Pourquoi je souffre encore…

Peu de gens connaissent toute mon histoire. Parce que toute ma vie, je n’ai jamais voulu passer pour une victime. Je n’ai jamais voulu me « plaindre », me disant qu’il y avait du monde bien pire que moi.

Ce qui est vrai, bien sûr.

Mais pourquoi suis-je encore en train de souffrir le calvaire alors ?

Voilà pourquoi…

Quand j’avais 6 ans, ma mère a décidé que j’allais porter le nom de son nouveau chum. Ça s’est décidé entre la 2e et 3e étape de ma première année du primaire. Pouf, comme ça.

En plus, elle avait décrété que je devais l’appeller papa.

Le plus fucké, c’est que je n’ai aucun souvenir d’avant ma troisième année. Rien, niet, nada. Comment j’ai réagi, à 6 ans, quand on m’a annoncé que je changeais de nom, je ne m’en rappelle pas.

Mais j’ai retrouvé mon bulletin de première année où je m’appelle Champagne à la première étape, Champagne à la deuxième étape et puis Gibeault à partir de la troisième étape. On voit même le nom de Champagne qui a été effacé.

J’ai grandi avec deux identités. Dans la vie de tous les jours, je m’appelais Gibeault. Sur mes papiers officiels, c’était Champagne. J’ai aussi grandi avec l’idée que mon père biologique était Darth Vader en personne.

À 18 ans, je croyais toujours que mon père biologique était Darth Vador. Et ça faisait 14 ans que je m’appelais Gibeault. J’étais majeur. J’ai choisi de porter officiellement le nom de Gibeault. Pour que ça se fasse, Robert Gibeault, que j’appelais papa, a dû m’adopter légalement.

Trois ans plus tard, ma mère et Robert se sont séparés. Plutôt banal.

Sauf que j’ai reçu une lettre livrée par huissier dans laquelle Robert Gibeault affirmait que je n’étais pas son fils. Pas son fils biologique du moins. Bref, j’étais renié en bonne et due forme.

Mais ça ne s’est pas arrêté là. Toute la famille Gibeault, sauf ceux qui vivent à Paris, ont coupé contact avec moi. Le père de Robert, que j’appelais grand-papa, sa femme que j’appelais grand-maman…

Renié solide, quoi.

J’avais 21 ans. Dans ma tête, mon père biologique était Darth Vader et ma famille adoptive ne voulait plus de moi.

Ça faisait trop mal, probablement. J’en enfoui ça quelque part pour continuer d’avancer.

Pendant plus de 20 ans, j’ai porté un nom qui ne voulait rien dire pour moi.

Début quarantaine, j’ai commencé à me dire que j’aimerais connaître mon père avant qu’il ne soit trop tard. Je l’ai revu. J’ai découvert un homme simple, qui avait beaucoup souffert lui aussi. Je lui ai posé beaucoup de questions. Plusieurs réponses m’ont troublé.

Je me suis alors fait traiter de fou par ma soeur de vouloir revoir notre père.

Ça n’a pas été très long que j’ai décidé que j’étais né Champagne et que j’allais mourir Champagne. C’était la seule décision qui faisait du sens à mes yeux.

J’en ai informé ma soeur et ma mère. Et un tsunami s’est abattu sur moi.

Ce n’était pas suffisant d’avoir été renié à 21 ans.

Ma soeur m’a alors barré de sa vie et ma mère menaçait de se suicider.

J’ai quand même repris mon nom et ça été la meilleure décision de toute ma vie.

En 2016, mon ex m’a avoué qu’elle m’avait trompé. Je n’en dis pas plus tout simplement parce que je sais qu’elle est encore fragile et que la dernière chose au monde que je veux, c’est faire souffrir la mère de mes enfants. Elle souffre déjà assez suffisamment comme ça.

Elle était alors au chômage et sur le bord d’une dépression. J’ai refoulé pendant un an, essayant de patcher ce qui n’était pas patchable. Après un an, la séparation était devenue inévitable.

Environ six mois après son départ de la maison, elle a perdu son emploi et elle est tombée en dépression.

Elle a voulu faire une première tentative de suicide. Je cherchais à la joindre parce que je m’inquiétais. Ben oui, même si c’est ton ex qui t’a trompé, ça reste la femme avec laquelle tu as passé 25 ans et qui est aussi la mère de tes deux merveilleux enfants.

Elle m’a rappelé alors que je commençais une réunion syndicale. Elle m’a annoncé qu’elle était sereine et qu’elle mettait fin à ses jours. J’imagine que Charles Côté et Hugo-Sébastien Aubert se souviennent très bien de ce moment, ils étaient là. Je suis sorti du local en criant à mon ex de penser aux enfants et d’attendre que j’arrive chez elle.

Allez savoir si elle l’aurait fait pour vrai ou si c’était simplement un appel à l’aide. Tu ne penses pas à ça dans ces moments-là.

J’ai appelé le 911 pour leur dire d’envoyer la cavalerie. J’ai sauté dans un taxi, j’ai donné l’adresse au chauffeur et je lui ai dit de se magner le cul, que c’était une question de vie ou de mort. Le chauffeur m’a regardé en riant et jamais il ne m’a cru.

