Conte pour tous, premier chapitre : le bureau du médecin

Juste avant de publier ce billet, je me suis dit : « Bon, qu’est-ce que le monde va penser ? Encore Champagne avec ses problèmes… »

Je peux vous assurer que je ne cours pas après les problèmes. Avant qu’un immense tsunami ne s’abatte sur moi, j’avais la réputation d’un gars de bonne humeur toujours prêt à aider un collègue ou un ami. Même dans des moments de grandes tensions, je trouvais toujours le moyen de rire.

Je tombais aussi sur les nerfs de mes enfants, à cause de cette bonne humeur. Toujours de bonne humeur au lever le matin, au point où je tombais sur les rognons de mes ados devenus ensuite adultes, parfois un peu grognons au réveil.

Du genre à chanter des niaiseries devant son chien, perplexe.

Même du genre à essayer de rire du pire pour que ça passe mieux.

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Il s’en passe des affaires en ce moment. Des affaires assez dégoûtantes. Des affaires qui sont d’intérêt public, pas parce qu’il est question de moi. Ça pourrait être n’importe qui d’autre que ce serait d’intérêt public. Des affaires qui concernent pas mal tout le monde dans le fond.

Face à une situation qui ressemble fort à la maison des fous d’Astérix, j’essaie d’en rire.

Alors j’ai décidé d’en faire un conte, pour que le ton viennent contrebalancer le contenu, plutôt déconcertant, c’est un euphémisme.

IL ÉTAIT UNE FOIS…

Il était une fois un journaliste et une compagnie d’assurances.

Le journaliste était en arrêt de travail. La compagnie d’assurances demande à ce que le journaliste soit évalué par leur expert.

Le journaliste, un peu con, veut toujours croire en l’humanité. Il sait bien que « là où il y a de l’homme, il y a de l’hommerie ». Comme journaliste, il sait bien que le système n’est pas toujours juste. Il sait bien qu’il y a des « crosses ». Il lit les journaux. Il sait bien que le monde n’est pas parfait.

Mais il est un peu con, justement, parce que les « crosses », les affaires croches, il n’en avait jamais vraiment subi. Oh ! il y avait bien quelques affaires ici et là. Mais rien du genre à bouleverser une vie, quoi.

Il était un peu con, donc, mais pas complètement idiot non plus.

Il se doutait bien que ce médecin expert n’allait pas être son ami.

Un médecin expert, en théorie, c’est supposé être neutre et indépendant. C’est écrit dans le Code des docteurs, les amis. Les docteurs, avant de devenir docteurs, ont juré sur Hippocrate, un doc grec qui a vécu avant que JC ne viennent faire sa crise au Temple et recrute 12 révolutionnaires qui voulaient changer le monde. JC a fini sur une croix. Je ne sais pas ce que Hippo en aurait pensé…

Hippocrate et toute la patente, c’est du sérieux, les amis. Ça dit que les docs sont là pour les malades. Ça dit entre autres :

« Je dirigerai le régime des malades à leur avantage, suivant mes forces et mon jugement, et je m’abstiendrai de tout mal et de toute injustice. »

Bon ici, les amis, faut quand même apporter une nuance. Dans l’temps d’Hippo, ça n’existait pas les arrêts de travail. Les compagnies d’assurances non plus. Remarquez : on ne peut en faire le reproche à Hippo. Il était médecin, pas visionnaire comme Nostradamus. Hippo, dans toute sa sagesse, ne pouvait prévoir ça, les arrêts de travail, les compagnies d’assurances, les médecins devenus experts.

C’est comme à l’école, les amis. On t’apprend à ne pas mentir et ne pas voler. C’est pas bien ça mentir ou voler. Mais tu connais probablement un ami qui s’est fait prendre pour avoir menti ou volé. Toute l’école le sait alors.

Hippo, c’est comme une maîtresse d’école qui te dit de ne pas mentir ou voler.

Pour revenir au journaliste, il était un peu con parce que lui, il accordait une grande importance aux règles pour exercer son métier. Tiens une fois, il était chef de division. Il a reçu une glacière pleine de fromages qui puent, de pâtés aux noms bizarres, de charcuteries qui coûtent la peau des fesses. Le restaurant qui avait fait livrer la glacière voulait qu’on parle de lui. Le journaliste a pris la glacière et il est allé la porter à la Old Brewery, ceux qui aident les gens dans la rue. Une autre fois, alors qu’il était jeune journaliste, quelqu’un lui a demandé combien ça coûtait pour avoir un article dans le journal. Le journaliste gagnait 23 000$ par année. Il a envoyé promener le monsieur.

