits ».

J’opte pour le deuxième choix. J’attendais clairement un traitement particulièrement favorable du chauffeur de taxi.

Et quand je parlais de ma course sur 12 coins de rue avant d’arriver chez mon ex. « Patient a un sens grandiose de sa propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnue comme supérieure sans avoir accompli quelque chose en rapport). »

C’est vrai que je cherchais seulement à faire homologuer mon nouveau record du monde, me crissant totalement de savoir si mon ex était morte ou vivante.

J’ai alors fait preuve d’attitudes et de comportements arrogants et hautains.

Juste avant de grimper à toute vitesse les marches jusqu’à l’appartement de Nathalie, j’ai vérifié mon application sur mon téléphone, – que j’avais pris la peine de démarrer en sortant du taxi – yes, je tenais mon record du monde !

Deux semaines plus tard, quand Nathalie a fait une vraie tentative de suicide, j’ai pris mon char pour me rendre à l’hôpital sans savoir si elle était morte ou vivante.

J’imagine que j’étais en train d’exploiter l’autre dans les relations interpersonnelles : utilise autrui pour parvenir à ses propres fins.

Genre la prime d’assurance vie de Nathalie. J’allais pouvoir appeler les enfants en leur disant : « Maman est morte, elle s’est suicidée, mais on va pouvoir se partager 100 000 $ les enfants !!! »

Pis quand j’ai hébergé Nathalie pendant 8 mois, alors que j’étais tombé très amoureux d’une femme qui m’avait ouvert son coeur malgré ma situation impossible.

J’ai probablement fait ça par besoin excessif d’être admiré.

Quel homme ! Il héberge son ex avec laquelle la rupture n’a pas été facile. Un vrai Dieu grec !

Je me sentais déchiré entre la souffrance de Nathalie et celle de mes enfants, ma propre souffrance, mon désir de ne pas polluer ma nouvelle relation avec tout ça. Méchant cocktail !

Ça doit avoir un lien avec une faiblesse du côté de l’empathie.

Ensuite, quand je racontais mon incapacité à faire mon jogging. Mes flashbacks, la crise de panique, les larmes.

C’était probablement à cause de mon sens grandiose de ma propre importance (p. ex., surestime ses réalisations et ses capacités, s’attend à être reconnue comme supérieure sans avoir accompli quelque chose en rapport).

J’hésite cependant avec « pense être une personne « spéciale » et unique et ne pouvoir être admise ou comprise que par des institutions ou des gens spéciaux et de haut niveau. »

Bref, c’est mon hypothèse à 5 cennes pour expliquer le fait qu’il n’y avait pas une criss de note sur ces événements dans mon dossier. Rien, niet, nada, kaput.

Je reviens sur ce que j’ai écrit au début. Il y a quelqu’un qui a fait un diagnostic. Et le bon à part ça.

État de stress post-traumatique avec trouble panique. Combiné à des traumas complexes jettés au gré du vent sur le parcours de ma vie.

C’est ma psychologue qui fait ce diagnostic. C’est la seule personne (professionnel de la santé) en qui j’ai totalement confiance en ce moment. La seule.

Parce qu’au-delà de son diagnostic, elle cherche réellement à m’aider à guérir.

Pour revenir au doc, j’ai eu l’impression d’avoir perdu un an de ma vie. J’ai surtout eu l’impression d’avoir souffert pendant un an, pour rien.

Pis ça, ça fait mal.

En décembre 2019, je faisais quatre crises de panique par jour. Un cauchemar.

Dans ses notes, le doc écrit « Monsieur dit souffrir de tristesse matinale… »

Peut-être se disait-il que j’étais absorbé par des fantaisies de succès illimité, de pouvoir, de splendeur, de beauté ou d’amour idéal…

Sur ce, je retourne à mon trouble de la personnalité narcissique, je dois aller laver mon miroir…

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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