Le voyage jusqu’à Verdun m’a paru interminable. Je braillais ma vie dans le taxi. Je pensais à mes enfants. Je me voyais les appeler pour leur dire que j’étais arrivé trop tard.

J’engueulais aussi le chauffeur, qui continuait de rigoler.

Rendu à Verdun, des travaux partout, ça n’avance pas. Nous sommes à 10 coins de rue de chez mon ex. Je sors du taxi et je dis au chauffeur que s’il veut être payé, il n’a qu’à se rendre à l’adresse que je lui ai donnée.

Je cours comme je n’ai jamais couru de toute ma vie. Usain Bolt n’a qu’à aller se rhabiller.

J’arrive chez mon ex. Les ambulanciers et les policiers sont là. Nathalie aussi. J’ai de la misère à parler tellement je suis essouflé. Je prends Nathalie dans mes bras et je la serre fort.

On part en ambulance pour l’hôpital. Mais avant de partir, je paie le chauffeur de taxi qui se confond en excuses. Je ne lui réponds même pas.

Une fois à l’hôpital de Verdun, je suis encore en train de reprendre mon souffle.

Je dis à Nathalie qu’il faut que j’appelle les enfants. Elle ne veut pas.

Je lui réponds que je ne peux plus les protéger comme je l’ai déjà fait. Ils doivent savoir.

Nathalie avait fait une grosse dépression en 2006 et elle avait régulièrement des idées suicidaires. Mes enfants avaient alors 10 et 13 ans et j’ai tout fait pour les protéger dans cette épreuve.

Sauf que cette fois-ci, ils ont 20 et 23 ans. Ce sont des adultes.

Ça ne veut pas dire que c’est un appel facile à faire. J’ai le motton et je fais tout pour rester calme au téléphone.

Les enfants arrivent. Ils sautent dans les bras de leur mère en pleurant. Je pleure moi aussi en les regardant.

Nous rencontrons un médecin. Comme nous garantissons la sécurité de Nathalie, elle accepte de la laisser sortir. Nous la ramenons à la maison.

Honnêtement, je n’ai aucune idée de ce qu’il faut faire. Malgré l’affection et la tendresse que je porte à Nathalie, il y a aussi de la douleur et de la colère.

Je me sens incapable de l’héberger. C’est au-dessus de mes forces.

Elle reste à la maison pendant une semaine. On décide finalement que ce sera sa mère qui ira avec elle, à son appartement de Verdun. Sa mère qui ne comprend rien à la dépression, mais je me dis qu’au moins, elle sera en sécurité.

Une semaine plus tard, sa mère m’appelle. Elle est avec sa fille à l’hôpital. Nathalie vient d’avaler tous ses médicaments. Je repars en voiture, la peur au ventre.

Une fois arrivé à l’hôpital, ça n’a pas pris une heure que sa mère est repartie pour Trois-Rivières, me laissant seul avec sa fille. Je n’ai eu aucune nouvelle de sa mère dans les 8 mois qui ont suivi.

J’appelle les enfants pour la 2e fois en deux semaines.

Cette fois-ci, Nathalie est hospitalisée. Elle se retrouve à Douglas où elle passera deux semaines.

Franchement, ce n’est pas jojo Douglas. Mes enfants vont visiter leur mère et sont bouleversés chaque fois. Je les accompagne aussi à l’occasion. Je suis bouleversé moi aussi.

Ma fille me répète souvent que ça n’a pas d’allure, on ne peut pas la laisser là.

Je prends alors la décision que je ne voulais pas prendre. Je vais héberger Nathalie à la maison. Nous sommes à la fin octobre 2017.

Je réaménage l’ancienne chambre de mon fils pour qu’elle s’y installe.

Je vis des sentiments contradictoires. Je trouve ça atrocement difficile de l’héberger. Mais quand je rentre le soir, je vois mes enfants en train de réconforter leur mère. Et je me dis que nous sommes la seule famille qu’elle a. Ses propres parents l’ont abandonné dans cette épreuve.

À la mi-décembre, je reçois un message d’une femme que je connais un peu, mais sans plus. Elle a remarqué mon absence au congrès de la Fédération nationale des communications.

Je finis par deviner qu’elle ne fait pas que prendre de mes nouvelles. Ça adonne qu’elle me plait moi aussi. Mais je ne suis tellement pas dans un mood pour ça. Disons que je n’étais pas en train de me chercher une nouvelle blonde.

Avant d’aller plus loin, je lui raconte tout, la situation dans laquelle je me trouve. Je me dis que ça risque fort de ne pas aller plus loin.

À ma grande surprise, c’est le contraire qui se produit. On finit par se voir. On finit par sortir ensemble. Je finis par tomber follement amoureux d’elle.

Évidemment, tout n’est pas facile. Ma situation est encore complexe. Disons que c’est loin d’être génial pour démarrer un nouveau couple.