Le journaliste a donc un peu de misère à comprendre que d’autres ne respectent pas les règles de leur métier. Il est un peu con, mais il est lucide quand même. Lui il écrit juste des articles quand il n’est pas malade. Les docteurs, eux, doivent protéger leurs patients.

Lui même n’était pas parfait. Une fois, il a fait une grosse boulette. Ça c’est une erreur les amis. Il y a eu une précision dans le journal pour dire qu’il avait fait une erreur.

Les docteurs, ça prend beaucoup d’erreurs pour qu’on finisse par parler d’eux dans le journal.

Il a fini par rencontrer le doc, qui a prêté serment sur Hippo. Enfin pas sur lui, tu as compris qu’il mort depuis belle lurette.

Au fil de la rencontre, le journaliste comprend vite que le doc n’est vraiment pas son ami. Il comprend aussi que ce doc, c’est comme un ami à l’école qui ne s’est pas encore fait prendre pour avoir volé ou menti.

Il comprend aussi que tout ce qu’il pourrait dire pourrait être retenu contre lui. Tu sais c’est quoi ça ?

Tsé comme dans les films où la police arrête un méchant et lui dit :

« Vous avez le droit de garder le silence. Si vous renoncez à ce droit, tout ce que vous direz pourra être et sera utilisé contre vous devant une cour de justice. Vous avez le droit à un avocat et d’avoir un avocat présent lors de l’interrogatoire. Si vous n’en avez pas les moyens, un avocat vous sera fourni gratuitement. »

Sauf qu’une personne dans le bureau d’un « expert » n’a pas d’avocat avec elle.

Elle aurait envie d’en dire plus pour expliquer pourquoi elle a une blessure au haut du corps, comme Brendan Gallagher Elle aurait envie de décrire sa blessure pour que le doc comprenne.

Mais tout à coup, elle réalise qu’elle ne sait pas comment « l’expert » va écrire ça dans son rapport.

Un rapport, les amis, c’est comme un devoir donné par ta maîtresse d’école. Sauf que dans ce cas-là, la maîtresse n’est pas là pour que tu fasses des progrès à l’école. Tu peux donc écrire n’importe quoi dans ton devoir, c’est pas grave.

Rendu au secondaire, ton prof va te demander de faire une entrevue avec une personne pour qu’elle parle de son travail. C’est un peu comme si tu décidais d’ajouter des affaires dans ton devoir, même si la personne ne t’a pas dit ça. Le prof ne le sait pas. C’est pas grave.

C’est pour ça qu’il n’y a pas d’Hippo à l’école. Imagine comment ça deviendrait compliqué.

Hippo, il est là pour les docteurs.

Pour revenir au journaliste, il sort perplexe du bureau du médecin.

– Ah je vois une main qui se lève. Oui Étienne tu as une question ?

– C’est pas vraiment une question. Je voulais juste dire que Le bureau du médecin, c’est une chanson des Trois accords, c’est le groupe préféré de mon père.

– C’est bien vrai, Étienne, je vois que tu suis bien le cours aujourd’hui. Je vais mettre un collant dans ton cahier.

Donc, le journaliste était perplexe. Tout à coup, il commençait à se dire que le rapport du docteur dirait autre chose que la vérité.

Pour un journaliste, c’est un peu dur à comprendre ça, écrire autre chose que la vérité. Quand ça arrive, tout le monde le sait, comme à l’école.

Ça a l’air que c’est pas comme ça que ça marche pour les docteurs.

Tsé tu as l’impression parfois qu’il y a un ami qui n’est jamais puni. Il est le chouchou de la maîtresse. Il fait parfois des affaires pas correctes, mais ce n’est jamais de sa faute. Et la maîtresse le défend toujours.

Ça arrive aussi avec les docteurs. Hippo ne serait pas content. Mais Hippo n’est plus là depuis belle lurette.

Le journaliste avait aussi un gros doute tout à coup. Le docteur n’avait pas respecté toutes les règles pendant la rencontre.