Avec le recul, je réalise que j’étais déjà en dépression sans le savoir. Régulièrement, il m’arrive de m’arrêter au métro Longueuil pour aller pleurer sous un arbre dans la cour intérieure du campus de l’Université de Sherbrooke. Puis, je repars pour aller au journal.

Cette personne est merveilleuse avec moi. Et compréhensive. Même si ça ne doit pas toujours être facile.

Quand Nathalie finit par quitter la maison, en juin, ma carapace, déjà fissurée, commence à craquer pour de bon. Lentement mais sûrement.

En septembre 2018, je me retrouve en arrêt de travail, officiellement en dépression.

C’est aussi la fin de notre couple. C’est déjà un miracle qu’il y ait eu un couple dans ces circonstances.

Je ne lui en veux pas. En réalité, il n’y a pas grand-monde qui, dès le départ, aurait voulu partager sa vie avec moi dans ces circonstances.

Elle a aussi sa vie, ses problèmes, ses difficultés. Ça fait déjà beaucoup. Moi, je suis un homme brisé et la pente sera longue à remonter.

Plus d’un an plus tard, malheureusement, je vis encore très difficilement cette peine d’amour.

Qu’est-ce qui se passe alors quand je fais des crises d’angoisse tous les matins ? C’est d’abord physiologique. L’alarme dans mon cerveau se met à sonner. La douleur à la poitrine s’intensifie.

Puis, mon hamster part la course dans sa petite roue. C’est parfois ma course en taxi qui envahit mon esprit. D’autres fois, c’est la douleur d’avoir été renié à 21 ans. Ou sinon celle d’avoir été traité comme un traître, d’une certaine façon, quand j’ai repris mon nom. Il y a aussi les huit mois à héberger Nathalie alors que j’essayais de refaire ma vie avec quelqu’un d’autre. Quand ce n’est pas de m’être fait voler mon identité à 6 ans. Et finalement, la peine d’amour qui est aussi vive qu’il y a un an.

J’aimerais tellement pouvoir aller éplucher les patates puis penser à autre chose….

Au fil de mes billets sur mon blogue, j’ai égrené ici et là quelques bouts de mon histoire. C’est la première fois que je la raconte dans un seul morceau. Encore là, le même réflexe : je ne voulais pas passer pour une victime, d’avoir l’air de me plaindre.

C’est toujours le cas. Mais la raconter en entier est une façon de m’en libérer, du moins, c’est ce que j’espère.

p.s. : désolé à l’avance pour les fautes et les coquilles de ce blogue, j’imagine que c’est compréhensible.

p.s. + : je suis encore là malgré tout et je me bats tous les jours comme un fucking warrior…

 

 

 

Publié par

ÉP Champagne

Humain de 51 ans. Né sous le nom d’Éric-Pierre Champagne, un 15 avril 1967. Parfaitement imparfait. Se pose beaucoup de questions et n’a pas toujours les réponses. Se demande justement où s’en va homo sapiens… Toujours dans le sens de l’évolution? Et quelle évolution? Actuellement en dépression et fait de « fucking » petits pas pour s’en sortir. Écrire et composer de la musique sont les deux choses qui me font le plus grand bien dans ces moments difficiles. En plus de faire du jogging. Sauf que je ne peux pas courir plusieurs fois par jour. Écrire et faire de la musique, si. Quand je ne suis pas en arrêt de travail, je suis journaliste. Mais aussi plein d’autres choses. Père de deux adultes, propriétaire d’un gros toutou et d’un chat, amant de la nature, de la musique, du jardinage, des randonnées en montagne, des balades en vélo, de milk shake préparés exclusivement à la laiterie La Pinte et amoureux de la vie, quand elle ne me tombe pas dessus, comme le ciel chez les Gaulois. Je ne suis pas à une contradiction près, j’ai quelques bibittes dans ma tête et autres blessures de l’âme, comme la majorité des habitants de cette planète. Mais dont la grande majorité, justement, ne veut tout simplement pas l’avouer. Préoccupé par l’avenir de la planète, mais surtout de l’avenir d’homo sapiens et celui des relations humaines. Parce que c’est ce qu’on est, après tout, des animaux sociaux. Encore un brin naïf, malgré plusieurs poils de barbe blancs et quelques cheveux aussi. Toujours envie de changer le monde, mais j’ai appris à la dure que les sauveurs n’existent pas. On fait juste notre petite contribution, pis c’est ben correct comme ça. Dans un premier temps, vous allez retrouver sur Homo sapiens mes textes, plutôt personnels, et mes compositions musicales, qui ne passeront pas à CKOI. Et j’en suis fort aise. Plus tard, pourquoi pas, on y retrouvera aussi des histoires qui font du bien. Des histoires d’humanité. Des histoires de héros ordinaires. De chevalier Jedi qui restent du côté lumineux de la Force et qui font le bien à petite échelle. Pour se rappeler qu’homo sapiens existe encore et que son avenir n’est pas nécessairement celui qu’on voit venir. Parce qu’être naïf, du moins un peu, me semble qu’on a encore besoin de ça, non?

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