Ça c’est comme un ami qui ne respecte pas les consignes. Mais il n’est pas puni. C’est le chouchou de la maîtresse.

Presque trois semaines plus tard, la compagnie d’assurances appelle le journaliste pour lui dire qu’elle a reçu le rapport du docteur. La compagnie a décidé de recommander un retour au travail le 13 avril.

Le journaliste ne comprend pas trop. Comment un docteur a pu conclure ça ? Le journaliste fait des crises de panique chaque jour. Il l’a même dit au docteur.

Vous vous souvenez d’Émilie qui était incapable de faire un exposé oral ? Elle figeait, elle tremblait, elle pleurait. Elle était incapable de faire son exposé parce qu’elle était trop anxieuse.

C’est pareil pour le journaliste. Là on voulait l’obliger à retourner faire un exposé oral chaque jour.

Le journaliste était d’autant plus choqué qu’il travaillait très fort pour être capable de faire à nouveau des exposés oraux. Il avait noté qu’il s’améliorait, lentement mais sûrement. Mais tout ça était fragile.

– Qui se rappelle du concept de consolidation des acquis les amis ?

– Ah Émilie, je suis content que tu lèves la main !

– Ben moi, c’est exactement ça que j’ai fait. C’était vraiment dur de parler devant la classe. Mes parent m’ont envoyée voir un psymachin. Il m’a aidée beaucoup. Un moment donné, j’ai réussi à faire un exposé devant lui. J’étais tellement contente. J’ai dit que j’étais guérie et que je voulais faire mon prochain exposé devant la classe. Là il m’a dit qu’il fallait que je pratique encore. Il a parlé de consolidation des acquis. J’ai pas trop compris ce que ça voulait dire. Le lendemain, toute contente, j’ai essayé de faire une présentation devant mes parents et mes trois frères. Je me suis mise à trembler et à pleurer, comme à l’école. Là j’ai compris.

– En effet, Émilie, tu as très bien compris. Tu vois, aujourd’hui, tu es capable de parler devant toute la classe. Je suis fier de toi !

Bon ça va être assez pour aujourd’hui. La deuxième partie du conte se poursuivra demain.

Avant de partir pour la récréation, quelqu’un peut me dire la leçon de ce conte ?

– Oui Noémie.

– Faut pas toujours dire la vérité ? Des fois, ça aide pas. Une fois, j’ai dit à mes parents que c’est moi qui avait volé un jouet de ma petite soeur. Ils m’ont envoyé en punition dans ma chambre.

– Mmmmm… C’est tentant comme réponse, mais ce n’est pas ça.

– Luc ?

– Les docteurs, c’est toutte des crosseurs. C’est ça que mes parents disent tout le temps. Comme les journalistes.

– Tu sais Luc, il ne faut pas généraliser. Il faut faire attention avec ça, rappelle-toi la leçon du cours d’éthique.

– Émilie, je vois que tu lèves encore la main.

– Moi mon psymachin, il était vraiment gentil avec moi. C’est mes parents qui le payaient, mais lui il m’a dit que c’était moi sa priorité. Il m’a dit que je pouvais avoir confiance en lui. Que ce que je dirais, ça serait un secret entre lui et moi. Qu’il était là pour m’aider à guérir. J’étais un peu méfiante au début, j’était pas sûr si c’était vrai, comme mon p’tit frère quand il me stoole à mes parents. Mais ma mère lui a demandé comment ça allait. Il a dit que ça allait bien, que je faisais des progrès. Là ma mère a demandé de quoi on parlait. Mon psymachin a dit à ma maman qu’il m’avait promis que ce qu’on disait allait être un secret et qu’il allait respecter sa promesse. Là j’étais vraiment contente. Ma mère a chialé un peu dans l’auto, elle disait que c’était elle qui payait le psymachin, je disais rien, mais là j’ai su que je pouvais tout dire à mon psymachin.

– Luc, tu veux ajouter quelque chose ?

– Mes parents disent qu’ils font ça pour le cash les docteurs.

– Mmmmm… Tu marques un point Luc. Mais ce ne sont pas tous les docteurs qui font ça heureusement. Allez, c’est la récréation ! On continue demain : on va parler de médecine d’expertise et des lois pour protéger les citoyens.

Assurez-vous d’avoir pris des notes. Vous pourrez ensuite comparer avec la vraie histoire qui a inspiré ce conte…

FIN

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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